Avant, la cérémonie de mariage durait deux ou trois jours, mais à partir des années 80 du siècle passé, les noces sont célébrées juste une journée.
Les époux Lidia et Fiodor Suruceanu ont fêté les 50 ans de leur mariage – ils se sont mariés le 19 mai 1972. Il y a 50 ans, le mariage était célébré deux jours de suite, généralement le samedi et le dimanche.
Le mariage comprenait plusieurs étapes qui étaient obligatoirement respectées. Certaines étapes se sont perdues au fil du temps, tandis que d’autres existaient encore au moment quand nos protagonistes ont uni leurs destinées : l’invitation au mariage, le rituel d’habillement de la mariée, l’accueil du cortège du marié et des nănași (parents d’honneur) par les parents de la mariée, la coutume de la dot, le petit repas, la cérémonie religieuse, l’arrivée des convives, le grand repas, le remerciement des cuisinières, le déshabillage de la mariée et d’autres. Toute la communauté participait à cette série de rituels, accueillant ainsi les jeunes mariés dans la grande famille du village.
« Il y a 50 ans, les gens ne recevaient pas d’invitation au mariage. L’invitation se faisait de bouche à l’oreille : les gens transmettaient de personne à personne la nouvelle qu’un tel jour allait avoir lieu le mariage de tel couple. A notre noce, le photographe est venu du village voisin. C’était quelqu’un qui nous voyions pour la première fois – ayant appris que dans notre village il y avait une noce, il est venu nous prendre des photos après le mariage religieux », se souvient Lidia Suruceanu. Ce n’est que les convives spéciaux qui étaient invités par les parents de la mariée et du marié qui allaient les voir chez eux avec une bouteille de vin.
Une autre façon d’inviter les gens était pratiquée le jour même de la noce. Les vornicei (garçons d’honneur) faisaient le tour du village et invitaient les villageois au mariage. Tous le villageois qui le voulaient venaient et dansaient toute la journée, mais quand le soleil se couchait, seuls les convives invités, c’est-à-dire, les proches des mariés, restaient pour le grand repas.
« Les cérémonies de mariage commençaient le samedi chez la mariée, vers 10 heures du matin. Les musiciens étaient déjà là et la musique jouait. Les villageois venaient nombreux voir la mariée. A l’époque, pour les jeunes du village, c’était une bonne occasion de lier des relations », dit Lidia.
Le samedi, le marié venait chez la mariée avec ses parents, les nănași et ses invités. Toute la journée, les jeunes du village dansaient dans la cour. Le soir, quand le repas de fête commençait, seuls les convives restaient. « Les parents de la mariée mettaient une grande table de fête dans la cour pour les invités du marié. A l’époque, on ne faisait pas de tentes – on ne s’inquiétait pas de la pluie. Tout le monde dansait et s’amusait », se souvient la mariée d’il y a 50 ans.
Le rituel de la transmission de la dot de la mariée était un élément important de la cérémonie. Lidia se souvient que sa dot avait été transportée chez son fiancé le vendredi qui a précédé la noce. « Avant que le marié ne vienne chez sa belle-famille avec ses parents et les nănași , la dot était apportée dans sa maison. C’était acheté et préparé à l’avance – moi, j’avais une armoire avec un miroir au milieu, un lit, une table, des chaises, un tapis, une icône ornée d’une serviette brodée. Tout cela a été transporté par les garçons d’honneur dans la maison de mon fiancé », raconte Lidia Suruceanu.
La mariée était parée par les filles d’honneur. « A l’époque, les mariées ne se maquillaient pas et la coiffure était très simple. Il suffisait que la robe soit bien repassée, les cheveux attachés et la couronne de mariée bien mise. Ma robe avait été cousue par une couturière du village », explique Lidia Suruceanu.
La valeur sacrée du lien entre les deux mariés est conférée par le mariage à l’église. Le mariage religieux, un des sept sacrements de l’Église orthodoxe, est traditionnellement considéré comme l’élément principal du mariage proprement dit. Il avait lieu le dimanche, dans la matinée, avant que la noce commence chez le marié.
Après le mariage religieux, tout comme le jour précédent, la musique jouait toute la journée dans la cour des parents du marié et les villageois venaient féliciter les jeunes et se réjouir. Ils offraient au jeune couple surtout des objets de ménage pour la famille nouvellement créée.
« Les gens apportaient ce qu’ils avaient - un bol à farine, un bol aux haricots, une casserole, un coq, une poule. Ils entraient dans la maison, serraient la main aux mariés et aux nănași, laissaient quelques sous comme offrande, puis sortaient danser et s’amuser », raconte Lidia.
Quant à la table de fête, elle était préparée et dressée pour tous les convives par les voisines qui n’étaient pas payées pour ce service. « Ce sont les voisines de mes parents qui ont préparé le repas de mariage. Elles ont tout fait – ont préparé les plats, ont dressé la table et ont lavé la vaisselle le lendemain sans qu’elles soient payées. Juste que, quand elles ont mis les sarmale sur la table (tout un rituel !), on leur a mis un tablier neuf, en signe de remerciement. A part cela, le lendemain de la noce, elles ont été invitées à un repas qui leur était destiné. En général, dans les villages, les voisins s’entraidaient beaucoup autrefois », dit Lidia Suruceanu.
D’ailleurs, dans le passé, l’implication de la communauté était beaucoup plus importante. Lorsqu’un mariage avait lieu, cet événement devenait une véritable fête de village, un motif de joie pour toute la communauté rurale. Evidemment, les rôles principaux revenaient aux familles qui allaient s’unir par alliance et à leurs proches. Les autres s’impliquaient selon leur disponibilité – les filles et les garçons d’honneur, les cuisinières, les proches qui aidaient à décorer la cour, à accueillir les convives et à les servir pendant la noce.
Un support important est accordé par la communauté lors du grand repas quand les convives offrent à la nouvelle famille de l’argent censé être « une pierre dans la fondation de leur future maison ».
Lidia Suruceanu se souvient d’une belle coutume qu’on pratiquait le lendemain du mariage – les femmes du village venaient apporter à la jeune mariée des ustensiles de cuisine, des assiettes, des marmites, des cruches, des casseroles, des cuillères, mais aussi des oreillers, des couettes, du linge de lit, des couvertures – bref, ce dont elle avait besoin pour assurer le confort de son foyer.
D’après un article de Ana Baciu publié sur https://agora.md/stiri/111232/tot-satul-venea-la-nunta-si-dansa-toata-ziua-despre-cum-unirea-destinelor-a-doi-tineri-se-transforma-in-sarbatoarea-intregii-comunitati-foto
Le 9 février 2023