Vasile Botnaru, peintre au vin : « Le langage de la peinture est dans le subconscient et c’est génial » .

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Il y a des années, pour des raisons politiques, la Russie a mis l’embargo sur les exportations de vin moldave. Guennadi Onichtchenko, chef du Service fédéral russe de contrôle sanitaire à l’époque, avait dit que « le vin moldave n’est bon qu’à teindre des clôtures ». Cela a inspiré le journaliste moldave Vasile Botnaru à explorer la peinture au vin : « Il a voulu nous offenser, mais nous allons prouver que notre vin est tellement bon, qu’on peut en faire des œuvres d’art ». Une de ses premières peintures au vin a représenté le Kremlin.

Ci-dessous, Vasile Botnaru dévoile des détails sur sa passion.

Quand avez-vous compris que vous aimez la peinture ?

Quand j’étais étudiant. Mes premiers tableaux étaient censés décorer les murs du foyer d’étudiants où j’habitais. Ma chambre était comme une petite cellule et je dessinais pour changer d’ambiance. L’encre de Chine m’intéressait surtout - très sobre comme expression, elle est parfois un défi très intéressant. Mais la peinture fut en fait une passion ratée, comme la musique.

Comment êtes-vous arrivé à peindre au vin ?

Suite à un défi de la part de la journaliste Angela Brașoveanu. Il y a des années, je dessinais avec du café et elle m’a dit : « Et si on le faisait avec du vin ? » J’ai l’habitude d’accepter les défis et j’ai dit « oui ». Je ne l’avais jamais fait auparavant et il a fallu apprendre des choses. Par exemple, si je peignais avec du vin pris directement dans le verre, les tableaux étaient pâles, comme des ombres, mais c’était le toupet qui comptait, pas le dessin. Et du toupet, j’en ai assez, car je ne suis pas un professionnel.

Ce fut donc une découverte personnelle ?

Oui. Et je continue la découverte. Je viens, par exemple, de découvrir comment se comporte le vin sur différents types de papier et quelles sont les techniques à utiliser. Maintenant, je peins surtout des fleurs et j’essaye de m’adapter aux saisons. J’essaie de rendre certains états d’âme dans mes peintures. Les fleurs, elles sont très expressives sans pouvoir parler. Les paysages d’hiver sont ma faiblesse, car c’est la saison quand je suis né. Je les dessine avec le plus grand plaisir.

Est-il plus difficile de peindre avec du vin qu’avec autre chose ?

Je ne pourrais pas le dire, parce que je n’ai jamais travaillé avec de vraies peintures, comme l’aquarelle ou quelque chose d’autre.

Et si l’on compare le café et le vin ?

Le vin donne quand même plus de possibilités. Le café, je ne l’ai pas trop utilisé, mais j’ai travaillé sur une surface crêtée qui rejetait le café. Tout reste dans la couche supérieure et il faut savoir jouer avec les nuances. Quant au vin, je joue avec différents types de papier et j’utilise la technique sèche, ainsi que celle humide. J’ai une marge de liberté.

Quels artistes plasticiens ont marqué votre parcours ?

Je suis resté fidèle à mes passions d’antan, c’est-à-dire aux noms qui m’ont impressionné dans ma jeunesse. Quand j’étais étudiant, j’allais aux expositions des maîtres Mihai Grecu, Valentina Rusu-Ciobanu. Leurs toiles étaient exposées dans la Cathédrale. Beaucoup ne réalisaient même pas que la Cathédrale était utilisée comme salle d’exposition, pas comme église. J’étais également impressionné par Grigorașenco et ses scènes de guerre. C’est un maître de l’aquarelle. J’aimais particulièrement sa façon de peindre des chevaux. Maintenant, je cherche leurs traces dans les ouvrages de leurs disciples.

Vous nettoyez vos pinceaux avec du rosé. C’est un bon vin à boire. Est-il aussi bon dans la peinture ?

Il n’y a pas de corrélation. Par contre, plus le vin est acidulé, mieux il contacte avec le papier, mais cela dépend aussi de ce qu’on veut faire. Comme je le disais, je ne cesse pas d’explorer et d’expérimenter pour voir comment différents types de vin fonctionnent sur différents types de papier. J’ai, par exemple, fait une teinture de vin et de coquilles de noix.

Jusqu’où sont arrivées vos peintures ?

Partout dans le monde. Depuis que je pratique la peinture au vin, je suis devenu une sorte de « fou du village ». Quand on apprend que je crée des tableaux avec du vin, cela a l’air un peu exotique, sans égard à la qualité des peintures et à ce qu’elles représentent. J’ai exposé mes travaux dans divers pays et des tableaux sont restés partout. J’ai une tradition – offrir mes tableaux aux participants du Festival Etno Jazz qui les emportent évidemment dans leurs pays d’origine. Je le sais avec certitude – mes peintures sont sur tous les continents, Australie comprise. Pure-être, pas encore au Pôle Nord.

Si Vasile Botnaru n’était pas peintre et journaliste, qu’aurait-il aimé être ?

Musicien - la musique donne beaucoup de liberté. Beaucoup plus de liberté que la peinture. J’aurais peut-être été réalisateur de films. Je pense que la peinture est pour les ermites artistiques. Dans la peinture, on est autonome.

Quelle est la plus agréable partie de ce travail ?

Le fait qu’on puisse trouver un partenaire de dialogue. Les gens ne peuvent pas expliquer pourquoi ils aiment un tableau, mais on est sur la même longueur d’onde. Cela m’a amusé de constater, par exemple, que les gens voyaient tellement de choses dans une ligne et quelques silhouettes dessinées par moi. Je dessine souvent des couples, des lignes érotiques et un de mes amis a tourné un tableau de 90 degrés et m’a dit : « Regarde, c’est un museau de voiture ». D’autres, par contre, y voyaient justement le couple, l’érotisme du dessin. Certains m’avaient même dit que ce tableau était bon à accrocher dans la chambre à coucher, dû à son énergie positive. Le langage de la peinture est dans le subconscient et c’est génial !

D’après une interview par Aina Rozîpalivanov, publiée sur https://agora.md/stiri/62978/interviu--cum-a-ajuns-vasile-botnaru-sa-picteze-in-vin-mutra-lui-putin-si-ce-i-ar-fi-placut-sa-faca-daca-nu-era-jurnalist-galerie-foto

Le 31 octobre 2019