Une expérience inoubliable d’immersion culturelle et linguistique (I)

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Notre portail va présenter une série de témoignages de quatre étudiants de l’Université d’État de Moldavie, boursiers de l’Agence Universitaire de la Francophonie, qui ont fait des stages professionnels en France, dans des subdivisions d’accueil de la région de l’Ain : le Centre Culturel Aragon d’Oyonnax, le Centre Social et Culturel « Les Épicéas » d’Arbent et le Centre Social et Culturel Jacques Prévert de Bellignat. Nous pensons que ces témoignages seront intéressants pour les jeunes moldaves qui voudraient appliquer pour des stages professionnels francophones, subventionnés par l’AUF.

Partie I : Témoignage de Cătălina SECUREANU, étudiante en IIe année de master (Communication multilingue, Management interculturel et Langages d’affaires), à la Faculté des Lettres de l’UÉM

Lire Partie II et Partie III

Boursière de l’Agence Universitaire de la Francophonie, j’ai fait un stage professionnel au Centre Social et Culturel « Les Épicéas » d’Arbent. C’est une commune française située dans le Département de l’Ain, en région Auvergne-Rhône-Alpes. Elle constitue une banlieue nord-est d’Oyonnax.

Je peux dire que j’ai été impressionnée par les paysages montagneux magnifiques et enivrée par l’air alpin frais, dès le premier jour que j’y suis arrivée. La maison de Guy Guenroc nous a accueillis avec sa chaleur déjà proverbiale, parmi les ex-stagiaires moldaves… Car, on le sait bien, chaque maison transmet un peu l’énergie et la bienveillance de ceux qui y habitent. J’étais tentée de croire que pour construire un tel habitat, les gens de la région doivent faire face à de multiples contraintes : l’altitude, la pente, le climat…C’est plus compliqué qu’en Moldavie, où le paysage à collines et vallées offre de multiples possibilités de bâtir des maisons.

Mais dès qu’on entrait dans la maison, on oubliait tout ce qui était à l’extérieur : à tel point cet habitat avait un caractère inédit et une voix intérieure très particulière. Tout était dominé par l’entente mutuelle, par le mystère de la découverte d’un monde nouveau - celui des récits de voyage, d’albums de pèlerinage, de souvenirs. Car, il faudrait le savoir, M. Guenroc est un grand voyageur et il ne manque pas de partager ses riches expériences de voyage avec ses invités…

Ailleurs, aux détours d’étroites ruelles, on apercevait aussi le clocher de l’église, dont certains vestiges datent du Moyen Âge. On le voyait distinctement, à travers la clôture verte de la cour de la maison, où nous aimions tant de fois savourer le café du matin.

Une petite promenade sur une route arbanaise - cette route serpente autour d’un ruisseau de montagne, proposant des points de vue incontournables sur la vallée - et nous voilà à la station de bus, non loin de la mairie. Je prenais le bus local, pour me rendre aux Épicéas, le deuxième endroit auquel j’ai été beaucoup attachée. Le bus m’amenait à travers les coteaux de vignes servant à la réalisation du fameux vin de la région (Le Crémant du Bugey), se faufilant ensuite dans les routes de montagne, dominées par les fameux épicéas séculaires. Nous y étions en été et le vert-jaunâtre campagnard de cette saison rendait l’endroit magique.

Le Centre Social et Culturel « Les Épicéas » se trouve dans un cadre naturel très spécial, étant entouré de la forêt de montagne, d’une part, et des champs de blé, d’autre part. Les fleurs des champs y créent une atmosphère de fraîcheur et de rêve. De petits faucons survolent les champs : ils sont les compagnons fidèles des personnes qui récoltent le blé.

Les gens que l’ai rencontrés au Centre ont emprunté quelque chose à/de cet endroit pittoresque : ils étaient toujours bienveillants et pleins d’énergie !!!! Et très curieux d’apprendre plus de choses sur mon pays !

J’ai eu un programme très chargé et rigoureux aux Épicéas, mais je me rends compte que je ne sentais pas la fatigue, car les enfants étaient super intelligents et ils ne me permettaient pas de penser au repos. Chaque jour, il y avait quelque chose de nouveau, la direction du Centre étant flexible à nos propositions. J’ai pu alors mettre en pratique mes connaissances en sciences de l’éducation, acquises à mon université. On a animé des activités éducatives variées, les enfants étant très curieux de ce qu’on allait faire et très ouverts à la communication. Nous avons improvisé ensemble des jeux d’intérieur et d’extérieur, nous avons découvert des idées originales dans le cadre des ateliers manuels créatifs, nous avons décodé des quizz et pratiqué des jeux d’équipe, etc. J’ai même pris mes premiers cours d’équitation et j’avoue que c’était super intéressant !

Mais ce que j’aimais le plus, c’étaient les sorties. On avait une sortie par semaine et nous avons passé du beau temps ensemble, en visitant la ferme équestre, le parc animalier, le lac Genin… J’ai découvert alors que le paysage de montagne est une alliance intime entre la géographie et la géométrie. Les enfants me montraient toujours telle ou telle forme de relief, faisant des associations intéressantes avec des personnages des contes de fées…Ils disaient que la montagne c’est un drap froissé au fond, sur lequel les gens se sont ingénié à essayer d’imprimer des lignes droites, des champs, des sillons, des maisons…Elle est surprenante, l’imagination des enfants ! Mais il y a une raison d’affirmer comme ça – tout ce que fait l’homme est incrusté dans un paysage naturel… En ce qui concerne le personnel, se suis restée même un peu éblouie par son positivisme. J’ai trouvé les animateurs et l’équipe du Centre très gentils, ouverts, toujours de bonne humeur, toujours souriants. Le projet éducationnel du Centre était d’encourager un processus unique qui consistait en un ensemble d’activités coordonnées et maîtrisées. C’est une façon transversale de travailler en équipe, ce qui m’a beaucoup confortée. Le cœur du fonctionnement n’était plus la dimension hiérarchisée, mais la notion de l’équipe temporaire, transversale aux différents services de l’institution, étant constituée spécifiquement pour mener un projet à son terme. On pouvait voir alors des groupes flexibles, le directeur du Centre étant tantôt administrateur, tantôt participant aux activités ludiques, tantôt musicien, tantôt sportif. L’objectif était de réunir les meilleurs employés et les meilleures conditions pour mener un projet donné dans les délais les plus courts…J’ai pu ainsi passer par une pratique inédite d’immersion culturelle et linguistique et les expériences de travail avec les enfants m’ont beaucoup marquée.

C’est vers la fin du stage que j’ai connu mieux le vrai visage de la France - un pays multinational et multiculturel, combinant tradition et modernité, rigueur et tolérance, artistisme et technocratie. Je n’oublierai jamais les visages amicaux des employés des Épicéas, la chaleur de la maison de M. Guenroc, la fraicheur des lacs de la région et la splendeur des montagnes. Mais, avant tout, je n’oublierai pas les enfants qui m’ont appris des vérités de ce monde ; ils m’ont appris à sourire autrement, à aimer les choses simples, à contempler la réalité d’un œil pur et sincère. Chaque moment de la vie est une expérience et chaque expérience nous rend meilleurs. Si j’avais la possibilité de répéter cette pratique d’immersion culturelle et linguistique, je n’hésiterais pas une seconde !!!

Remerciements  :

L’auteure de ce témoignage exprime des remerciements sincères à M. Guy Guenroc, citoyen d’honneur d’Arbent, grand voyageur et médiateur culturel, pour l’aide précieuse fournie tout au long du stage !

Les remerciements vont également à Mme Oxana Capatina, responsable des relations internationales au DLRCI, pour le soutien administratif, juridique et pédagogique et pour l‘aide fournie lors de l’identification de la subdivision d’accueil. Un grand merci à la vice–doyenne de la Faculté, Mme Viorica Molosniuc, pour la disponibilité de répondre à toutes les questions concernant les documents du dossier, fournis par le bureau du doyen !

Cătălina tient à remercier l’Agence Universitaire de la Francophonie -BECO de Bucarest et Antenne de Chisinau- représentés par Mme Elena Floroiu, cheffe du projet Insertion Professionnelle (BECO), Mme Roxana Turcanu, responsable de l’Antenne AUF de Chisinau et Mme Olesea Simion, cheffe des projets à l’Antenne AUF de Moldavie, pour l’assistance de qualité, à chaque étape du déroulement du stage. Les subsides accordés par cet opérateur francophone lui ont permis d’avoir un séjour enrichissant en France et de s’initier aux stratégies de travail dans une subdivision d’accueil francophone.

Le 6 décembre 2019

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