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Les témoins oculaires se souviennent du 28 juin 1940

Le 28 juin 2022, on a commémoré 82 ans depuis l’annexion de la Bessarabie à l’Union Soviétique.

Sur la base du traité germano-soviétique de non-agression signé le 23 août 1939 – connu aussi sous le nom de Pacte Molotov-Ribbentrop - et de son Protocole secret qui délimitait les zones d’influence en Europe, le 28 juin 1940, l’Union Soviétique a annexé la Bessarabie et la Bucovine du nord.

Le 28 juin 1940 a été déclaré Journée de l’occupation soviétique conformément à un décret signé en 2010 par le président par intérim de la Moldavie, le libéral Mihai Ghimpu.

Que ce souviennent les témoins oculaires du 28 juin 1940 ?

Boris Movilă, cinéaste : « Seuls les paresseux et les ivrognes attendaient les Russes »

J’avais 12 ans. Ce jour-là, je m’en souviens bien, plusieurs chars russes ont traversé notre village. Les villageois sont sortis à leur rencontre, mais pas avec du pain et du sel, comme on l’a fait dans d’autres localités, mais par curiosité.

Etant un enfant, je ne pouvais pas apprécier à l’époque si c’était bien ou mal que les Russes venaient nous « libérer » des Roumains. Je ne comprenais pas qui étaient les « libérateurs russes » et quels étaient leurs intérêts. Mais je me rappelle qu’un bon ami de mon père venait souvent chez nous et j’entendais des bribes de leur conversation. L’ami de mon père faisait l’éloge des Russes, disant qu’ils étaient un peuple travailleur et que la Russie était le pays de la justice. La propagande bolchevique était déjà très forte à l’époque…

En fait, seuls les paresseux et les ivrognes attendaient les Russes, ceux qui avaient vendu leurs terres pour s’acheter à boire et attendaient que ceux qui avaient travaillé toute leur vie leur donnent quelque chose à manger. Mais les gens bien n’avaient pas besoin des règles des Russes. A partir de ce jour-là, ont commencé tous les maux : le 28 juin 1940 nous a apporté la collectivisation forcée, les déportations, la famine, les morts en Sibérie et les morts sur le chemin de la Sibérie … Je me souviens qu’un bolchevik s’est installé dans notre maison. Mon père lui apportait du vin, ma mère lui donnait à manger, lui a rangé le lit dans la meilleure chambre de notre maison. Même si mon père ne parlait pas russe et que le Russe ne parlait pas roumain, ils se comprenaient.

Un soir, le Russe avait pas mal bu et s’était mis à parler tout seul. Il répétait deux mots : « kurkuli » et « Sibiri ». Ni mon père, ni ma mère ne comprenaient ce qu’il voulait dire. Plus tard, ils ont appris que « kurkuli » voulait dire « goulag » et la Sibérie était l’endroit où on allait nous emmener…

Nicolae Baltag, habitant du village de Gheltosu : « Ils m’ont envoyé en prison pour dix ans »

Ni le 28 juin 1940, ni dans les mois suivants, nous, les enfants, ne comprenions ce qui se passait réellement : pourquoi des soldats s’installaient dans nos maisons sans nous demander la permission, pourquoi ils vidaient nos greniers. Mais nous étions curieux. Nous nous glissions souvent à travers les clôtures pour voir ce que les soldats faisaient : c’est alors que nous avons compris ce que signifiait vraiment une « débauche ». Ils se saoulaient, faisaient des scandales, cassaient des choses autour d’eux, donnaient des coups de pied et disaient des jurons.

Avant que les Russes viennent, je travaillais tous les dimanches pour un boyard et il me payait avec de l’argent ou de la nourriture. En 1940, le nouveau pouvoir a occupé sa maison et y a installé son administration, l’a dépossédé de ses terres et le boyard a disparu…

L’événement le plus tragique de ma vie a été ma condamnation à la prison. À seulement 18 ans, j’ai été emprisonné pour dix ans, comme « fasciste et traître » pour le fait d’avoir essayé de traverser le Prut…

D’après un article publié sur https://timpul.md/articol/28-iunie-1940-pe-rusi-i-au-asteptat-doar-lenesii-si-betivii-ce-si-amintesc-martorii-ocularis.html

Le 29 juin 2022

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