Valentina Brâncoveanu : « Je préfère un petit nid à une cage ».

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Etant née et ayant grandi à Chișinău, elle a eu la liberté de passer des jours et des nuits dans le vieux noyer qui s’élevait dans la cour de la maison de ses parents, depuis où elle admirait de fascinants couchers de soleil, des clairs de lune, des vols d’étoiles et le vrai vert. Elle est devenue peintre et personne n’a peint le vieux Chișinău plus et mieux qu’elle. Il s’agit de la peintre Valentina Brâncoveanu.

Elle a pour la première fois présenté ses œuvres à une exposition à Chișinău, en 1972. Plus tard, ses toiles ont voyagé en Ouzbékistan, en Russie et en Lituanie. De nombreuses œuvres de Valentina Brâncoveanu font partie des collections du Musée national d’arts plastiques de Chișinău, du Musée d’arts de Klaipèda (en Lituanie), ainsi que des collections privées des collectionneurs de Roumanie, Bulgarie, France, Etats-Unis, Israël.

Quand les jours sont longs …

L’atelier de Valentina Brâncoveanu est en fait une petite pièce d’une vieille maison qui est en harmonie avec sa façon d’être : traditions d’antan, nouvelles tendances et beaucoup de couleurs. Dans un coin de l’atelier, un lit ancien, quelques vieilles chaises, une table étroite sur laquelle on voit des pinceaux, des pommes et un vase avec des coquelicots secs, une bibliothèque et des étagères avec des livres et des peintures. Dans la même pièce - un ordinateur portable qui ne paraît pas être en concordance avec les couleurs de la pièce. Des peintures – il y en a partout : sur les murs, les étagères, les chevalets ou tout simplement soutenus par des livres. «  Quand les jours sont longs, je me réveille tôt, à 5 heures du matin et à 6 heures je suis déjà dehors, devant la toile. J’ai toujours été matinale. J’aime l’atmosphère du matin. J’écoute un corbeau, une pie ou je regarde un chat. C’est une autre vie », c’est ainsi que Valentina Brâncoveanu commence à raconter l’histoire de son métier. Elle s’assoit plus confortablement et donne libre cours aux souvenirs.

Des souvenirs d’enfance

… Ses parents avaient une maison à la périphérie de Chișinău. « Même si notre maison était en ville, j’avais l’impression que nous habitions à la campagne. C’était un joli quartier, avec des maisons construites selon les traditions de l’architecture moldave, inondées par des fleurs. Nous avions une grande cour où il y avait deux vieux noyers. Dans l’un d’entre eux, j’ai improvisé une place à dormir. Je dormais dehors du printemps jusqu’à la fin de l’automne quand il commençait à faire froid. De vieux manteaux que j’avais trouvés dans la maison faisaient le confort dans mon « lit » depuis lequel je pouvais voir la ville avec ses lumières. C’est vrai qu’il y avait beaucoup moins de lumières que maintenant, mais c’était quand même joli. J’aimais la ville vue parmi les branches. Et le monde qui me paraissait beau et libre. En été, je me réveillais très tôt le matin et j’errais dans les champs de longues journées. C’était la liberté totale », se souvient Valentina.

Elle parle avec nostalgie de son enfance et de ses parents. Ayant six enfants, les parents de Valentina avaient un grand potager, car il fallait les nourrir. « A cette époque-là, il n’y avait pas de magasins pour acheter des plats tout faits. On devait cultiver ses propres produits. J’avais 20 ans quand j’ai mangé du saucisson et du beurre pour la première fois », raconte Valentina Brâncoveanu.

Toujours dans l’enfance, Valentina a appris à nager – un enfant voisin a été son « professeur ». « Il y avait beaucoup d’enfants dans le quartier – six-huit dans chaque famille. Quand on allait au lac, on avait plein de sangsues sur les pieds. Maintenant, les parents feraient une crise d’hystérie s’ils voyaient des sangsues sur leur enfant, mais à l’époque on disait que c’était bon pour la santé. Nous étions tous beaux et bien portants », dit la peintre, en souriant. Les leçons de natation et de liberté qu’elle a prises dans son enfance l’ont rendue capable de « nager dans le tumulte de la vie  ».

Les déportations et les lapins multicolores

À l’école, elle était une espiègle. « Je faisais l’école buissonnière. Je n’aimais surtout pas les leçons d’histoire. Depuis le noyer où je dormais en été, j’entendais mon père parler avec des amis des déportations, de l’armée, du front roumain, mais aux cours d’histoire on nous enseignait d’autres sujets. Papa me disait de ne parler à personne de ce que j’avais entendu ».

La passion pour la peinture est venue avec le temps. Elle a commencé à prendre des cours de dessin par devoir, car le professeur d’arts plastiques l’avait choisie pour l’inscrire à un cercle extrascolaire de peinture. Plus tard, le père de son amie les a inscrites toutes les deux à une l’École des beaux-arts pour enfants nouvellement ouverte dans la ville.

Valentina a étudié à cette école-là pendant quatre ans. Généralement, les cours étaient monotones. Les élèves avaient le plus souvent la tâche de reproduire des dessins de vases, corbeilles de fruits ou oiseaux. Un jour, le professeur leur a permis de dessiner ce qu’ils voulaient. Valentina a dessiné les lapins élevés par sa famille. «  C’étaient des lapins blancs, aux oreilles baissées et les yeux roses, mais j’ai eu l’idée de les colorer en différentes couleurs. Le professeur n’a pas cru que c’était dessiné par moi et m’a demandé de dessiner quelque chose d’autre. J’ai alors dessiné une cruche sur les rebords de la fenêtre, sous les rayons du soleil. Le professeur a beaucoup apprécié mon travail  ».

Le premier pinceau - sa natte

Elle a acheté ses premières aquarelles avec l’argent gagné après avoir vendu des radis cueillis dans le potager - 3 roubles et 20 kopecks. « Quant au pinceau, je me le suis fait moi-même – je me suis coupé des cheveux, je les ai collés à un stylo et j’ai fait ainsi un pinceau. Je l’ai utilisé jusqu’à ce que j’aie eu de vrais pinceaux », raconte Valentina Brâncoveanu, avec un soupir profond.

Elle considère que la liberté dont elle a joui dans son enfance l’a rendue heureuse et l’a influencée en tant qu’artiste : «  La liberté, surtout quand le printemps venait… D’en haut, depuis le noyer, je pouvais regarder le soleil couchant. Je pense que j’avais 12 ans quand je me suis mise en route vers le soleil. Je ne suis pas rentrée chez moi pendant deux jours. J’ai surmonté une colline, une autre, mais je ne voyais pas le soleil. Où aller ? J’ai alors décidé de revenir à la maison. J’ai facilement trouvé le chemin de retour, ensemble avec d’autres enfants qui erraient comme moi. À l’époque, si l’on était absent de la maison un jour ou deux, il n’y avait pas de danger comme c’est le cas maintenant. Mes parents avaient cru que j’étais allée voir une tante.

Depuis, j’aime peindre le coucher du soleil. J’ai beaucoup de tableaux du soleil couchant, tel que je vois depuis ma fenêtre. Il change tous les jours – d’autres couleurs, un autre coloris  ».

D’après un article de Roxana Teodorcic publié sur https://www.zdg.md/editia-print/oameni/valentina-brancoveanu-mai-bine-in-cuibusor-decat-in-colivie

Le 3 février 2020