Une femme rom de Moldavie affronte la discrimination par ses efforts de construire une société inclusive

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Très jeune, Angela Rădiță a subi de la discrimination qui s’est avérée extrêmement douloureuse : passionnée pour la lecture, elle a fait des études pour devenir bibliothécaire, mais elle n’a pratiqué pas un jour sa profession, à cause de son origine ethnique – elle est Rom.

Quand Angela est rentrée dans son district, avec son diplôme de bibliothécaire, le responsable du Département Culture lui a dit : « Nous n’avons pas de places vacantes maintenant, mais, si une vacance apparaît, je vous ferai savoir ».

Une attitude discriminatoire basée juste sur le nom

«  Je n’ai jamais travaillé comme bibliothécaire, bien que j’aie mis des efforts considérables pour apprendre. Cela n’a pas été suffisant… », explique Angela, conseillère locale dans le village moldave de Gribova, médiatrice communautaire et militante civique dans la même localité. « J’ai beaucoup pleuré alors. Ce fut ma première expérience amère – être traitée avec une telle méfiance rien qu’à cause de mon nom, qui révèle mon appartenance ethnique  ».

Au-delà de sa déception, elle craignait que son expérience ne décourage d’autres filles roms de poursuivre leur rêve. Si elle, la première fille rom de son village qui ait fait des études, n’a pas pu se faire embaucher, alors, les autres filles, pourquoi devraient-elles essayer ?

À chaque étape importante de sa vie, Angela a dû faire face à des pressions similaires, en raison des visions traditionnelles et stéréotypées de la société, qu’il s’agisse du fait d’être une femme ou d’être une Rom.

Choix d’adolescente rom : mariage ou école ?

Quand elle a eu 14 ans, sa mère lui a dit qu’elle avait déjà fait assez de scolarité et qu’elle pouvait se marier. En même temps, elle lui a donné la possibilité de choisir. « Elle m’a dit de faire mon choix : me marier ou continuer à apprendre. Et j’ai choisi l’école. Je ne voulais vraiment pas me marier à 14 ans ».

Cependant, les attentes « traditionnelles » de ses proches l’ont poursuivie : « Ma grand-mère avait tellement envie de faire de moi une couturière. Mais moi, j’ai toujours aimé lire ». Elle a donc décidé de devenir bibliothécaire.

Quand elle faisait ses études à Soroca, elle a compris qu’elle voulait changer des choses dans son village, mais, quand elle est rentrée dans le village, elle a été confrontée à la plus grande déception de sa vie – le fait d’être rejetée. Elle avait grandi dans cette communauté pluriethnique : parmi ses collègues d’école, il y avait des Roms, mais aussi des représentants d’autres groupes ethniques, cependant, elle n’avait jamais vu de différences entre eux, ils faisaient tous partie de la même communauté. Mais lorsqu’elle a été rejetée en raison de son appartenance ethnique, elle a perdu ce sentiment d’appartenance à la communauté. Au cours des 10 années suivantes, elle a gagné sa vie en travaillant la terre, avec sa mère et sa grand-mère.

Une hirondelle qui pourrait faire le printemps

Les Roms représentent une petite partie des plus de 2,6 millions d’habitants de la Moldavie et ils restent, comme dans bien d’autres pays d’Europe, parmi les plus pauvres et les plus vulnérables catégories de la population. Quant aux femmes roms, elle se marient tôt, d’habitude, ne font pas des études, gagnent peu et sont donc particulièrement vulnérables à la pauvreté tout au long de leur vie. Elles sont rarement représentées dans la vie publique. Mais, depuis 2004, la voix des Roms se fait entendre en Moldavie. Un proche d’Angela l’a encouragée à créer une ONG locale destinée à promouvoir les droits des Roms et l’inclusion sociale.

C’est ainsi qu’a commencé la vie civique d’Angela Rădiță. Elle a participé à une longue série de formations et à des événements nationaux dans le domaine de l’autonomisation des femmes, se préparant ainsi à s’impliquer dans la vie publique et dans la politique. Plus elle apprenait sur ses droits, plus elle devenait ambitieuse de changer la qualité de la vie dans sa communauté. Elle est devenue médiatrice communautaire à Gribova, aidant ses semblables à résoudre leurs problèmes et à interagir avec les autorités.

Angela Radita a été volontaire dans le cadre d’une vaste campagne d’information des électeurs et d’éducation civique, lancée par PNUD Moldavie avant les élections législatives de 2019. Elle est allée de porte en porte à Gribova pour informer les gens de leurs droits politiques, les encourageant à « sortir de la maison et à voter ». Cette campagne a mobilisé d’ailleurs plus de 11 000 Roms dans tout le pays.

N’étant pas contente de la relation entre les autorités et la communauté rom, Angela a décidé de se présenter en qualité de candidate indépendante aux élections locales et elle a été élue au conseil local.

Cela n’a pas du tout été facile de rendre la communauté rom active dans le processus électoral. Elle a donc dû faire de l’éducation civique, expliquant aux gens pourquoi il est important qu’ils soient représentés au conseil local. Et voilà que, malgré les stéréotypes concernant la participation des Roms, surtout des femmes, dans la politique, elle a obtenu son mandat de conseillère locale. "C’est plutôt le mérite de ceux qui m’ont élue que le mien", considère Angela.

Aux élections locales de l’an dernier, 12 femmes et hommes roms - dont Angela - ont été élus conseillers locaux, ce qui est exceptionnel pour la Moldavie. Or, la politique a longtemps été considérée comme un territoire peu accessible aux groupes minoritaires et aux femmes. Les Roms ont subi beaucoup de discrimination et d’exclusion. Et voilà qu’Angela a surmonté les deux obstacles. « J’espère que mon exemple sera convaincant et qu’après les prochaines élections, nous serons plus nombreux », dit Angela.

Notons qu’alors qu’en 2019 en Moldavie a été enregistré le plus grand nombre de conseillers locaux roms, ils ne représentent que huit sur les 185 communautés roms.

D’après un article publié sur https://medium.com/undp-moldova/o-femeie-de-etnie-rom%C4%83-din-moldova-%C3%AEnvinge-discriminarea-prin-dorin%C8%9Ba-ei-de-a-face-parte-dintr-o-90469f5c105a

Photos : Ion Buga/PNUD Moldavie

Le 14 avril 2020