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30 ans après l’effondrement de l’URSS : des souvenirs plurivoques de l’époque soviétique

30 ans depuis la chute de l’Union Soviétique : connue pour son régime politique dictatorial et la collectivisation agricole forcée, l’époque soviétique éveille, d’autre part, des bons souvenirs et la nostalgie de ceux qui ont vécu leur jeunesse dans cette période-là.

Dans le village moldave de Krasnoarmeiscoïé, malgré les 30 ans qui se sont écoulés depuis le collapse de l’URSS, les noms de rues n’ont pas été changés et on y retrouve encore des symboles soviétiques. D’ailleurs, le nom même du village - Krasnoarmeiskoïé- fait honneur à l’Armée Rouge (en russe – Красная Армия).

Jadis, dans le village, il y a eu un grand complexe zootechnique dont les ruines accueillent aujourd’hui les visiteurs de Krasnoarmeiscoïé, car il se trouvait juste à l’entrée dans le village. Le tableau est macabre - il ne reste que les carcasses des écuries et des immeubles administratifs d’autrefois. De la rouille partout - sur l’herbe, les portes, les machines agricoles abandonnées. Et un vent sinistre qui siffle. Tout ça fait penser à une scène post-apocalyptique. Si on ne savait pas qu’au-delà de cet endroit se trouve un village, on n’oserait plutôt pas entrer.

Que se souviennent les habitants de Krasnoarmeiscoïé de la période soviétique ? Et les jeunes- qu’en savent-ils ?

« Il y avait de la discipline »

Nicolae est un retraité de 69 ans. Il affirme avoir toujours voté pour les partis pro-européens, mais il considère que la vie était beaucoup meilleure pendant l’Union soviétique, « parce qu’il y avait de la discipline ». « Qu’est-ce qui était bien à l’époque soviétique ? Chacun savait qu’il se réveillerait le matin, irait travailler et serait payé pour son travail. Le salaire était de 80-100 roubles, mais le rouble avait de la valeur. Et maintenant ? Les jeunes n’ont pas d’emplois, n’en parlons pas des personnes âgées. Et même si on trouve un emploi, le salaire ne permet pas grand-chose, car tout est cher. C’est pourquoi, les jeunes vont travailler à l’étranger et le village vieillit », explique Nicolae. Il a travaillé dans une station de tracteurs et se souvient avec nostalgie de la période florissante du village : « On travaillait dans le kolkhoze. Il y avait cinq stations de tracteurs. Je me souviens exactement - 1800 villageois travaillaient dans le kolkhoze. Donc, 1800 personnes avaient un emploi et cela comptait vraiment beaucoup. Le kolkhoze avait une ferme de vaches - 1 900 vaches dont 1 200 vaches laitières. Pouvez-vous imaginer combien on produisait ? Une ferme porcine - 5000 têtes. Une ferme ovine - environ 3 000 têtes. Et combien de tabac on produisait !  », raconte Nicolae avec beaucoup de nostalgie.

Il aimerait reprendre la discipline de l’époque soviétique : « Il nous faut de la démocratie, mais il nous faut aussi de la discipline, comme c’était le cas à l’époque soviétique ». La vie était meilleure à l’époque, considère Nicolae, parce que tout était moins cher. « Peut-être que le salaire était plus petit, mais le pain était moins cher. Maintenant, il y a du tout, mais on n’a pas d’argent  », affirme-t-il.

« Nous avons plus de confort et de possibilités, mais nos âmes sont plus pauvres »

Tatiana, habitante de Krasnoarmeiscoïé, partage elle-aussi cette opinion. « Les prix augmentent, tandis que les salaires et les pensions de retraite restent au plus bas niveau. Il y a plus de pauvreté maintenant qu’à l’époque soviétique », considère Tatiana. « Nous avons plus de confort et de possibilités, mais nos âmes sont plus pauvres. Les gens veulent avoir un meilleur niveau de vie et ils vont travailler à l’étranger pour s’enrichir. On ne pense pas aux richesses spirituelles, seulement aux richesses matérielles. Ce n’était pas comme ça à l’époque soviétique ».

Selon Tatiana, l’effondrement de l’Union Soviétique a, avec le temps, causé la destruction de nombreuses familles : « Les frontières ont été ouvertes, les parents vont travailler dans d’autres pays et les familles se détruisent. Des enfants grandissent sans parents et ce n’est pas du tout bien. A l’époque soviétique, les gens étaient plus préoccupés des choses spirituelles et ils se respectaient réciproquement  ».

Des vestiges soviétiques

Au centre du village, tout près de la mairie, on voit un char soviétique perché sur une construction en pierre qui semble souhaiter la bienvenue à la soviétique : „Добро пожаловать в Советский Союз” (« Bienvenue en Union Soviétique »). Entouré de sapins, le char est comme un gardien des pierres commémoratives sur lesquelles sont gravés les noms des villageois tombés pendant la Seconde Guerre Mondiale. De l’autre côté de la rue, s’érige un monument aux symboles du communisme - la faucille et le marteau qui sont entourés de drapeaux de la Moldavie.

Pas loin, on voit un immeuble abandonné, sans fenêtres – les anciens bains publics. « Ils étaient ouverts les vendredis et samedis. Pour la douche, il fallait payer 17 kopecks et pour la baignoire - 45 kopecks. À l’époque, il n’y avait pas de salle de bain dans chaque maison, maintenant on s’est modernisé », raconte Petru, habitant de Krasnoarmeiscoïé. Serghei, son copain, croit que ceux qui menait une bonne vie à l’époque des kolkhozes vivent bien aujourd’hui aussi : « Si tu travailles, tu te fais ce qu’il te faut  ».

La jeunesse associée à l’URSS

Rue Советская (rue Soviétique), on croise Tamara. Elle est nostalgique de sa jeunesse qu’elle associe à l’Union Soviétique, ainsi que des prix d’autrefois : « On menait une bonne vie – les prix étaient bas et j’avais tout dans la maison - du savon, de la lessive, des vêtements. Maintenant tout est cher. Je ne me souviens pas de la dernière fois quand j’ai acheté un nouveau manteau. Notre village était riche. Il y avait des fermes, des stations techniques, on cultivait du tabac, mais j’aimais surtout la maison de la culture. Maintenant tout est fermé  », dit Tamara avec tristesse.

Après la dissolution du kolkhoze, la terre a été partagée aux villageois, mais de nombreux terrains agricoles ne sont pas labourés. « A quoi bon on nous a donné de la terre, si tout est cher. L’essence et le diesel deviennent de plus en plus chères. On n’arrive pas à faire face  », se plaint la villageoise.

Qu’est-ce qui ne marchait pas à l’époque ? Tamara ne peut rien dire de mal de l’époque soviétique : « Ce qui était mauvais ? Mais rien n’état mauvais en Union Soviétique ! A cette époque-là, l’Etat se préoccupait de ses citoyens, pas maintenant ».

« D’une main on nous donnait et de deux on nous prenait »

Victor ne partage pas l’opinion de Tamara. «  La vie est meilleure maintenant. Nous sommes libres, nous pouvons voyager dans tous les pays. On mène une vie plus prospère maintenant », affirme Victor.

« A l’époque, on ne travaillait pas pour soi, mais pour le kolkhoze. Franchement parler, d’une main on nous donnait et de deux on nous prenait, accentue Victor. C’était la dictature. Un député venait et il nous disait comment voter et c’était tout. Les journaux ne publiaient que des articles qui étaient dans l’intérêt des dirigeants, maintenant nous avons accès à Internet et nous voyons ce qui se passe non seulement dans notre pays, mais partout dans le monde ».

La voix des jeunes

Quant aux jeunes, cela n’a pas été facile de trouver dans le village des jeunes de moins de 30 ans, c’est-à-dire, nés après l’effondrement de l’URSS.

Iulia a 25 ans et deux enfants. Elle mène une vie dure et aimerait avoir vécu dans l’ex-Union soviétique : « J’aurais aimé vivre à cette époque-là, car tout était moins cher qu’aujourd’hui. Maintenant, nous avons beaucoup de possibilités, mais peu d’argent. Et nous n’avons pas d’emploi non plus. Comment vivre ? », se demande la jeune maman.

Rue Котовская, Ion a ouvert un magasin de matériaux de construction. Il se plaint du manque de personnel – il a de la peine de trouver d’employés et surtout de les retenir, à cause des salaires. Il a un passeport roumain et il pense de plus en plus à émigrer : « J’ai un passeport, j’ai tout ce qu’il faut pour partir, mais je regrette l’argent investi dans ce magasin  ».

Compte tenu de ce que ses parents lui ont raconté, Ion pense que les gens vivaient mieux à l’époque soviétique : « Il y a avait des emplois pour les jeunes et les moins jeunes. Il y avait des fermes, des champs qui donnaient de belles récoltes, mais maintenant on n’a pas où travailler. Bientôt il ne restera personne dans ce village ».

« Tout le monde avait un lieu de travail et on ne buvait pas comme maintenant. Les kolkhozes nourrissaient le peuple. Maintenant, les parents sont des sans-emploi et partent à l’étranger, tandis que les enfants restent avec leurs grands-parents. L’éducation que les grands-parents leur donnent est bonne, mais eux, les pauvres, ne peuvent pas faire face. Et voilà qu’on a la jeune génération qu’on a ».

Aliona est professeur d’éducation physique au lycée du village. Selon elle, travailler avec des jeunes est assez difficile : « Les enfants dont les parents ont vécu pendant la période soviétique ont une éducation différente. Ces enfants sont respectueux par rapport aux adultes, mais les autres laissent à désirer ».

Aliona sait qu’à l’époque soviétique il y a eu de la répression politique et on pouvait être emprisonné sans jugement. Pour cette raison, elle n’est pas sûre de vouloir remonter le temps. « Si l’on parle de respect et d’’ordre, j’aurais aimé vivre à cette époque-là, mais sachant l’atrocité des répressions politiques – non. C’est mieux de nos temps quand même » croit Aliona.

D’après un article de Marina GORBATOVSCHI publié sur https://www.zdg.md/stiri/video-amintiri-dupa-30-de-ani-de-la-destramarea-urss-colhozul-hranea-poporul/

Le 17 décembre

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