Une situation sérieuse, mais pas encore une crise
Il n’existe actuellement aucune coupure générale d’eau à Chișinău. Les autorités municipales ainsi que l’entreprise Apă-Canal Chișinău affirment que l’approvisionnement de la capitale reste assuré, et la ville ne s’est jamais retrouvée totalement privée d’eau lors des précédents épisodes de sécheresse.
Pour autant, la situation est suivie de très près. La Moldavie se trouve depuis fin juillet en état d’alerte hydrologique, et le gouvernement a mis en place une surveillance renforcée. Le problème ne réside donc pas dans une pénurie immédiate, mais dans le risque d’une aggravation au cours des prochaines semaines, alors que des températures pouvant atteindre 38°C sont annoncées début août.
Pourquoi le Dniestr est-il au cœur du problème ?
L’essentiel de l’eau potable consommée à Chișinău provient du Dniestr (Nistru), qui alimente environ 80 % de la population du pays et près de la totalité de la capitale. L’eau est captée près de Vadul lui Vodă avant d’être traitée et distribuée aux habitants.
Or le niveau du fleuve a considérablement diminué, sous l’effet conjugué de la faiblesse des précipitations, des températures élevées de ces dernières semaines et de la baisse des réserves du réservoir de Novodnistrovsk, en Ukraine, qui régule le débit du fleuve.
Ce réservoir se trouve à environ 8 mètres sous son niveau habituel, un minimum historique. Il ne reçoit actuellement que 30 à 40 m³ d’eau par seconde, alors qu’il doit en relâcher environ 100 pour maintenir un débit suffisant en aval.
La station de captage de Vadul lui Vodă, construite dans les années 1960 pour un niveau optimal de 9,1 mètres, fonctionne aujourd’hui près de son seuil critique, fixé à 8,3 mètres.
Un compromis trouvé avec l’Ukraine
Face à ces tensions, la Commission mixte moldo-ukrainienne du Dniestr s’est réunie en urgence fin juillet. Kiev proposait initialement de réduire le débit lâché depuis Novodnistrovsk à 70 m³/s afin de préserver ses propres réserves ; Chișinău demandait le maintien à 100 m³/s.
Un compromis a finalement été trouvé le 1er août : l’Ukraine maintiendra un débit de 85 m³/s pendant deux semaines. Les deux pays ont convenu de rester en contact permanent pour ajuster la gestion du fleuve si la sécheresse se prolonge.
Un plan d’urgence a déjà été préparé
Afin d’éviter toute rupture de l’approvisionnement, la municipalité a pris plusieurs mesures préventives. Des pompes supplémentaires ont été installées et plusieurs dizaines de camions-citernes sont prêts à être déployés. Plus de 200 points de distribution d’eau pourraient être mis en service si la situation l’exigeait, avec un approvisionnement prioritaire pour les hôpitaux, les écoles et les jardins d’enfants.
Les autorités appellent également la population à limiter le gaspillage et les usages non indispensables.
Une nouvelle bataille politique
Comme souvent en Moldavie, cette affaire a rapidement pris une dimension politique. Le gouvernement estime indispensable d’informer la population et de se préparer au pire. Le maire de Chișinău, Ion Ceban, accuse à l’inverse les autorités centrales d’exagérer la menace et de créer un problème artificiel à des fins politiques.
Au-delà de cette controverse, tous les acteurs reconnaissent la même réalité : la capitale moldave dépend presque entièrement du Dniestr et reste particulièrement vulnérable aux épisodes de sécheresse.
Faut-il s’inquiéter ?
À court terme, rien ne laisse penser qu’une coupure générale soit imminente, et l’accord conclu avec l’Ukraine offre un répit temporaire. Les habitants de Chișinău n’ont donc pas de raison de céder à la panique.
Cette alerte révèle en revanche un problème plus profond : le changement climatique, le vieillissement des infrastructures et la dépendance de la Moldavie à une source d’approvisionnement quasi unique soulignent la nécessité d’investir davantage dans la sécurité hydrique du pays. La question n’est peut-être pas de savoir si Chișinău manquera d’eau demain, mais si la ville sera suffisamment préparée lors de la prochaine grande sécheresse.
Ce qu’il faut retenir
– Aucune coupure générale n’est actuellement prévue
– Le niveau du Dniestr reste proche des minimums historiques
– La Moldavie et l’Ukraine ont trouvé un compromis temporaire sur le débit du fleuve
– Un plan d’urgence est prêt : pompes, camions-citernes et points de distribution
– La dépendance de la capitale à une source unique reste un enjeu de fond

