En réponse à l’article :
Une « nation rom », serait-elle possible ?
(Interview avec François Ruegg, professeur d’anthropologie sociale à l’Université de Fribourg, Suisse)
Par Petru Negura (l’Université d’Etat de Chişinău)
En automne 2006, lorsque j’ai fait sa connaissance, François Ruegg m’est apparu comme un intellectuel occidental intéressé par les réalités de l’Europe de l’Est, capable en même temps d’y appliquer un « regard éloigné ». Ayant pour mission de diriger un projet international de recherche, F. Ruegg a collaboré de près avec ses partenaires « de l’Est » (Moldaves entre autres) sans le moindre signe de condescendance. Plus tard, je me suis rendu compte que son attitude était nourrie par une sorte de sagesse, cultivée durant sa longue expérience professionnelle, dans laquelle il a oscillé entre une carrière académique « classique » et l’intervention sociale, entre la chaire universitaire et l’activité de terrain. Je l’ai revu en avril 2008, lors de la conférence dans le cadre de laquelle ont été formulés les bilans de la recherche sur la situation des Roms en Europe de l’Est, commencée il y a un an et demi. J’ai décidé de ne pas manquer l’occasion pour le questionner plus longuement sur son parcours qui, à mon avis, pourrait expliquer sa manière équilibrée de comprendre et d’aborder le social (en l’occurrence la société moldave). F. Ruegg a accepté avec bienveillance ma proposition, joyeux de prendre ainsi distance à l’égard de sa propre histoire, m’offrant en même temps une réflexion à la fois fraîche et bien mûrie sur une question sociale « sensible », qui ne cesse de préoccuper les forums internationaux : les Roms.