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Les vendanges d’autrefois

Quand le mois de septembre commençait, le souffle de l’automne se faisait ressentir. Les matins devenaient plus frais et avaient un parfum de feuilles jaunes. Puis, les soirées devenaient de plus en plus froides et les couchers de soleil, jaunâtres-rougeâtres, te faisaient frissonner. Toutefois, au mois de septembre, il faisait encore doux. Parfois, seules les feuilles jaunes et les matinées et les soirées fraîches rappelaient qu’une autre saison avait commencé.

C’est pendant cette période de l’année que papa sortaient les tonneaux de la cave et commençait les préparatifs pour le vin nouveau. Il commençait par les mettre « debout » et les remplir d’eau pour que les vieilles douelles épaisses, âgées de plusieurs décennies, gonflent. Elles avaient été faites en chêne par mon grand-père, son père. Lourdes et grandes, je les voyais énormes de mes yeux d’enfant. On pouvait mettre une tonne et demie de vin dans ces tonneaux-là. Papa me racontait que son père choisissait du bois épais de chêne, légèrement courbé, car « c’était le meilleur bois pour faire un tonneau tout rond ». « Ces fûts ne tiendront pas cent ans, mais deux cents ans !, disait mon père. On n’en fait pas autant bons de nos jours."

Une fois les douelles gonflées, papa ébouillantait les tonneaux tous les jours pour faire disparaître l’odeur du vieux vin. « Le jour de la Sainte Croix, nous allons faire la cueillette !  », annonçait papa, en essuyant son front, pendant qu’il faisait les dernières vérifications des tonneaux.

Deux ou trois jours avant les vendanges, il faisait descendre du grenier de la maison des paniers en saule et préparait tout ce qu’il fallait pour la récolte du raisin. Il sortait et lavait la poussière sur le broyeur, le vieux pressoir gardant la couleur du vin pressé le long du temps. La nuit avant la vendange, maman faisait beaucoup à manger pour les vendangeurs – y compris, toujours, de la zeamă et des plăcinte.

… Notre vignoble était assez loin du village, sur les coteaux, du delà des vergers où poussaient des pêchers, des pommiers et des pruniers. J’adorais y aller avec papa, à vélo. Pendant toute ma vie actuelle de citadine je n’ai connu autant de tranquillité que pendant une journée, en me baladant dans les champs, à cette époque-là. J’ai des souvenirs très vifs du ciel paisible, des alouettes qui sillonnaient les nuages et de leur chant, des champs verts, puis jaunes de blé et d’orge, des champs de tournesols, du joli contraste jaune-vert, des arômes des fruits murissant. Que j’aimerais revivre un de ces jours-là !…

Le jour des vendanges, tôt le matin, père Trifon venait chez nous en chariot chercher les vendangeurs qui, entre temps, se régalaient des plăcinte cuites à la veille par maman et mises sur une petite table ronde installée dans la cour, sous la voûte de la vigne.

A la fin de la journée, dans la cour de notre maison il y avait quelques tonnes de raisins et la cour était comme une fourmilière : les vendangeurs faisaient le foulage. Un essaim d’abeilles et de guêpes se rassemblent autour d’eux, guettant les raisins.

Je n’ai plus bu du moût de raisin frais depuis au moins 15 ans, mais j’ai l’impression de sentir encore le goût sucré dans ma bouche et dans mon nez - l’odeur de raisin mûr après le foulage.

En hiver, quand papa sortait de la cave une carafe à vin, il l’accompagnait chaque fois d’une assiette à légumes saumurés – des tomates sucrées-acidulées, rouges et vertes, des feuilles de céleri, des carottes, des petites pastèques, et des pommes ou poires. Quel délice !

Les vendanges étaient un rituel que les paysans accomplissaient avec beaucoup d’assiduité, mais aussi avec dévouement et joie. Après un jour de vendange, on avait les mains bleues et on était épuisés, mais le parfum de l’automne nous donnait de la force pour recommencer le lendemain.

D’après un article de Lilia CAZACU publié sur https://www.natura.md/culesul-strugurilor-traditie-si-ritual?fbclid=IwAR3l-15ddRWFff5cXnlPGnh6_6puEtvPIXfFtdH7lBXg87X8kQVbonED9pI

Traduit pour www.moldavie.fr

Le 26 septembre 2022

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