Le mâitre Vasile Dohotaru nous apprend à lire des tableaux

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Une personnalité créatrice, originale, controversée, explosive, très ouverte et difficile à connaître – c’est le peintre, graphiste et sculpteur Vasile Dohotaru. Ses sujets de prédilection sont les paysages, le portrait, le nu, mais aussi les ballerines, qu’il transpose sur la toile en huile, pastel, aquarelle ou gouache.

Ses peintures sont comme un chaos ordonné, où le quotidien se décompose en fragments, l’être humain devenant une métaphore. Vasile Dohotaru est un peintre qui évite l’ordinaire, défie la routine, étant passionné pour les formes et le volume.

Vasile Dohotaru
Vasile Dohotaru

« Il semble incapable d’être sérieux, il essaye de l’être, mais en vain. Le sérieux le bloquerait probablement », affirme Constanta, la fille du peintre Vasile Dohotaru, dans une interview. « Il faut sourire. À quoi bon être toujours maussade, ne pas plaisanter ? », se demande le peintre qui a une grosse réserve de blagues.

Les premiers tableaux – des copies de Raphaël

Vasile Dohotaru est né dans le village de Curchi, district d’Orhei. « J’ai l’habitude de dire que je suis né au monastère de Curchi - un endroit absolument magnifique, où des peintres venaient souvent peindre l’intérieur des églises. J’aimais les regarder travailler, se concentrer pendant des heures sur une toile. C’était hypnotisant ! », se souvient le peintre.

« Dans le salon de ma grand-mère il y avait une copie d’une peinture de Raphaël - un tableau d’un mètre carré. En hiver, quand j’allais voir ma grand-mère et qu’elle se mettait à me raconter les nouvelles du village, je commençais à copier ce tableau. Ce furent mes premiers essais dans la peinture  », raconte l’artiste.

Les études à Odessa – une porte ouverte vers d’autres horizons

Vasile Dohotaru a fait ses études à l’école de peinture d’Orhei, puis au Collège de Beaux-Arts de Chisinau et ensuite à la Faculté de peinture et de graphisme de l’Université pédagogique d’État d’Odessa, en Ukraine.

A Odessa, il a eu la chance d’avoir des professeurs dédiés à l’art qui lui ont appris à ne pas stagner dans les schémas imposés par la société et à être excentrique. Ils l’ont également « contaminé » de la passion pour le théâtre. « Un des mes professeurs était scénographe dans un théâtre d’Odessa, grâce à quoi, tous les soirs, tout mon groupe allait gratuitement au théâtre. Il nous mettait dans les premières rangées et nous demandait de peindre ce que nous aurions vu. Le lendemain, il vérifiait nos croquis. C’est à l’époque qu’est née ma passion pour le théâtre. Pour moi, un garçon né à la campagne, c’était génial de visiter le théâtre d’Odessa, car c’était toujours difficile de trouver des billets aux spectacles de ce théâtre », se souvient le peintre.

Un bénéfice de sa vie estudiantine à Odessa vient du fait que la ville est un port international qui avait l’esprit de la liberté à l’époque soviétique déjà : il y avait une filière à travers laquelle on faisait venir des peintres étrangers bien connus pour présenter leurs expositions. Vasile Dohotaru a surtout été marqué par celles de Corneliu Baba et de Sabin Bălaşa, ainsi que de Henry Mour, un grand sculpteur anglais.

Au terme de ses études à l’Université, des amis lui ont proposé de rester à Odessa et l’ont même aidé à se faire employer en qualité de peintre dans une station balnéaire, au bord de la mer, où Pouchkine, Lermontov, Eminescu étaient autrefois venu. C’est là qu’il a présenté sa première exposition de 60 tableaux en aquarelle.

Le retour en Moldavie

Toutefois, il décide de rentrer en Moldavie où il commence à enseigner à l’école de peinture d’Orhei. Peu après, il crée un cycle de peintures intitulé "Codrii" qui lui remportent la qualité de membre de l’Union des peintres de Moldavie.

Soutenu par le remarquable peintre moldave Boris Poleakov, il voyage souvent à Riga, où il étudie la technique moderne de l’aquarelle. Ensuite, il travaille intensément, participe à de nombreuses expositions et étudie, pendant sept ans, dans les ateliers des grands peintres de Bucarest, s’éloignant ainsi de l’école asiatique pour s’approcher de celle des Balkans. Une journée ordinaire dans la vie de l’artiste Vasile Dohotaru commence par ranger les choses dans son atelier et régler la lumière pour la rendre propice à la création. La musique est un facteur qui le prédispose à la création, surtout les romances roumaines, le blues africain et le jazz.

L’atelier du peintre est un monde à part qui reflète parfaitement sa façon d’être et de penser. Les murs sont recouverts de peintures, de croquis, de chapeaux, de montres, de pinceaux mis dans des pots et d’objets de décoration ramenés de différents pays. A l’étage, il y un four sur lequel reposent plusieurs sculptures recouvertes de bronze. Dans un coin, près de la fenêtre, une bibliothèque avec des étagères abondant en livres sur l’art est éclairée par la lumière du jour. « Auparavant, j’avais une bibliothèque beaucoup plus grande, mais une incendie l’a détruite en 1990 », dit le peintre avec regret. « Ici, je me sens très bien, je me concentre exclusivement sur le travail et je peux faire un tableau en quelques minutes. En fait, je pense que le peintre mûrit à 60 ans  », constate le peintre Dohotaru.

Les ballerines dans les croquis du peintre

L’artiste a une passion particulière pour le ballet et les ballerines qui remonte à l’époque de ses études à Odessa. Les ballerines ont été, au fil des années, les protagonistes de nombreux de ses tableaux.

Probablement, ce n’est pas par hasard que son atelier se trouve dans la proximité immédiate du Théâtre d’Opéra et de Ballet, où le peintre Vasile Dohotaru a créé une remarquable série de peintures à l’huile des ballerines et des croquis à la plume et à l’encre des danseuses en plein travail. En plus, toutes les semaines, Vasile Dohotaru prend sa petite bouteille à l’encre de Chine, une plume à paon et se rend au Collège national de chorégraphie pour faire des croquis des petites ballerines.

« L’art n’accepte pas de compromis »

La vie de peintre est autant belle et inhabituelle, que difficile en Moldavie. Le peintre reconnaît qu’il a parfois eu à surmonter des problèmes de nature financière, mais il n’a, dans une aucune situation, accepté de faire des tableaux commerciaux. « Pour moi, la peinture est un art pur qui n’accepte pas les compromis. Je suis un peintre sérieux. Je ne peux pas peindre juste pour gagner de l’argent. Peindre au nom de l’argent veut dire banaliser l’art et la culture », considère Vasile Dohotaru.

« La routine fait naître de l’indifférence »

Lorsqu’il travaille, il aime écouter de la bonne musique en sourdine. « Parfois, j’ai besoin de musique classique, parfois de jazz ou de musique folk. J’aime travailler près du feu et entendre le bois craquer lentement et doucement », dit, en souriant, l’artiste qui fuit toujours la routine. « La routine fait naître de l’indifférence à l’égard des valeurs. La routine nous aveugle. En tant que civilisation, nous sommes en train de nous perdre. J’aime beaucoup nos paysages pittoresques, mais je suis désolé à la vue des vieux paysans qui endurent la pauvreté et des villages qui s’éteignent », dit Vasile Dohotaru.

Le peintre affirme que l’essence des peintures ne peut être découverte que si l’on les contemple de longues minutes. « Les peintures, il faut les lire. Il faut trouver le point à partir duquel le peintre a commencé à brosser et reconstituer comment il a construit les motifs. C’est ainsi qu’on peut comprendre exactement ce que l’artiste a voulu dire  ».

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Vasile Dohotaru est membre externe de l’Ecole d’Aquarelle « Aldo Raimondi » de Rome. Il a exposé ses œuvres dans de nombreux pays d’Europe. Ses peintures font partie de nombreuses collections publiques en Roumanie et Moldavie, ainsi que de collections privées en Autriche, au Danemark, en Suisse, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Moldavie, en Roumanie et aux États-Unis.

Le 21 août 2019