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De Chișinău aux vitrines de Prada et Burberry : l’histoire des sacs de luxe « Made in Moldova »

Il y a trente-cinq ans, dans un petit atelier de Chișinău, trois frères — Tudor, Pavel et Gheorghe Tanas — lançaient une entreprise familiale avec seulement 18 employés. Ils cousaient alors leurs premiers sacs en tissu pour des intermédiaires étrangers, principalement italiens. Aujourd’hui, les sociétés TiTiTi&C et Il Ponte sont devenues des noms reconnus dans l’industrie européenne de la maroquinerie, et leurs créations se retrouvent dans les vitrines de Prada, Montblanc ou Burberry, preuve que la Moldavie peut produire des articles de luxe aux standards internationaux.

Des débuts modestes, une aventure familiale

L’entreprise s’est construite pas à pas, grâce à un travail acharné et à un engagement familial constant. « Nous avons commencé sans argent, sans expérience, seulement avec l’envie de travailler honnêtement. Les premiers sacs, nous les avons cousus avec nos épouses, nos frères, nos amis. Notre usine a toujours été une grande famille  », se souvient Tudor Tănase, aujourd’hui seul survivant des trois fondateurs.

Son frère Pavel, décédé en 2025, répétait d’ailleurs souvent une phrase devenue emblématique dans l’entreprise : « La qualité n’a pas de passeport. »

2005, l’année charnière

En 2005, la société frôle la faillite, faute de commandes suffisantes. Le destin bascule lors d’un salon international, où les frères Tanas attirent l’attention de la marque italienne The Bridge. Les frères Tanas disaient que ce contrat avait été « le dernier train » : sans cet accord, TiTiTi&C n’aurait probablement pas survécu.

Ce partenariat marque le début des collaborations avec des maisons de renom et ouvre la voie à l’intégration de la Moldavie dans les chaînes de production du luxe européen.

Une capacité industrielle impressionnante

À son apogée, le groupe comptait plus de 700 employés et disposait de 7 000 m² d’espaces de production, répartis dans deux bâtiments industriels modernes. La capacité mensuelle atteignait alors :

  • 4 000 à 5 000 sacs
  • 40 000 à 50 000 portefeuilles
  • 1 000 à 15 000 serviettes et sacs professionnels

La pandémie de Covid-19, puis l’instabilité provoquée par la guerre en Ukraine, ont entraîné une chute brutale des commandes. L’effectif est descendu à moins de 80 personnes. Aujourd’hui, grâce à l’implication de la jeune génération, l’entreprise a retrouvé un nouvel élan et emploie à nouveau environ 160 salariés.

Prada, Montblanc, Burberry : des partenaires de prestige

Au fil des années, TiTiTi&C et Il Ponte ont collaboré avec des marques internationales telles que Prada, Montblanc, Lancel, Burberry, The Bridge, mais aussi avec des marques locales comme Georgette.

« Quand on voit ses portefeuilles dans les vitrines de Montblanc ou de Burberry, on comprend que la Moldavie en est capable. Nous ne sommes inférieurs à personne dans le monde », affirme Tudor Tănase.

Les entreprises proposent une chaîne complète de services : analyse de design, échantillonnage, prototypes rapides, production intégrale, traçabilité et contrôle qualité rigoureux.

Un label propre en devenir : WOLF

Le groupe a également tenté de lancer son propre label, WOLF, spécialisé dans la petite maroquinerie premium destinée aux marchés extérieurs. Bien que le projet n’ait pas encore abouti, il reste fait partie de la stratégie de développement portée par la nouvelle génération.

« Made in Italy » ou « Made in Moldova » ?

L’étiquetage final dépend de l’origine des matériaux et des réglementations internationales propres à chaque marque. Seuls les produits dont le cycle de production est entièrement réalisé en Moldavie portent la mention « Made in Moldova ».

La majorité de la production s’effectue toutefois selon le système LOHN, courant dans l’industrie européenne du luxe : la marque étrangère fournit les matériaux et le design, tandis que l’atelier moldave assure la fabrication.

Les employés, cœur battant de l’entreprise

Pour Gheorghe Tanas, la maroquinerie exige avant tout de la patience : « ce n’est pas seulement un métier ». De nombreux employés comptent 10 à 20 ans d’expérience et ont grandi professionnellement au sein de l’entreprise. L’usine offre également un emploi stable à plus de 20 personnes en situation de handicap auditif, pour qui elle constitue souvent l’unique source de revenus.

« Depuis plus de 30 ans, nous avons prouvé que la Moldavie peut produire de la maroquinerie de luxe au niveau international. Nous avons traversé des crises, nous sommes tombés, nous nous sommes relevés et nous avons continué à travailler. Notre secret, ce sont les gens : leurs mains, leur âme et leur volonté de bien faire  », conclut Tudor Tănase.

D’après un article publié sur https://zdgust.md/munca/din-chisinau-in-vitrinele-prada-si-burberry-povestea-gentilor-de-lux-made-in-moldova/

Le 22 décembre 2025

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