La russification de la ville de Chișinău : l’an 1940

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Étant la plus grande ville dans le territoire annexé par les Soviétiques, Chișinău devint un centre administratif dès le premier jour d’occupation de la Bessarabie, le 28 juin 1940. Le 14 août 1940, le Bureau politique du PC (b) de l’URSS a officiellement déclaré cette ville capitale de la nouvelle république soviétique.

Peu de temps après, plusieurs habitants de la ville se sont vus contraints à quitter leurs maisons. Conformément à la décision no. 208 du Comité Central du Parti Communiste de la République Soviétique Socialiste Moldave (RSSM) du 26 septembre 1940, il a été établi que chaque habitant de Chișinău avait droit à neuf mètres carrés de logement au maximum. Si une famille disposait d’un logement dont la superficie dépassait la norme indiquée, une partie de la maison ou même la maison entière était confisquée par l’État et occupée par des familles des dignitaires soviétiques, venus en Bessarabie après le 28 juin 1940. Une partie des 1960 maisons confisquées ou abandonnées par des habitants de la ville qui s’étaient retirés en Roumanie ont été occupées, sans aucune autorisation, par des militaires et les autres ont été distribuées aux nouvelles autorités. Dans le langage de l’époque, cela s’appelait « nationalisation ».

Au cours des années 1940-1941, en RSSM ont été nationalisés tous les immeubles ayant la superficie de 800 mètres cubes (à Chișinău), 700 mètres cubes (à Balti et Tighina) et 500 mètres cubes - dans les autres localités. Par conséquent, pendant les six premiers mois d’occupation soviétique, 3720 maisons privées ont été « nationalisées » à Chișinău sans qu’aucun acte officiel soit émis, à Tighina - 539, à Orhei - 284, à Cahul – 223 et à Calarasi – 82.

Krasnoarmeisk, Lénine et Staline – trois secteurs de la capitale dirigés par des Ukrainiens

Les documents de l’époque montrent que, le 8 avril 1941, le Comité exécutif Chișinău du Parti Communiste (b) a transmis au Présidium du Soviet suprême de la RSSM la proposition de diviser la ville de Chișinău en trois secteurs - Krasnoarmeisk, Lénine et Staline – afin de contrôler de manière plus efficace les possibles situations de crise.

Deux jours après, le 10 avril 1941, ont été désignés les premiers secrétaires et les secrétaires des comités exécutifs du Parti Communistes dans les secteurs de Chișinău. Le premier secrétaire du secteur Lénine était l’Ukrainien Ivan Dmitrievitch Mirgorodski, né en 1910, qui avait une éducation secondaire incomplète. Un autre Ukrainien, Mikhail Cuprianovitch Mazanik, né en 1909, qui avait une éducation secondaire, a été désigné le premier secrétaire du secteur Staline. Seul le premier secrétaire du secteur Krasnoarmeisk, Constantin Terentievitch Chtcherbenko, Ukrainien lui-aussi, né en 1897, avait fait des études supérieures.

La capitale « inondée » par les Soviétiques

Selon le docteur en histoire, Ruslan Chevtchenko, la population de Chișinău a fortement augmenté, de 109 766 personnes en janvier 1940 à 188 500 en juin 1941. Ceci, malgré le fait que plus de 200 000 personnes avaient quitté la RSSM lors de la période août-décembre 1940. Or, plus de 220 000 personnes s’y sont en même temps installées.

D’amples actions idéologiques ont démarré. Début août 1940, les rues des villes de Bessarabie ont été renommées. Les rues portant des noms de personnalités historiques ou qui évoquaient des éléments nationaux ont été renommées en l’honneur des dirigeants soviétiques ou de villes russes.

Voici quelques exemples : rue Alexandru cel Bun est devenue rue Alexandrovskaya ; rue Regina Maria - rue 28 juin ; boulevard Regele Carol - boulevard Lénine ; rue Regele Ferdinand I – rue Kiev ; rue M. Kogălniceanu – rue Pirogov ; rue General Berthelot – rue Leovskaya ; rue Ion Heliade Rădulescu – Kuznechinaya ; rue Sfatul Ţării – Sadovaia ; rue Armand Călinescu – rue Jukovski ; rue Mitropolit Gavriil – rue Gogol ; rue Sfântul Gheorghe – rue Gueorguevskaya, etc.

En été 1941, quand la guerre germano-soviétique a commencé, plus de 10 000 dossiers des archives de l’NKVD ont été transférés à Tiraspol, ville située sur la rive gauche du Dniestr, actuelle capitale de la république séparatiste de Transnistrie, qui n’est pas contrôlée par les autorités moldaves.

D’après un article de Mariana S. Țăranu, publié sur https://www.timpul.md/articol/istorie-----operaiunea-de-rusificare-a-chiinaului-136549.html

Le 20 mars 2020