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Le culte de la radio soviétique par câble

A l’ère de l’Internet, il y a encore des Moldaves pour qui la radio par câble reste la source principale d’information. A Chisinau, environ 18 mille foyers sont toujours connectés à ce service que beaucoup considèrent tout à fait périmé.

A l’époque soviétique, tous les foyers devaient être connectés à la radiototchka – c’est comme ça qu’on appelait le poste de radio par câble (en russe, радиоточка, point de diffusion radio). Tout appartement construit par l’état soviétique était muni d’une prise spéciale pour la radio par câble qui était installée dans la cuisine. Vraisemblablement, cette partie de la maison était choisie à des fins de propagande - en prenant le petit-déjeuner ou le dîner, les gens pouvaient se faire informer des dernières nouvelles du Parti communiste. La radio par câble ne diffusait que les stations moldaves Radio Chișinău et Luceafărul et celle russe - Mayak.

Après la chute de l’empire, alors que de plus en plus de gens pouvaient se permettre d’acheter des radios et des téléviseurs, l’intérêt pour la radiototchka a commencé à décliner. La radio par câble a pratiquement disparue dans les appartements soviétiques rénovés dont les propriétaires décidaient d’arracher l’étrange prise dans la cuisine. Avec l’avènement de l’Internet, radiototchka semblait être vouée à la disparition. Toutefois, tandis que les jeunes d’aujourd’hui n’ont aucune idée de ce service radio, des personnes du troisième âge restent fidèles à la radio par câble et sont prêtes à payer un abonnement pour en bénéficier.

Ce service est livré par l’entreprise publique Radiocomunicații qui perçoit une taxe annuelle pour la radio câblée. Le nombre d’appartement connectés a baissé de 353 mille à 17 mille, mais personne ne sait combien d’appareils existent en fait dans les appartements. En plus, quiconque le veut peut solliciter la déconnexion. Les abonnés qui écoutent encore la radio par câble utilisent de vieux appareils, car ce genre de postes radio ne sont plus fabriqués. D’autre part, l’entreprise n’est plus en mesure de couvrir les dépenses de maintenance des réseaux initialement destinés à un nombre d’abonnés 20 fois supérieur. Par conséquent, alors qu’il y a quelques ans les abonnés avaient accès par câble au poste Radio Europe Libre, aujourd’hui ils ne peuvent écouter que Radio Moldova. Dans cette situation, ce service est fourni par Radiocomunicații uniquement à ceux qui n’ont pas d’autre source d’information.

Les réseaux techniques sont anciens et coûteux à entretenir. Le tarif annuel de 8,46 lei (à peu près 0,4 euro), approuvé en 2011, ne couvre plus les coûts. D’autre part, ce tarif n’a pas été indexé depuis plus de dix ans, compte tenu que les abonnés sont des personnes socialement vulnérables. Parmi les abonnés, des gens alités pour qui la télévision et l’Internet coûtent trop cher. Donc, tandis que Radiocomunicatii s’attendait à la déconnexion graduelle de tous les abonnés, de nouvelles demandes de connexion ont été faites ces dernières années.

Le reporter de Jurnal.md s’est entretenu avec plusieurs habitants de Chisinau qui ont souhaité avoir un poste de radio par câble. Parmi eux, Ivan Coteraș qui n’imagine pas sa vie sans la radio qu’il écoute sans arrêt : « Je n’éteins jamais la radio. J’aimerais avoir trois stations, mais une seule est diffusée, avec des nouvelles de Chisinau. On diffuse en russe, en moldave, en ukrainien et en bulgare. La radiototchka est une chose normale que tout le monde aime. J’ai Internet et la télévision, mais qu’est-ce que l’un a à voir avec l’autre ? C’est notre radiototchka, elle est à nous ».

Victor Gherman précise qu’il y a de l’Internet et de la télé chez lui, mais ce sont pour ses enfants et petits-enfants. Lui et sa femme, quand ils mangent dans la cuisine, ne sont pas à l’aise s’ils n’entendent pas les dernières nouvelles et prévisions météo diffusées par la radiotochka. Il explique que, cinq ou six ans après que les appartements à l’étage où il vit aient été complètement déconnectés de la radio par câble, lui et sa femme ont décidé de ramener la radio dans leur maison. « Tout au début, nous n’avons pas fait l’attention, puis nous nous sommes rendu compte que c’était mieux avec la radio et avons demandé à être reconnectés. Nous l’écoutons à six et sept heures du matin, en russe, quand nous prenons le café. Aujourd’hui, nous sommes les seuls sur le palier à avoir encore la radiototchka ».

D’après un article de Pavel Păduraru publié sur https://www.jurnal.md/ro/news/d833c864d7153a07/eu-tocika-am-avut-am-si-voi-avea-cultul-radioului-sovietic-prin-cablu-o-veche-iubire-a-moldovenilor-se-pastreaza.html

Le 21 août 2023

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