Cette journée de commémoration est aussi un rappel essentiel : celui de la responsabilité collective d’assumer la vérité historique et de lutter contre la haine, l’extrémisme et la désinformation — des phénomènes qui, aujourd’hui encore, ressurgissent dans un contexte international marqué par les conflits et les radicalisations.
Une tragédie profondément enracinée en Bessarabie
À la fin du XIXᵉ siècle, la Bessarabie comptait près de 250 000 Juifs, soit environ 12 % de la population de l’époque. L’Holocauste a brutalement réduit cette présence.
Des milliers de personnes ont été déportées vers des ghettos et des camps de concentration, où elles sont mortes de faim, d’épuisement ou ont été exécutées. Selon le rapport final de la Commission internationale pour l’étude de l’Holocauste, en 1941, on recensait 49 ghettos et camps sur le territoire de l’actuelle République de Moldavie, ainsi que 189 en Transnistrie.
Ces lieux ont été le théâtre de la mort de plus de 300 000 Juifs et Roms, victimes de conditions inhumaines et de massacres systématiques. Mais l’ampleur de la tragédie ne peut être réduite à des chiffres. Commémorer l’Holocauste, c’est reconnaître chaque vie perdue et chaque communauté détruite.
« J’ai grandi avec les récits des camps »
La présence du ghetto juif à Chișinău rappelle que l’Holocauste n’a pas été une tragédie lointaine, cantonnée aux grands camps de l’Europe Centrale, mais une réalité vécue aussi sur le territoire moldave.
Derrière les données historiques se cachent des destins individuels, comme celui de Toiva Vaidislaver, originaire d’Orhei. Aujourd’hui âgé de 82 ans, il porte la mémoire d’une famille contrainte de fuir pour survivre.
« Lorsque les Allemands sont arrivés, il n’y avait plus d’autre solution que de partir. Mes parents ont fui jusqu’à Stalingrad, à près de 1 500 kilomètres. Après la guerre, ils sont revenus : mon père, ma mère et mon frère aîné. Nous, les plus jeunes, sommes nés après la guerre », raconte-t-il.
Même sans avoir vécu directement l’horreur des camps, les souvenirs transmis restent douloureux : « Ce qui s’y passait était une catastrophe. Il y avait des fours crématoires, des travaux forcés jusqu’à l’épuisement total. La seule issue était de lutter pour survivre. Certains tentaient de s’évader, d’autres, à bout, se jetaient sur les clôtures électrifiées ».
Pepeni, un ghetto effacé en trois jours
Avant 1940, le village de Pepeni abritait une importante communauté juive, composée principalement de commerçants. Le village fut l’un des plus de 50 ghettos ayant existé en Moldavie. Son existence fut brève : trois jours seulement, avant que tous les Juifs qui n’avaient pas réussi à fuir ne soient assassinés.
Andrei Vulpe, ancien professeur d’histoire, n’avait que 10 ans à l’époque, mais garde des souvenirs précis de l’été 1941 : « Je me souviens de l’entrée de l’armée allemande dans le village. Il y avait 27 ou 28 familles juives. Les soldats demandaient seulement : “Juden ist ?”. C’était un dimanche, le 13 juillet. Ils ont rassemblé tous les Juifs et les ont enfermés dans l’ancien bâtiment administratif. Nous regardions, enfants, nos camarades de classe être emmenés. Le mercredi, ils ont été fusillés. »
Le massacre a eu lieu en plein jour. Une grenade fut d’abord lancée à l’intérieur, puis les tirs ont suivi. Les corps furent rapidement évacués à l’aide de charrettes et jetés dans une carrière de pierre située à plusieurs kilomètres du village.
Se souvenir pour ne pas répéter
Ces témoignages rappellent que l’Holocauste en Moldavie n’est pas une page abstraite des manuels d’histoire, mais une réalité locale, incarnée par des lieux, des noms et des voix.
À l’heure où l’Europe et le monde sont de nouveau confrontés à la montée de l’extrémisme et à la manipulation de l’histoire, la mémoire des victimes reste un rempart indispensable contre l’oubli et la répétition des crimes.
Le 27 janvier 2026
