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Le Dniestr empoisonné : quand la guerre en Ukraine frappe la Moldavie au cœur

Depuis début mars 2026, le fleuve Dniestr — artère vitale de la Moldavie — est souillé par une nappe d’hydrocarbures issue d’une frappe militaire russe en Ukraine. Des villes privées d’eau courante, des écoles fermées, une aide internationale mobilisée en urgence : la crise révèle à quel point la guerre à la frontière menace directement la vie quotidienne des Moldaves. Trois semaines plus tard, la vigilance reste de mise.

Diego Delso CC BY-SA

Une catastrophe venue d’Ukraine

Tout commence dans la nuit du 7 mars 2026. Une frappe attribuée à la Russie touche la centrale hydroélectrique de Novodnistrovsk, dans le sud de l’Ukraine, provoquant une fuite massive de produits pétroliers directement dans le Dniestr. Dès le 10 mars, les premières traces d’hydrocarbures sont détectées en territoire moldave. Les autorités moldaves ont officiellement recensé environ 1,5 tonne de produits pétroliers entrés dans le fleuve, mais le ministre de l’Environnement a averti que le volume réel « dépasse significativement » ce chiffre. La tache se déplace vers l’aval par vagues successives, rendant la situation difficile à maîtriser.

Des dizaines de milliers d’habitants privés d’eau

Le 16 mars, le gouvernement moldave décrète l’état d’alerte environnementale dans le bassin du Dniestr pour une durée de 15 jours. Les habitants sont formellement avertis de ne pas boire, cuisiner ni utiliser l’eau du fleuve jusqu’à nouvel ordre. Le 17 mars, Bălți — troisième ville du pays avec environ 90 000 habitants — est entièrement coupée de l’approvisionnement en eau courante. Les écoles ferment, les élèves passent en cours en ligne. Devant les puits publics, des files d’attente de plusieurs mètres se forment dès le 12 mars. Pour comprendre l’enjeu : le Dniestr fournit de l’eau potable à environ 80 % de la population moldave. C’est le fleuve le plus large du pays, qui traverse 67 % de son territoire, prenant sa source dans les Carpates ukrainiennes avant de se jeter dans la mer Noire près d’Odessa.

Photo : IGSU Moldova

Une réponse internationale mobilisée

Face à l’ampleur de la crise, la Moldavie active le mécanisme de protection civile de l’Union européenne et lance un appel à l’aide internationale. La Roumanie dépêche une équipe d’urgence de dix personnes, qui installent un barrage flottant pour contenir la nappe en surface. La Belgique envoie via son dispositif B-FAST des barrages filtrants et des réservoirs de décantation provenant de ses stocks stratégiques. La Pologne contribue avec une tonne et demie d’ECOSORBENT, un absorbant d’hydrocarbures. La commissaire européenne à l’Élargissement, Marta Kos, résume la position de l’Union : « C’est un rappel que la guerre de la Russie ne s’arrête pas aux frontières de l’Ukraine. »

Photo : IGSU Moldova

Chisinau et Kyiv imputent la responsabilité à Moscou

Les gouvernements moldave et ukrainien désignent unanimement la Russie comme responsable. Le ministre de l’Environnement, Gheorghe Hajder, est direct : « Ce que nous voyons aujourd’hui n’est pas un accident naturel, mais la conséquence directe de la guerre à notre frontière. » La présidente Maia Sandu affirme que « la Russie porte l’entière responsabilité ». Moscou, de son côté, n’a pas revendiqué la frappe et a tenté d’attribuer la pollution à un camion-citerne ukrainien — une narrative réfutée par le Centre ukrainien de lutte contre la désinformation.

Début avril : la vigilance reste entière

Fin mars, le ministre de l’Environnement annonce une diminution des polluants en amont des barrages installés dans le district de Dondușeni — signe que les dispositifs commencent à porter leurs fruits. Mais début avril, les autorités signalent une nouvelle vague de pollution anticipée et intensifient leurs mesures de prévention. Pour un pays qui dépend du fleuve à ce point, chaque remontée d’hydrocarbures est une alerte à prendre au sérieux. La guerre en Ukraine continue de frapper bien au-delà de ses frontières.

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