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Le train de l’espoir : Kiev – Chișinău (1)

Le 5 novembre 2022, après une pause de 24 ans, a été lancée la ligne ferroviaire directe entre Kiev et Chisinau. Le train Kiev - Chisinau est une option relativement sûre et confortable pour les enfants et les femmes qui se voient contraints à quitter leur foyer en Ukraine à cause de l’évolution des actions militaires, ainsi qu’à cause de l’hiver difficile.

Le train quitte Kiev à cinq heures du soir. Sur le quai, dans la pénombre, les passagers se disent au revoir. Ceux qui quittent Kiev n’ont aucune idée quant à leur retour probable… Les fenêtres du train sont couvertes d’une pellicule censée protéger le verre au cas d’explosion d’un missile.

Larisa, la conductrice, est un des vétérans des voies ferrés d’Ukraine. Elle a pris part, au début de la guerre, à l’évacuation des habitants de Kramatorsk, une ville dans la région de Donetsk. Son dernier voyage à Kramatorsk a eu lieu le 8 avril, le jour quand l’armée russe a lancé une roquette sur la gare, tuant de nombreux civils attendant d’être évacués. Larisa : « A partir du 24 février, toute notre équipe de conducteurs a travaillé 24 heures sur 24 pendant plusieurs jours. Le long de quelques semaines, nous avons évacué des habitants de Kramatorsk et de Kharkiv – ils étaient très nombreux et ont dû dormi dans les allées. Les femmes et les enfants étaient notre priorité – ils étaient les premiers à monter dans une voiture où il y avait au moins un peu d’espace libre ».

Ce train est le synonyme de l’espoir pour beaucoup de passagers. Parmi eux, Tatiana et son fils, ancien militaire qui a été grièvement blessé sur le front. Il n’a que 23 ans. Il a perdu un œil, mais il y a des chances de sauver le second. Leur destination finale est la Turquie où il va subir une opération.

Tatiana se souvient que son fils lui écrivait presque tous les jours quand il était au front, mais fin octobre il a cessé de lui écrire. Puis, Tatiana a reçu un appel de son commandant pour l’annoncer que son fils avait été blessé. Très heureuse qu’il était vivant, Tatiana est allée le chercher à l’hôpital où le médecin lui a dit que Dieu avait vraisemblablement de grands projets pour mon fils, car on ne survit presque pas avec les blessures qu’il avait.

Dans la voiture voisine, on entend des rires d’enfant. Leurs mères, Marina et Violeta, sont des amies. Elles ont chacune deux enfants : des filles qui sont les aînées et des garçons - plus jeunes. Elles avaient déjà quitté l’Ukraine au début de la guerre pour s’installer dans des pays d’Europe, mais après un certain temps elles sont rentrées chez elles. Cette fois-ci, leur destination finale est Chișinău, où elles pensent passer l’hiver.

« Je savais que l’hiver allait être dur, mais la situation est particulièrement difficile après les dernières attaques contre les infrastructures – nous avons des enfants et nous ne pouvons plus mettre leur santé et leur vie en danger. Les enfants ont besoin de conditions décentes de vie. Après une des attaques sur Kiev, nous n’avons eu d’électricité, ni d’eau pendant longtemps. Mon fils a attrapé un rhume lorsque la température dans la maison a baissé. Nous espérons trouver à Chişinău non seulement de la sécurité, mis aussi des logements chauffés  », dit Marina.

Violeta, l’amie de Marina, confirme qu’il lui a été difficile de prendre la décision de partir. « Nos familles seront séparées et c’est très difficile pour nous. C’est dur d’être loin de ta famille et dans un autre pays. J’ai déjà vécu cette situation au printemps. Nous ne savons pas encore à quoi nous attendre, comment résoudre le problème de l’éducation des enfants, où nous installer. Mais l’essentiel est que maintenant nous soyons en sécurité ».

Iulia, une jeune maman qui voyage dans le compartiment voisin, est avec son fils Vlad, né le 2 mars, une semaine après le début de la guerre. « Des militaires avaient été déployées dans la maternité pour nous défendre au cas où l’armée russe entrait dans Kiev. C’était très effrayant, on entendait des explosions. Cinq jours après la naissance de Vlad, nous sommes partis dans l’ouest de l’Ukraine, où on était plus en sécurité à cette époque-là, mais cela n’a pas été facile - je voulais toujours rentrer chez moi et je suis revenue à Kiev en mai.

En fait, ce n’est pas la séparation de mon mari qui m’inquiète – nous avons l’habitude, car il a longtemps travaillé à l’étranger avant la guerre. Ce qui m’effraye le plus, c’est que toute la vie de mon fils se déroule pendant la guerre – c’est un enfant de la guerre. Et on ne sait pas quand cela se terminera. Vlad a un peu peur des hommes. Depuis qu’il est né, il n’a été entouré que de femmes », raconte Iulia.

D’ailleurs, le jour où les jeunes mères et leurs enfants sont arrivés à Chisinau, Kiev a de nouveau été attaquée par des missiles russes …

Après 18 heures de route, le train arrive à la gare de Chişinău – la destination finale. Après le froid de Kiev, les voyageurs retrouvent un temps assez doux en Moldavie. Ils sont accueillis par Pavlina, responsable de l’espace sûr de l’UNFPA à la gare. Avec son équipe, Pavlina (dont les parents sont originaires d’Ukraine, d’ailleurs) fournit du soutien psychosocial aux réfugiés d’Ukraine. Dans ces espaces, les réfugiés sont informés des services qui sont à leur portée et reçoivent des paquets avec des objets essentiels – des kits de dignité.

Lire la deuxième partie

D’après un article publié sur https://moldova.unfpa.org/ro/news/trenul-speran%C8%9Bei-kiev-chi%C8%99in%C4%83u

Le 18 janvier 2023

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