Une artisane d’Ermoclia perpétue un métier traditionnel voué à l’oubli

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Parascovia Cotoman, habitante du village moldave d’Ermoclia, est une des peu nombreuses artisanes de Moldavie qui perpétue un métier traditionnel très populaire jadis, mais qui risque de disparaître. Depuis presque 50 ans, elle pratique le tissage, utilisant un métier à tisser qu’elle a hérité de sa grand-mère. Elle tisse des tapis rustiques selon une technologie ancienne que sa mère lui a apprise.

L’ambiance dans la maison de Parascovia est particulière – elle est décorée de dizaines de tapis faits par la maîtresse de maison et la bonne humeur et la musique folklorique y règnent toujours. Parascovia reconnaît que la musique est sa campagne fidèle : « Je travaille toujours sur des airs de musique traditionnelle moldave. Je l’écoute sans cesse, jour et nuit ». Les murs dans la pièce où elle a installé son métier à tisser sont blanchis à la chaux et décorés d’ouvrages créés au fil des ans par la tisserande. Elle aime beaucoup parler du métier qu’elle a hérité de sa mère.

«  J’étais une enfant, je n’allais même pas encore à l’école, quand ma mère m’a appris à tisser. Elle tissait des serviettes traditionnelles et des tapis. Avec l’argent gagné, elle nous achetait des vêtements et des chaussures. Je me souviens que j’étais très petite, je n’avais même pas la hauteur d’une table, quand je savais déjà tisser. J’ai tissé mon premier tapis, sans aucune aide, quand j’avais environ 12 ans  », se souvient Parascovia.

« Le tissage est un travail minutieux, on ne le fait qu’avec une âme pure »

Dans les années 60-70, sa mère organisait des assises dans le village. « Ma mère était une artisane et elle organisait des assises chez nous, invitant d’autres artisanes du village. Chaque rencontre était une fête pour toute la famille, mais aussi pour le reste du village. Ma mère tissait à la lumière d’une lampe à gaz. Le tissage est un travail manuel très dur et minutieux et on ne le fait qu’avec une âme pure et avec beaucoup d’amour », souligne l’artisane.

Son métier à tisser a plus de 70 ans. Dans le passé, d’autres membres de la famille de Parascovia l’ont utilisé. «  Je l’ai depuis longtemps, il est vieux. J’ai hérité de ma mère des outils de tissage et le métier à tisser. Le tissage - c’est assez compliqué. Pour certains procédés, on a besoin de l’aide d’une deuxième personne. J’utilise une technique ancienne de tissage et j’improvise aussi. Les clients d’aujourd’hui veulent des tapis plus modernes, avec des couleurs plus vives et je change les techniques, le matériel en fonction de leurs préférences », raconte Parascovia.

En plus du métier à tisser, l’artisane a également un ourdissoir. « Avant de commencer à tisser, je fais l’ourdissage, puis il y a encore quelques étapes à parcourir et seulement après tout ça je commence le tissage. Mes mains et mes pieds sont toujours occupés et bien entraînés, je n’ai même pas besoin de machines fitness », plaisante Parascovia.

« Certains tapis traditionnels demandent des semaines de travail »

Le plus grand tapis confectionné par l’artisane d’Ermoclia mesurait plus de cinq mètres de long. « La dame qui l’a commandé voulait quelque chose de moderne, des couleurs calmes. Quand elle l’a vu, elle en a été enchantée. J’ai mis plus d’une semaine pour le faire, il a fallu beaucoup de temps », dit Parascovia Cotoman.

Elle utilise diverses matières premières. « J’achète le matériel à Chisinau. C’est assez cher. Pour certains types de tapis, j’utilise des morceaux de tissu. Je vais au marché et je cherche de bons vêtements neufs, que je coupe avec des ciseaux et j’utilise ensuite pour tisser. Quand je choisis les vêtements, je fais attention à leur couleur et tissu, car pas tout matériel est bon à tisser », précise l’artisane.

Parascovia a six enfants. Sa fille Olga l’aide à vendre ses tapis. « Elle trouve des clients, elle s’occupe des prix. Moi, je ne fais qu’ourdir et tisser, elle fait le reste », explique Parascovia.

Le rêve de l’artisane

Un tapis coûte de quelques centaines à plusieurs milliers de lei, en fonction des dimensions. « Les petits, pour la salle de bain, par exemple, coûtent 100-200 lei. Les grands sont plus chers, mais cela dépend aussi du fil qu’ils veulent que j’utilise, des couleurs. Je ne veux pas leur imposer des prix très élevés, mais la matière première coûte cher  », dit Parascovia.

La tisserande regrette que les jeunes ne soient pas intéressés à apprendre à tisser ou à ourdir. « Je n’ai pas à qui transmettre les secrets de ce métier. Les jeunes n’en sont pas intéressés. Heureusement, ma petite-fille Anastasia est passionnée, elle-aussi, pour les tapis. Elle vient et je lui montre des techniques de tissage. Je vais lui céder ma place, si elle veut commencer à tisser  », plaisante Parascovia.

L’artisane rêve d’un musée du village où elle pourrait exposer ses ouvrages. « J’ai proposé au maire de créer un musée dans le village et je leur offrirai volontiers des tapis confectionnés par moi. J’espère qu’on arrive à le faire. Je l’espère vraiment ».

D’après un article de Ana Sârbu publié sur https://gazetadechisinau.md/2020/06/14/meserii-care-se-uita-o-femeie-din-ermoclia-tese-la-razboi-de-aproape-50-de-ani/

Photos : Ana Sârbu

Le 27 juin 2020