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Un hommage rendu à l’indépendance de la Moldavie : « Je serais allée au bout du monde au nom d’un pays libre »

Des événements très intenses se sont déroulés aux années 1989-1991, dans le contexte du mouvement de libération nationale. Nombreux étaient ceux qui souhaitaient se débarrasser de la domination russe, la soif de liberté et le désir d’écrire et de lire en langue roumaine étant des mobiles très encourageants. Maria Pascaru, professeure de géographie dans un village moldave, est une des participantes à ces événements. Voici ses souvenirs de cette époque-là.

" Il n’y avait pas de groupe d’initiative ou d’organisateur au niveau local. Avec des collègues, des enseignants, nous allions à Chișinău quand des manifestations avaient lieu. Le plus souvent, nous le faisions en cachette, pour que le directeur de l’école ne le sache pas. Ce n’est qu’au retour que nous en parlions. En fait, le directeur ne nous interdisait pas de participer aux événements de libération nationale, mais il les désapprouvait.

Pour aller à Chișinău, on prenait les transports en commun, surtout le train. Je serais allée au bout du monde au nom d’un pays libre où l’on puisse parler librement en langue roumaine et écrire dans notre langue, en utilisant les lettres latines. C’était un plaisir indicible d’entendre Leonida Lari, Ion Ungureanu, Ion Hadârcă et d’autres personnalités remarquables parler roumain !"

La dose de liberté ressentie à la fin des années ‘80 a inspiré les pays ex-soviétiques à se lancer dans la lutté pour la liberté par rapport à Moscou

"Dans les années 80, nous avons ressenti une certaine liberté, grâce à quoi il a été possible d’exiger notre droit à l’indépendance. Nous avions un fort désir de libération, d’indépendance, de bénéficier de ce qui devait nous appartenir - la langue roumaine. Or, la langue roumaine disparaissait pratiquement dans les écoles, surtout dans les villes où de nombreux parents roumainophones préféraient inscrire leurs enfants dans des écoles où l’enseignement était dispensé en langue russe et ils parlaient russe même chez. Nous, les enseignants, nous en étions fort déçus. Nous avions un désir très fort de nous débarrasser des Russes et de devenir indépendants."

L’enthousiasme qui régnait dans la Place de la Grande Assemblé Nationale

"Nous étions tous enthousiasmés, optimistes ! Je suis allée plusieurs fois à Chișinău, avec des professeurs de différentes écoles d’Ungheni. Quand une collègue, Maria Buruiana, a commencé à scander Unification avec la Roumanie !, d’autres lui ont dit de se taire : C’est trop tôt pour cela !

Il y avait des représentants des organes de la sécurité qui nous surveillaient. Mais notre enthousiasme était énorme. Nous nous frayions chemin à travers la foule pour nous rapprocher d’Ion Ungureanu, où d’Ion Hadârcă, de Leonida Lari. C’était un plaisir de l’âme de les voir, de les écouter, de les applaudir."

Des livres en langue roumaine achetés à Moscou

"Après l’indépendance, le programme scolaire en géographie a changé, mais, pour moi, enseigner suivant le nouveau programme a été très facile. En tant qu’étudiante, j’ai fait plusieurs stages à Moscou. Les étudiants des années supérieures nous indiquaient les adresses où nous pouvions acheter ou emprunter des livres en roumain - il y avait une librairie, dans une rue centrale, où de la littérature trans-socialiste était vendue. C’est ainsi qu’on l’appelait à l’époque (sourires). Dans cette librairie-là, on trouvait des livres de la littérature roumaine. Pendant les stages faits à Moscou, nous faisions des échanges de livres en roumain, entre étudiants. Je lisais un livre en deux nuits, parce que d’autres attendaient leur tour. J’ai acheté beaucoup de livres en roumain à Moscou, mais je n’en parlais à personne.

Quand j’ai reçu les premiers manuels roumains, publiés à Bucarest, j’ai ressenti un sentiment de plaisir en les lisant - le contenu des manuels était exprimé dans une langue roumaine cultivée. Or, ceux qu’on utilisait à l’époque soviétique étaient assez maladroitement traduits du russe. D’ailleurs, puisque notre ville est sur le Prut, nous avions accès, même à l’époque soviétique, à la télévision roumaine. Pour nous, c’était un avantage et un délice. J’attendais avec impatience les programmes spéciaux à l’occasion du Nouvel An, par exemple. C’était une belle occasion d’entendre la vraie langue roumaine ! "

Le choc de l’indépendance

"Après la proclamation de d’indépendance, nous avons dû affronter beaucoup de difficultés – ce fut la faute du gouvernement agraire, qui, en fait, réunissait des communistes d’autrefois. Mais nous les avons surmontées !"

Le Pont de Fleurs : des émotions infinies

"Je me souviens avec beaucoup d’émotions du pont des fleurs. Il y avait beaucoup de monde, de Moldavie, comme de Roumanie. Nous étions très heureux d’être ensemble ! Nous avons lié des amitiés avec des familles de Roumanie et nous nous sommes rendus des visites après. Ce jour-là, on ne trouvait pas de fleurs à Ungheni !"

D’après un article de Daniela Gorincioi publié sur https://ea.md/omagiu-independentei-rm-maria-pascaru-practic-disparea-limba-romana-din-scoli-acest-fapt-se-simtea-mai-ales-in-institutiile-de-invatamant-din-orase/

Le 27 août 2022

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