Vers la fin des années 1890, le jeune Constantin Mimi* a acheté des terres à Bulboaca où il a planté des vignes. (D’ailleurs, une vigne plantée à cette époque-là pousse toujours à Bulboaca, dit-on.) D’ailleurs, Constantin Mimi a été le premier vigneron à apporter dans ces parages des boutures d’un cépage français (Aligoté), ce qui lui a permis de créer et de produire du vin de qualité reconnue dans un rayon de milliers de kilomètres.
En 1893, Constantin Mimi commence la construction du château de Bulboaca, conçu selon le modèle des châteaux français. Des ingénieurs italiens y ont travaillé, utilisant certaines innovations pour cette époque-là. Par exemple, le béton armé - la machine à souder n’ayant pas encore été inventée, les bouts en acier ont été « reliés » les uns aux autres.En plus, puisque le château a été construit sur une pente, un système spécifique de transport des raisins depuis le vignoble jusqu’à la cave a été mis en place. D’ailleurs, la capacité de la cave - 300 000 litres de vin - était impressionnante en ce temps-là !
Les travaux de construction ont été achevés vers l’an 1901 et quelques ans après le château a été visité par le Tsar russe, Nicolas II, et plus tard - par le prince héritier de Roumanie, Carol II. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le château a été transformé dans un camp de concentration. Après la guerre, il est réorganisé dans une fabrique de vin. D’ailleurs, la cave de Bulboaca reste fonctionnelle depuis environ 130 ans, n’ayant arrêté complètement la production de vin qu’à deux reprises - pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale.
En 1998, les Trofim, une famille de vignerons de Bulboaca, sont devenus les nouveaux propriétaires de la fabrique de vin (en faillite, à ce moment-là), commençant de vastes travaux de rénovation. Ils ont fait venir de l’étranger des professionnels dans le domaine de la restauration et ont redonné vie au château.
Sous la direction de l’architecte italien Arnaldo Tranti (qui a également restauré le célèbre domaine viticole de Bordeaux – le Château de Ferrand, inscrit au patrimoine mondial UNESCO), lors de seulement six ans, le bâtiment industriel en dégradation est devenu le complexe touristique le plus monumental de Moldavie.
Le long des années, les Trofim ont tout fait pour que Château Mimi (« Castel Mimi ») devienne un des plus importants producteurs et exportateurs de vin de Moldavie. Adrian Trofim, directeur du Château Mimi : « Nous sommes la cinquième génération de vignerons, après Constantin Mimi, un homme qui a passionnément consacré sa vie à la vigne et au vin. Nous sommes nés et nous avons grandi dans cet endroit historique qui a été cher à nos ancêtres et qui nous est cher aussi. C’est pourquoi nous avons décidé de faire renaître l’histoire : à partir de Constantin Mimi au « Château Mimi ».
* Constantin Mimi est né le 2 février 1868 dans une famille réfugiée en Bessarabie d’Albanie. Il a laissé des traces profondes dans l’histoire de la Bessarabie, que ce soit par son activité politique ou en tant que vigneron d’exception, métier auquel il est resté fidèle jusqu’à la fin de sa vie.
Après avoir fini l’école à Chișinău avec brio (il a reçu une médaille d’or), Constantin a fait ses études à l’Université d’Odessa, puis à l’École Supérieure d’Agriculture de Montpellier, une des meilleures écoles occidentales à l’époque.
Constantin Mimi a été le dernier gouverneur de la Bessarabie et directeur de la Banque nationale roumaine (1926). Il a connecté l’assemblée municipale de Tighina au réseau téléphonique, a relié la ville au chemin de fer, a commencé l’élevage des karakuls en Bessarabie et a conduit la première voiture Ford dans cette province. Constantin Mimi a construit à Chișinău une villa urbaine qui existe toujours à l’intersection des rues București et Lazo.
Constantin Mimi s’est éteint le 17 avril 1935. Pendant longtemps, son nom a été éclipsé, mais grâce à la relance du château de Bulboaca, les vins et le château perpétuent le nom du notable gouverneur et vigneron.
Le 18 mai 2023


