Dans le village moldave de Clișova Nouă, le tissage des tapis traditionnels est fidèlement perpétué par les tisserandes.
Efimia Anghel a une dizaine de tapis tissés par elle-même. « C’est ma mère et ma grand-mère qui m’ont appris à tisser. En fait, j’ai « volé » les secrets de ce métier – tout petite, j’avais l’habitude de me faufiler parmi les pelotes de laine et de regarder les femmes tisser. Plus tard, je m’asseyais sur la chaise à leurs côtés et je prenais part au tissage de grands tapis. J’ai pris du plaisir à le faire et plus je voyais de résultats de mon travail, plus j’étais motivée à me consacrer à la fabrication des tapis », raconte Efimia.
Maintenant, elle a 55 ans et elle apprend aux jeunes femmes à tisser. On commence bien sûr par des tout petits tapis faits dans de petits cadres pour arriver aux procédés les plus complexes de tissage, spécifiques à leur région.
Le « Plateau » et le « Chocolat »
Dans la région centrale de la Moldavie, on fait des tapis à plusieurs motifs qui tirent leur nom soit de la forme, soit des ornements qu’ils comportent. Les ornements qu’on retrouve sur les tapis tissés dans cette région sont la plume, le cerf, la dame, le pain en couronne, l’arbre de vie et les roses.
Le « Plateau » est le tapis le plus populaire dans la région, en raison de la forme de son ornement principal qui rappelle celle d’un plateau. Il est bordé de fleurs tissées.
Le tapis « Chocolat » est un tapis délicat, tissé de petits fils fins, de couleur brunâtre prédominante avec de nombreuses petites fleurs. Efimia conserve un tapis qui a plus de 80 ans hérité de son arrière-grand-mère. « Je garde ce tapis avec une grande fierté. Il est fait suivant une technique qu’on n’applique plus – la chaîne est faite de fils de laine. Aujourd’hui, on utilise des fils de coton à cette fin », raconte la tisserande.
La sœur d’Efimia, Galina Gherasim, est passionnée elle-aussi par la création des tapis traditionnels. Comme jadis, elle prépare elle-même la laine à tisser : « Après la tonte des moutons, je lave la laine. Il faut changer plusieurs fois d’eau, la bien rincer, puis la faire sécher. Ensuite, on fait le démêlage, le peignage, le filage, la teinture, tout ça, selon des méthodes traditionnelles ».
Des ingrédients naturels pour la teinture
La flore de Moldavie comprend un grand nombre de plantes tinctoriales qui permettent de créer beaucoup de colorants végétaux donnant toute une variété de nuances de couleurs, cependant, dans la fabrication des tapis on utilise surtout sept nuances. Or, le charme d’un tapis ne provient pas du nombre de couleurs utilisées, mais plutôt du mariage des couleurs froides et celle chaudes. « Pour teindre la laine, nous n’utilisons que des couleurs obtenues de pigments naturels. C’est plus sain et cela donne des couleurs qui persistent longtemps. Pour obtenir le kaki, nous utilisons des bourgeons de noyer, la couleur orange ou brunâtre provient des pelures d’oignon, le vert - d’orties. Les fleurs de soucis et de safran donnent la couleur jaune. Pour obtenir une couleur noire profonde, on utilise du vin rouge, et le bleu provient de fleurs de bleuets », raconte Galina.
C’est un métier pratiqué par les femmes rurales depuis des siècles. Elles préparaient le matériel en été et tissaient tout l’hiver. Maintenant, quand la production industrielle des tapis a rétréci l’artisanat, les peu nombreuses tisserandes qui pratiquent ce métier font des efforts pour le transmettre à la jeune génération afin de le perpétuer. Elles organisent des assises comme jadis où des enfants viennent aux côtés de leurs parents et grands-parents pour apprendre les secrets des métiers traditionnels.
« Notre mère a élevé cinq filles et elle a tissé un tapis de dot pour chacune. C’est une tradition qu’on respecte chez nous. A notre tour, nous avons tissé des tapis pour nos enfants. Ce n’est pas une occupation facile, mais je n’ai jamais eu l’idée de l’abandonner », avoue Galina.
Des traditions liées au tissage des tapis
A Clișova Nouă, avant de commencer le tissage d’un tapis, les tisserandes organisent un festin. « Le jour quand nous commençons à tisser le tapis, nous nous réunissons autour d’un repas spécial pour que le début du travail soit de bon augure. Nous faisons la même chose lorsque le tapis est prêt », raconte Galina. A cette occasion, les tisserandes sont à l’honneur – en signe de reconnaissance et de remerciement, on leur offre du pain couronne couvert d’un fichu ou une nappe.
D’après un article de Lia Ciutac publié sur https://www.timpul.md/articol/secretele-unui-covor-moldovenescc-76910.html
Le 25 octobre 2021