Le Parlement de la République de Moldavie a approuvé, mardi 22 septembre, l’instauration d’un état d’urgence national dans les secteurs énergétique et hydrologique, pour une durée de 60 jours. La mesure, proposée par le gouvernement, a été adoptée par 54 voix contre 20. Elle entrera en vigueur le 26 septembre.
Ce que dit concrètement la décision
L’état d’urgence donne à la Commission nationale de gestion des crises des pouvoirs élargis pour intervenir dans les deux secteurs concernés. Dans le domaine énergétique, les autorités pourront fixer des règles sur la disponibilité, l’achat, la constitution de stocks, l’importation, la distribution et l’utilisation des ressources énergétiques et des carburants, y compris en dérogeant temporairement à certaines procédures habituelles.
Dans le domaine hydrologique, des mesures pourront être prises pour maintenir l’approvisionnement en eau potable et le fonctionnement des infrastructures de captage et de traitement de l’eau. Le texte prévoit aussi la possibilité de restreindre les prélèvements industriels et agricoles jugés non essentiels, ainsi que la mobilisation d’équipements de pompage et de sources d’énergie autonomes issues des réserves de l’État.
Point important : la décision précise explicitement que l’état d’urgence n’affecte pas l’organisation et le déroulement des élections sur le territoire moldave.
Une mesure présentée comme préventive
Le Premier ministre Vasile Tofan a insisté sur le caractère anticipatif de la mesure. Il a affirmé qu’il ne s’agissait pas d’annoncer une rupture d’approvisionnement en gaz, en carburant, en électricité ou en eau dès le lendemain, mais de permettre au gouvernement d’agir rapidement si la situation venait à se détériorer — que ce soit pour acheter des combustibles dans l’urgence ou pour répondre à une baisse continue du débit du Nistru.
L’exécutif examine par ailleurs la possibilité d’élargir le nombre de familles pouvant bénéficier de compensations pour leurs factures énergétiques, dans un contexte de prix élevés.
Deux crises qui se superposent
La décision s’appuie sur deux constats distincts, mais qui se renforcent mutuellement à l’approche de l’hiver.
Du côté de l’énergie, le prix du gaz atteint environ 83 euros le mégawattheure, soit l’équivalent d’environ 1 000 dollars pour 1 000 mètres cubes — un niveau 2,5 fois supérieur à celui de l’année précédente. Cette hausse s’inscrit dans un contexte de tensions internationales sur les marchés des hydrocarbures.
Du côté de l’eau, une sécheresse sans précédent a fortement réduit le niveau des cours d’eau. Selon les chiffres présentés par la présidente Maia Sandu, le niveau du réservoir de Novodnistrovsk, sur le Nistru, a atteint un minimum historique : entre le 1er et le 20 septembre, le débit moyen entrant n’a été que d’environ 23 mètres cubes par seconde, contre 100 à 120 mètres cubes par seconde habituellement à cette période de l’année. Or ce débit conditionne directement la production d’électricité.
Une dépendance structurelle assumée
Maia Sandu a profité de l’annonce pour rappeler une réalité structurelle du pays : la Moldavie ne dispose d’aucune ressource propre en pétrole ou en gaz, et reste entièrement dépendante des importations pour ses besoins énergétiques. Selon elle, le risque principal ne réside pas dans une pénurie immédiate, mais dans la difficulté à garantir un accès constant à l’énergie et à l’eau pour la population, alors que la demande augmente et que les capacités de stockage européennes ne sont pas pleines.
C’est précisément cette vulnérabilité structurelle que l’état d’urgence cherche à encadrer : donner à l’État les moyens de réagir vite, avant que la pression sur les prix et les ressources ne se transforme en crise ouverte pour les ménages et les entreprises.