Le VIF : de l’Afrique àla Moldavie, en passant par la Francophonie

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Article rédigé par Marion Roussey

Esther vient du Cameroun et Mariama du Sénégal. En octobre 2011, ces deux jeunes diplômées ont quitté leur terre ensoleillée pour venir effectuer un volontariat francophone d’une durée d’un an en Moldavie.

En janvier 2010, la Maison des Savoirs de la Francophonie ouvrait ses portes au public àChiÅŸinău, premier établissement de ce genre en Europe de l’Est. Située àcôté de l’Académie de Sciences Economiques, dans un bâtiment entièrement rénové et équipé des dernières ressources technologiques, elle offre depuis un accès facile et peu coà»teux aux savoirs numériques et àla culture française. Ses principales actions sont la promotion et le perfectionnement de la langue française ainsi que l’initiation aux logiciels libres pour les éducateurs et les étudiants. Succès grandissant ou volonté de renforcer son caractère altruiste, la Maison des Savoirs s’est portée structure partenaire du programme de Volontariat International de la Francophonie (VIF). Depuis octobre 2011, elle accueille deux volontaires, récemment diplômées et venues d’Afrique mettre leurs compétences professionnelles au service de la culture et de la langue française.

Au delàde l’expérience professionnelle, une aventure avant tout humaine

Comme d’autres formes de volontariat, telles que le SVE ou le service civique, le VIF est un programme international permettant àde jeunes diplômés d’acquérir une première expérience professionnelle ayant un lien avec leur domaine d’études.

Ainsi, titulaire d’un master de gestion des ressources humaines, Esther intervient au centre en tant qu’animatrice sociale et culturelle. Depuis son arrivée, elle a déjàpu mettre en place plusieurs projets en lien avec la culture française, tels que la production d’un journal trimestriel traitant l’actualité du pays, l’ouverture d’ateliers thématiques dans des lycées ou le déroulement d’évènements culturels. En décembre, elle a notamment animé la journée sur le SIDA. Organisée par la Maison des Savoirs afin de sensibiliser les jeunes sur la maladie, celle-ci a permis à34 étudiants moldaves de rencontrer des experts sénégalais ou congolais, venus échanger leur point de vue.

« Cette expérience en Moldavie est intéressante, analyse Esther, car elle nous apporte bien plus que des compétences professionnelles. Elle nous inculque des valeurs humaines, telles que la volonté d’être utile et l’envie de donner. Par conséquent, faire un volontariat n’a de sens que si l’on a en face de soi des gens prêts àrecevoir. En Moldavie, la majorité des personnes que l’on a rencontrées se sont montrées réceptives, ouvertes, accueillantes. Les Moldaves s’intéressent aux langues et aux autres pays. Ils sont curieux et nous posent beaucoup de questions, en particulier sur nos origines et les raisons de notre séjour ici.  »

En effet, de même que les Asiatiques ou les Sud-Américains, peu d’Africains sont présents en Moldavie. Ils seraient 200 au total, employés, footballeurs, étudiants ou réfugiés politiques, répartis sur tout le territoire et venant principalement du Soudan ou du Nigeria. A ChiÅŸinău, Mariama a pu rencontrer d’autres Sénégalais. « Cela m’a rassurée dans les premiers temps et m’a permis de me sentir moins seule. La « communauté  » africaine fait preuve de solidarité et fonctionne un peu comme une grande famille. Aujourd’hui nous nous sentons intégrées, satisfaites de notre environnement social. Cela n’a pas toujours été aussi simple et nous avons dà» nous armer de patience au début pour nous adapter àla culture, franchir le barrage de la langue, affronter les différences de température – au Sénégal il ne neige pas ! - et apprendre ànous repérer. Aujourd’hui ces souvenirs nous font sourire, mais cette expérience nous a renforcées.  »

Ayant tout juste terminé ses études d’ingénieur, Mariama travaille àla Maison des Savoirs en tant qu’animatrice en technologie de l’information et de la communication.

Habituée aux machines et aux programmes, elle avoue aimer le volontariat pour son aspect humain et social. En effet, après avoir géré la partie conceptuelle des ressources informatiques dont dispose le centre, en effectuant la création d’un site web, dotant la bibliothèque d’une base de données numériques, ou programmant de nouveaux logiciels adaptés, elle souhaite àprésent aborder le deuxième volet de sa mission : sensibiliser les utilisateurs àl’existence et la gratuité de logiciels libres, tels que Linux, moins connu que Windows bien que plus performant.

Le volontariat apporte davantage de questions que de réponses

Une fois leur aventure moldave terminée, les deux volontaires bénéficieront d’un accompagnement pédagogique. Le programme de volontariat inclut en effet les modalités de retour et l’insertion professionnelle, en garantissant aux participants des offres d’emploi et une reconnaissance des compétences acquises.

Pour le moment, les projets d’avenir paraissent encore flous et lointains. Mariama souhaite retourner travailler au Sénégal et Esther - multiplier les expériences professionnelles tout en poursuivant un doctorat. Toutefois, l’une comme l’autre espèrent fortement pouvoir continuer l’expérience internationale et la découverte de nouveaux horizons. C’est l’éternel risque que comporte chaque expérience àl’étranger. Celui qui commence àvoyager n’est pas sà»r de pouvoir s’arrêter !

Le VIF en bref

Lancé sous l’impulsion d’Abdou Diouf, Secrétaire général de la Francophonie, lors du Sommet de Bucarest en 2006, le programme de Volontariat International de la Francophonie (VIF) a nécessité une phase d’expérimentation avant de devenir fonctionnel en 2010. Mis en Å“uvre par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), il offre àde jeunes francophones âgés de 21 à34 ans, la possibilité de s’engager durant 12 mois àmettre leurs compétences au service d’un domaine d’activité précis, au profit d’un projet de la Francophonie.

Au total, sur les 56 États membres de l’OIF, 19 participent réellement au projet. Ainsi, du Cambodge au Canada, en passant par la Bulgarie ou le Mali, les candidats souhaitant effectuer un VIF déposent leur candidature pour un projet en lien avec leur domaine d’études et se déroulant dans un pays autre que celui d’origine. Environ 50 volontaires sont sélectionnés chaque année. 70% d’entre eux sont originaires des pays du Sud et d’Europe centrale et orientale. 41% sont des femmes et 59% sont des hommes. La moyenne d’âge est de 28 ans. L’OIF prend en charge plusieurs frais, tels que le billet d’avion ou le versement d’une indemnité mensuelle de subsistance.

Le 5 mars 2012