Le drame de la femme qui a remporté le duel avec "la grande URSS”

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Olga Focșa
Olga Focșa

La Moldave Olga Focşa a deux fois réussi à s’échapper aux baïonnettes des soviétiques, après quoi elle a passé une grande partie de sa vie se cachant dans les greniers des villageois.

Le régime d’occupation soviétique instauré en Bessarabie dans les années ‘40 du siècle passé aurait laissé des traces encore plus sinistres, s’il n’y avait pas des esprits rebelles. Olga Focşa, une paysanne du village moldave de Tătăreşti, a remporté le duel avec la "Grande URSS" dès sa première confrontation directe avec le monstre. Vouée à la Sibérie, elle a pu s’échapper deux fois, le même jour, aux fusils des soldats.

Olga Focsa était une femme innocente et humble, elle faisait des prières le matin et le soir, avant de s’asseoir à table et après avoir mangé. Elle ne manquait aucune messe à l’église et elle aimait les gens, surtout les enfants, comme Dieu nous le demande. La femme caressait tout enfant qu’elle rencontrait et lui donnait un peu de ce qu’elle avait. Dans les années ‘20, Olga épousa Gheorghe Focşa, un paysan avec du caractère et de la volonté. Les deux époux ont réussi à construire une belle maison, à s’acheter un cheval et un chariot, du bétail, de la volaille, des vergers et des vignobles… Mais ils n’ont pu en bénéficier que jusqu’au moment quand les soviétiques ont envahi la Bessarabie. Or, dans la nuit du 6 juillet 1949 (la deuxième vague des déportations de Bessarabie), la terreur bolchevique n’a pas épargné leur foyer. D’autant plus qu’avant l’arrivée des soviétiques Gheorghe Focşa avait été un activiste et membre du Parti national-paysan de Roumanie.

Des atrocités bolcheviques dans la nuit des déportations

Pendant la nuit du 6 juillet 1949, lorsque le couple se reposait après une journée de travail, leur sommeil a été troublé par des coups de feu. En regardant par la fenêtre, ils ont vu quelqu’un tirer sur leurs chiens. Comprenant ce qui se passait, Gheorghe s’était glissé à travers la fenêtre derrière la maison et il est disparu. Avant de le faire, il a dit à sa femme de dire aux hôtes indésirables qu’il était absent depuis quelques jours, étant parti à la foire. Olga a essayé de traîner et de ne pas ouvrir la porte, en leur disant que son mari n’était pas à la maison, mais, vu leurs cris et coups insistants à la porte et aux fenêtres, la femme, choquée, a compris qu’elle devait s’échapper, elle-aussi. Olga, en chemise de nuit, s’est dirigée vers la fenêtre à travers laquelle son mari Gheorghe venait juste de sauver, mais … c’était trop tard. Elle n’a fait que deux pas avant d’être abattue par un coup de botte militaire, puis impitoyablement frappée sur le visage, sur les seins, sur tout le corps…

Mandat d'arrêt de Gheorghe Focșa
Mandat d’arrêt de Gheorghe Focșa

Ses cris d’appel au secours ont été étouffés par le rideau de la fenêtre que les "libérateurs" ont arraché et fourré dans sa bouche pour qu’elle se taise. Un soldat, à l’aide de sa baїonnette, a jeté sur elle une petite carpette. Les mains attachées et en chemise de nuit, elle fut emmenée à la mairie et jetée dans le coin le plus sombre et humide de l’enfer qui venait de s’installer pour elle. Peu après, le sous-sol la mairie fut rempli d’autres villageois arrêtés de la même façon cette nuit-là. C’est ainsi qu’Olga Focșa, affamée et ensanglantée, en chemise de nuit, a commencé le chemin vers la Sibérie. On ne lui a pas permis de prendre quoi que ce soit à manger, ni des vêtements, rien. Elle n’avait que la petite carpette et le morceau de rideau qu’un villageois a enlevé de sa bouche…

Elle s’échappe du wagon de la mort

À la gare de Străşeni, des soldats avec des étoiles rouges sur leurs képis faisaient l’appel des gens qu’ils faisaient ensuite monter dans des wagons à bestiaux. Les femmes pleuraient, les enfants, très nombreux, pleuraient eux-aussi, suppliant que leurs parents soient laissés rentrer à la maison … Si on osait s’adresser aux soldats, on recevait un coup de botte en plein visage. Bientôt, les « libérateurs » ont tiré les verrous des portes des wagons, criant quelque chose dans une langue inconnue. Des centaines des personnes venues dire adieu à leurs proches sont restées pétrifiées sur le perron. Toute cette scène sinistre – sous les airs d’une célèbre chanson soviétique interprétée par un orchestre militaire : Я другой такой страны не знаю где так вольно дышит человек… ( Je ne connais pas d’autre pays au monde, où l’on se sentirait si libre …).

Alors que les gens continuaient à s’entasser dans le train, une femme est entrée en travail d’accouchement. Les sentinelles ont ouvert le wagon pour que le médecin entre et a fait quelques personnes sortir pour que le médecin puisse travailler. Olga s’est faufilée parmi ceux qui sortaient. Puis, elle a dit aux soldats que les siens étaient venus lui apporter de la nourriture et des vêtements et, sous leurs regards, d’un air indifférent, elle s’est dirigée vers la foule parmi laquelle se trouvaient ses sœurs Grapina et Culina. S’approchant d’elles, elle a fait semblant de prendre quelque chose et… elle est disparue dans la foule. C’est ainsi qu’Olga a regagné sa liberté, mais elle n’a pu en profiter que dans la mesure dans laquelle il a été possible à cette époque-là.

Au côté de son mari, elle a fait partie d’un groupe de résistance

Elle est revenue à Tătăreşti, après plusieurs jours d’errance. Entre temps, elle a retrouvé son mari Gheorghe et ils se sont retirés dans la forêt de Ghireşti, où ils ont rencontré d’autres confrères de souffrance qui avaient, comme eux, pu se sauver du calvaire soviétique de Sibérie. Ils ont décidé de se venger contre l’injustice et ont formé un groupe de résistance antisoviétique appelé "L’Armée de la Forêt". Peu à peu, le groupe devint une grande organisation clandestine qui a causé beaucoup de soucis aux troupes de la sécurité. En avril 1953, Gheorghe fut arrêté et condamné à 25 ans de prison pour "trahison de sa patrie (soviétique) et attenant à la vie des autorités soviétiques ». Olga, elle s’est cachée chez des villageois : elle a vécu dans une meule de foin, dans une cave, dans des greniers. Olga a survécu d’environ 15 ans à l’amnistie des personnes déportées et condamnées à prison spéciale annoncée en 1955-1956. Mais tout ce temps, elle a fort souffert à cause de la perte de son mari - Gheorghe Focşa est décédé dans un accident de la route qui s’est passé juste devant sa maison qu’il venait de récupérer…

Certificat de réhabilitation de Gheorghe Foșca
Certificat de réhabilitation de Gheorghe Foșca

Sources : https://www.timpul.md/articol/istorie-dramsa-femseii-care-a-catigat-duelul-cu-marele-urss-139495.html ; http://www.jc.md/elisabeta-rizea-a-basarabiei/

Le 26 juin 2019