Vincent Lecot, diplômé de la 57e promotion de l’Ecole Supérieure des Transports. Octobre 2005.

0 vote

1) Comment jugez-vous l’état des lieux actuel des infrastructures de transport de la Moldavie ?

La Moldavie est encore en état transitoire, comme la plupart des pays de l’ex-URSS ; à ceci près qu’elle est le pays le plus pauvre d’Europe et que les investisseurs étrangers (institutionnels ou privés) l’ont ignorée pendant longtemps à cause de sa petite taille et de sa situation enclavée. La donne pourrait changer rapidement.

Il faut donc analyser le développement des infrastructures en Moldavie pendant son histoire mouvementée pour pouvoir faire un état des lieux des infrastructures existantes.

L’actuelle Moldavie correspond à l’ancienne République socialiste soviétique de Moldavie qui a proclamé son indépendance en 1991 dans les mêmes frontières. Celle-ci ne couvre que 32 % de la principauté roumaine moldave médiévale (Bessarabie et Bucovine) et se trouve amputée au sud de son accès à la mer Noire et affublée à l’Est d’une bande de terre auparavant ukrainienne, la Transnistrie. De plus, si l’on écarte la Transnistrie, on remarque que le pays est encerclé par deux fleuves : le Prout et le Dniestr, accentuant son isolement.

2) Quels sont les principaux projets de rénovation et les axes de développement actuellement en cours ?

Les rénovations effectuées ou en cours concernent essentiellement les tâches les plus urgentes : réseaux thermiques et d’énergie (gaz), centres historiques et entretien nécessaire des axes principaux. Le budget national actuel alloué aux infrastructures de transport ne permet pas d’investissement et de visibilité sur le long terme. On se borne à maintenir en l’état ce qui existe déjà.

Toutefois, le financement extérieur est venu aider la Moldavie pour la mise en œuvre de certains projets : • Réhabilitation complète de l’aéroport de Chisinau (financé par la BERD) et l’allongement de la piste principale (financement russie) • Création d’un port fluvio-maritime à Giurgiulesti (BERD / fonds privés) • Mise en 2 x 2 voies et conformité de la route sud de Chisinau jusqu’à l’aéroport (USAid / Banque Mondiale) • Réhabilitation complète de la route reliant Beltsi à Edinet (Banque Mondiale) • Rénovation complète des gares de Chisinau et Tiraspol, électrification de la voie en Transnistrie (Russie)

Les axes nationaux et internationaux sont encore pour la plupart à l’état de projet (corridors pan-européens de transport / convention de Helsinki, 1997).

Toutefois, l’Union Européenne commence à s’intéresser fortement à la Moldavie et au règlement du problème transnistrien dans le cadre de sa « Politique Européenne de Voisinage » (PEV). L’UE a envoyé au mois de Septembre une mission d’évaluation en Moldavie et en Ukraine pour la mise en place de nouvelles procédures aux frontières avec à la clé le financement complet des équipements, de la formation des douaniers et l’accompagnement. Il est à parier que l’UE ne s’arrêtera pas là et que les programmes d’aides type PEV ou Euro-régional prendrons le relais au niveau infrastructures.

Toutefois, la Moldavie, qui est un état souverain, ne peut pas se faire imposer par l’extérieur sa politique d’aménagement du territoire. La seule condition pour obtenir les financements de l’UE ou d’autres instances internationales est qu’elle en soit demandeuse. En d’autres termes, il faut indiscutablement une véritable prise de conscience et une volonté politique d’améliorer la situation des réseaux. Les outils existent, c’est à la Moldavie de les saisir !

3) La Moldavie vous paraît-elle à un emplacement stratégique pour des entreprises françaises souhaitant s’implanter dans l’Est de l’Europe ?

Cela dépend de leur stratégie géographique de développement.

Les entreprises industrielles (développement du « Fabricat in Moldova ») :

Certaines entreprises industrielles désirent implanter leurs sites de production et / ou de distribution à des endroits stratégiques pour se donner un accès rapide à tout point géographique de leur marché.

Cette implantation doit avoir plusieurs points forts : Etre géographiquement bien placée, Offrir des terrains disponibles suffisants, avec possibilités d’extensions futures Avoir une bonne connexion aux infrastructures (route, rail, mer, télécommunications) Avoir une population compétente, technicienne et bon marché Offrir des opportunités (aides à l’installation, zones franches) Proposer un arsenal juridique facilitant le perfectionnement actif

Pour une entreprise désirant se positionner sur un marché « eurasien », la Moldavie, placée aux confins de la région des Balkans est extrêmement bien placée : Proximité du marché européen élargi Proximité du marché russe Proximité du marché proche-oriental Accès direct au bassin économique de la Mer Noire (Turquie, Caucase, future « Route de la Soie » (programme TRACECA) en liaison avec l’Asie Centrale et la Chine).

La Moldavie est également dotée d’une surface constructible suffisante par le programme gouvernemental de zones franches pour l’installation d’industries (par exemple autour de l’aéroport de Chisinau, du port de Giurgiulesti…). De plus, la compétence technique des moldaves n’est plus à prouver avec l’Université Technique, les écoles d’ingénieurs et les programmes d’études à l’étranger, très développés en Moldavie.

Enfin, les biens fabriqués sur ces sites industriels ne sont pour la plupart pas destinés au marché moldave. C’est pourquoi la Moldavie offre la possibilité d’effectuer les fabrications « sous-douane ». C’est-à-dire que les matières premières rentrent dans le pays en suspension de droits et taxes, sont transformés / assemblés et ré-exportés. Ce principe se nomme le « perfectionnement actif ».

Ce principe permettrait à la Moldavie d’apporter une valeur ajoutée substantielle aux produits transitant par son sol.

Les entreprises de services :

Le secteur tertiaire connaît actuellement un grand essor en Moldavie. On ne compte plus les banques et les compagnies d’assurances moldaves. En réalité, l’implantation off-shore en Moldavie est très développée, surtout pour des entreprises russes, ukrainiennes ou turques. Mais il s’agit là surtout d’évasion fiscale. Certaines de ces entreprises n’hésitent pas d’ailleurs à implanter physiquement leur siège social en Moldavie, pourvoyant un emploi un peu plus durable.

Dans un autre ordre d’idée, implanter une plate-forme d’aide téléphonique (communément appelée « hot-line ») en Moldavie peut s’avérer aussi un atout pour une entreprise de service ou « nouvelles technologies » implantée sur les marchés russes, ukrainiens, moldaves, roumains ou bulgares. En effet, beaucoup de moldaves sont polyglottes et peuvent parler couramment deux voire trois langues à des salaires très bas.

De même, l’activité d’assistance internationale (dans le cadre des assurances voyages, par exemple) pourrait trouver une bonne application en Moldavie avec : Un central téléphonique multilingue Un garage pour avion / hélicoptère sanitaire pouvant intervenir sur plusieurs pays immédiatement.

Toutefois, pour ce genre d’activité, une bonne infrastructure en télécommunications est indispensable. La Moldavie n’a pas encore tout à fait terminé sa transition dans les télécoms.

Les entreprises Transport / Logistique :

Au même titre que les entreprises industrielles, les entreprises de transport et logistique internationale regardent avec beaucoup d’intérêt la Moldavie. UPS, le célèbre « integrator » américain voulait y installer sa plate-forme de distribution pour toute l’Europe du sud-est, Russie et Proche Orient. Il s’est malheureusement heurté aux lourdeurs administratives et à la corruption chronique qui sévissait à l’époque dans chaque service de l’Etat.

Toutefois, un transporteur voulant se placer un marché paneuropéen trouvera en Moldavie une implantation parfaite avec la possibilité de capter une clientèle des deux côtés de l’Europe.

Nous ne reviendrons pas sur la logistique de distribution, déjà vue avec les entreprises industrielles pour nous focaliser sur le travail à façon.

En effet, plusieurs opérateurs logistiques se sont spécialisés dans le transport, le stockage, la distribution et le reconditionnement des produits de leur client. Certaines entreprises industrielles, dont les produits doivent Être adaptés à chaque marché, sous-traitent à ces opérateurs le soin de stocker leurs produits non-emballés et d’effectuer les emballages au fur et à mesure des commandes des clients (surtout grande distribution) : Emballage et étiquetage suivant la bonne marque et la bonne langue, suivant le pays de destination ré-emballage offres promotionnelles gestion des retours / destructions (création d’une filière de retraitement)

La Moldavie, par sa proximité avec les différents marchés européens, proche-oriental et asiatique peut facilement se positionner sur ce créneau.

Il faut pour la Moldavie « capter » tous ces flux est-ouest, qui sont en constante augmentation, afin de récupérer le produit de son transit, de son perfectionnement ou de son importation (taxes, droits de douane, etc.)

Quel que soit son marché, l’entreprise (ou l’investisseur privé en règle générale) a besoin d’un environnement politique et économique stable. Le règlement du problème transnistrien et la connexion de la Moldavie aux grands couloirs de transports apporteront d’eux-mêmes les solutions aux difficultés de développement de la Moldavie.

Propos recueillis par Florent Parmentier, analyste politique Moldavie.fr