Le ferry-boat qui rompt l’isolement

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Le conflit armé de 1992 s’est soldé par la sécession de la Moldavie – la Transnistrie, c’est-à-dire la partie du pays située sur la rive gauche du Dniestr, n’est plus contrôlée par les autorités constitutionnelles, à part quelques villages. Ces cinq villages se subordonnent au gouvernement moldave, mais ils sont séparés du reste du territoire de la Moldavie par le Dniestr, le fleuve qui marque la frontière géographique avec la région séparatiste de Transnistrie. Ce fait pose pour beaucoup de problèmes pour ces localités en termes de connexion avec le reste du pays.

Pour rejoindre la rive droite, un habitant de Molovata, par exemple, a deux options : soit prendre l’autoroute qui passe par la ville de Dubasari, ce qui implique de traverser l’ainsi-dite frontière avec la Transnistrie, soit traverser le Dniestr en ferry-boat sans avoir à franchir aucune frontière. En fait, les habitants de ces villages isolés jouissent de certaines « facilités » en Transnistrie - ils n’ont pas à remplir des formulaires lorsqu’ils traversent la frontière. Toutefois, ces « facilités » ne concernent que les personnes physiques, pas les entités juridiques ou publiques, comme les magasins, pharmacies, bureaux de poste, autres institutions qui, pour reconstituer leurs stocks de marchandises et ou effectuer autre procédure liée à leur activité quotidienne, ont une seule option – traverser le Dniestr en ferry-boat.

En plus, périodiquement, les autorités séparatistes invoquent toute sorte d’« incidents » pour interdire aux citoyens moldaves de traverser le territoire de la Transnistrie. En 2020, par exemple, du mars au juin, sous le prétexte de l’état d’urgence sanitaire, Tiraspol a une nouvelle fois bloqué la circulation des citoyens moldaves sur le territoire séparatiste, le ferry restant l’unique moyen de rejoindre la rive droite.

D’ailleurs, sur cette portion de son cours, le Dniestr a la plus grande largeur - 1,5 km. Les autorités ont estimé que la construction d’un pont serait trop coûteuse et pas rentable et ont, par conséquent, opté pour ce moyen de relier les deux rives qui, dans certaines circonstances, est l’unique possibilité pour les habitants des villages isolés en Transnistrie de se rendre sur l’autre rive.

Ce ferry-boat fait la navette depuis plus de 30 ans déjà. Pendant toute cette période, il est piloté par le capitaine Serghei Onu qui a hâte de prendre sa retraite. Or, les conditions de travail sont très difficiles, mais son salaire est infime. En même temps, il est préoccupé de la destinée du gouvernail de son ferry au moment quand il décidera de l’abandonner - ce travail n’est pas attractif pour les jeunes, en plus de fait qu’il n’y a pas d’écoles en Moldavie pour apprendre sa spécialité.

Quant au ferry-boat, il porte l’empreinte des longues années de fonctionnement. Son équipement est obsolète, il n’y a pas de système de chauffage et le seul « appareil » qui aide à la navigation est le tricolore de la Moldavie installé sur le mât – il indique avec précision la direction du vent.

Malgré son état, cette vieille ferraille rend un service vital à la population des villages isolés de Transnistrie. Or, les gens ont régulièrement besoin de se rendre sur la rive droite : pour leur travail, pour aller voir le médecin, pour faire des achats, pour se faire des papiers, etc.

Toutefois, des facteurs météorologiques - vent, brouillard, glace - l’empêchent parfois de circuler. Ajoutons-y les fluctuations du niveau de l’eau dans le Dniestr qui sont parfois influencées par les caprices des dirigeants de la centrale électrique de Dubasari. Dans ces conditions, l’isolement de la population est total…

Le 17 février 2021