Le Parlement roumain a voté mardi la censure du gouvernement, à la suite d’une alliance entre les sociaux-démocrates du PSD et l’extrême droite pour faire tomber le Premier ministre pro-européen Ilie Bolojan. La motion de censure a recueilli 281 voix sur les 233 nécessaires pour être adoptée dans un Parlement qui compte 464 sièges.
Cette alliance a tout d’un calcul politique. Le PSD avait quitté la coalition fin avril, en contestant les mesures d’austérité du gouvernement. En s’agrégeant à l’AUR pour renverser Ilie Bolojan, il a obtenu un coup politique immédiat contre un premier ministre libéral, mais au prix d’une proximité très critiquée avec les nationalistes.
Qui est Ilie Bolojan et pourquoi est-il tombé ?
Bolojan était arrivé au pouvoir en juin 2025 avec une mission claire : redresser les finances publiques roumaines, parmi les plus déficitaires de l’UE. Sa promesse était claire : remettre de l’ordre dans des finances publiques très dégradées et maintenir la Roumanie sur une ligne pro-européenne. Mais ses mesures d’austérité — gel des salaires publics, hausse des taxes, coupes dans les dépenses — ont irrité le PSD dont les électeurs en ont payé le prix.
Bolojan a dit qu’il avait pris des mesures difficiles mais nécessaires qui avaient effectivement regagné la confiance des marchés dans le gouvernement roumain. Trop tard : le PSD avait déjà choisi de le lâcher.
Une crise qui profite aux nationalistes
L’Alliance pour l’unité des Roumains — l’AUR — sort renforcée de cet épisode. En s’alliant avec ce parti nationaliste pour faire tomber Bolojan, le PSD a contribué à le légitimer davantage sur la scène politique roumaine. Avec 37% d’opinion favorable dans les sondages, l’AUR dépasse déjà le PSD dans les intentions de vote. Une montée en puissance qui inquiète les partis pro-européens — et leurs alliés à Bruxelles.
Pourquoi ça concerne la Moldavie ?
La Roumanie est bien plus qu’un voisin pour la Moldavie. C’est son principal avocat au sein de l’Union européenne, le pays qui parle la même langue, qui accorde la nationalité roumaine à des centaines de milliers de Moldaves, et qui soutient activement l’adhésion moldave à l’UE.
La Roumanie doit encore mettre en œuvre des réformes et des investissements liés à son plan de relance avant l’échéance d’août 2026. Un blocage politique à Bucarest pourrait retarder ces engagements — et affaiblir la voix roumaine dans les négociations européennes concernant la Moldavie. Le président roumain Nicusor Dan a néanmoins assuré que son pays resterait sur la voie pro-européenne. Le camp présidentiel insiste sur la continuité de l’État. Pour Chișinău, c’est un message rassurant — mais la crise est loin d’être terminée.

