La Journée de la langue roumaine- une fête qui évoque une des plus grandes réalisations du mouvement de libération nationale

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Le 31 août, les Roumains de tout le monde célèbrent la Journée de la langue roumaine. Cette fête évoque la date du 31 août 1989 quand le Soviet Suprême de l’ancienne République Soviétique Socialiste Moldave a voté pour l’octroi à la langue roumaine du statut de langue officielle et pour le retour à l’alphabet latin (car les autorités soviétiques avaient imposé l’écriture cyrillique, impropre à cette langue d’origine latine).

Cet événement historique avait été précédé par une Grande Assemblée nationale qui a eu lieu le 27 août 1989. Environ 750 000 personnes y ont participé - pratiquement un habitant sur six de l’ancienne république soviétique. Dans le contexte de cet élan patriotique, deux jours plus tard, le 29 août 1989, le Soviet suprême de la République Soviétique Socialiste Moldave ouvre les travaux de sa XIII session qui a duré jusqu’au 1er septembre. Après de longs et très intenses débats, les députés parviennent à décréter la langue roumaine comme langue officielle et à adopter l’alphabet latin. Par la suite, le 31 août est déclaré jour férié en Moldavie. Depuis 2013, la Journée de la langue roumaine est également célébrée en Roumanie.

Cependant, au fil des années, le nom officiel de cette fête a changé, en fonction du gouvernement. La fête est célébrée à partir de l’an 1990, étant nommée « Notre langue roumaine » ou « Journée de la langue roumaine ». En 1994, le gouvernement agraire de l’époque a changé le nom initial en « Notre langue », un changement déterminé par les clauses de l’Article 13 de la Constitution de la Moldavie qui proclamait la langue moldave comme langue officielle.

En 2004, le Parlement a fait des tentatives de combiner la fête de l’Indépendance avec celle de la langue, mais cela n’a jamais eu lieu. Il y a eu aussi des tentatives pour revenir au nom « Notre langue roumaine », mais sans se solder avec un succès.

En fait, cette question – le nom de la langue - est largement politisée en Moldavie, comme celle de l’identité nationale. Juste un exemple – la Cour Constitutionnelle de la Moldave a décrété en 2013 que le roumain est la langue officielle du pays, mais le Président Dodon, juste après son investiture, a fait remplacer le nom de la langue d’état du roumain en moldave sur le portail officiel de présidence de la Moldavie. Or, 31 ans après l’issue du décret sur le statut de la langue roumaine en Moldavie, cette question reste toujours sensible.

Un reporter de https://gazetadechisinau.md a récemment interrogé à ce sujet plusieurs personnalités de Moldavie et sa conclusion a été douloureuse - la langue roumaine reste toujours humiliée en Moldavie …

Maria Șleahtițchi, écrivaine, directrice du Musée National de Littérature de Chișinău : « Qui humilie les normes de la langue roumaine se déclare contre elle ».

« Nous avons surmonté l’époque quand certains de nos concitoyens nous demandaient de « parler la langue des humains » (c’est-à-dire, la langue russe – note du rédacteur) et quand les adeptes féroces du « moldavénisme » disaient haut et fort qu’ils ne parlaient pas le roumain, mais le moldave. Maintenant, l’humiliation descend de l’écran, par exemple des émissions TV où l’invité est l’ancien président communiste Voronine ou l’actuel président socialiste Dodon. J’ai remarqué chez eux une sorte de plaisir de « parler moldorusse ». Leur « moldorusse » est une forme de défi à la langue roumaine, à ceux qui parlent leur langue maternelle avec respect. Or, ceux qui occupent des positions sociales élevées deviennent des modèles. Quand, par leur façon de parler, ils promeuvent l’inculture et l’arrogance, cela fait penser que c’est leur enjeu. En humiliant les normes de la langue roumaine, ils se déclarent contre elle. Dans une société civilisée, ce genre de messages seraient immédiatement condamnés ».

Argentina Gribincea, docteur en sociologie : « Les textes officiels sont formulés comme à l’époque soviétique ».

« C’est triste d’entendre la langue parlée par les fonctionnaires, les politiciens et même par certains journalistes. Après trente ans « d’indépendance et de souveraineté » de la République de Moldavie, nos textes officiels sont formulés comme à l’époque soviétique, abondant en calques, en désaccords et en formulations incorrectes ».

Cristian Serdeșniuc, professeur de langue et littérature roumaine : « Il faut rééduquer la conscience de nos parents et grands-parents ».

« Nous n’avons pas encore appris à aimer et à apprécier nos valeurs nationales, en particulier notre langue maternelle. Peut-être, nous sommes encore hantés par la propagande soviétique et les « mutilations » idéologiques, ou nous sommes toujours perdus dans le labyrinthe des dogmes totalitaires (moscovites). Ce qui est certes, c’est que notre implication est aujourd’hui plus importante que jamais. Je me suis souvent aperçu dans des situations quand il était « honteux » de parler roumain, alors que le russe est à la mode et vous rend « supérieur ». Nous devons d’abord rééduquer la conscience de nos parents et grands-parents, les faire comprendre que la langue roumaine est chez elle en Moldavie, puis celle de nos élèves  ».

Mariana Jitari, professeure de langue et littérature roumaine : « Le roumain revendique toujours son droit à la vie en Moldavie ».

« La langue roumaine revendique toujours son droit à la vie en Moldavie. Une situation humiliante en soi-même, issue du fait qu’une question scientifique est laissée à la portée de la politique et de l’ignorance ».

Le 31 août 2020