La culture d’hier et d’aujourd’hui : les réflexions de deux artistes

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Elena Samburic : « Un artiste, il a toujours quoi faire »

« Quand elle n’a pas de cours à donner à l’Université, Elena Samburic aime peindre. Quand elle ne peint pas, alors elle modèle de la céramique ou sculpte. Si elle n’est pas à l’Université, on peut la trouver dans un atelier situé dans le quartier Telecentru de la capitale moldave. Ici, entourée de hauts murs avec des fenêtres généreuses et d’ouvrages achevés ou pas, Elena elle s’adonne aux souvenirs autour d’une tasse de café. C’est l’atelier de son amie et ancienne disciple Valentina, céramiste.

Pendant la saison froide, lorsque le système de chauffage ne fait pas face au froid et que les idées créatives risquent de « geler », les deux amies se déplacent, avec leurs élèves qu’elles accompagnent en peinture ou en céramique, dans un local loué à proximité. « Un artiste, il a toujours quoi faire … Mais le problème c’est de vendre les ouvrages. Il n’y a pas d’acheteurs. Les gens sont pauvres. Voici le problème fondamental des artistes », constate Elena Samburic.

Elle est diplômée d’une faculté de sculpture d’Odessa. Après avoir obtenu son diplôme, il a enseigné pendant un an en Ukraine, puis elle est revenue à Chisinau où elle a étudié la céramique à Académie de Musique, Théâtre et Beaux-Arts. Elena a commencé son activité professionnelle dans les années 80, lorsque le principe du réalisme soviétique était imposé comme le pilier essentiel de l’art, mais elle a été parmi ceux qui ont osé de ne pas accepter de promouvoir « l’image de Lénine ou celle du soldat soviétique » et elle a su délicatement éviter ces sujets. « Je pouvais créer n’importe où, partout. Parfois, cela me procurait de l’argent, parfois – non, comme maintenant, en fait. La différence c’est qu’à l’époque il y avait de l’intérêt pour la culture », considère l’artiste.

« Nous traversons maintenant une période très compliquée et très difficile. Le ministère de la culture ne voit pas les artistes, évoquant le manque d’argent. Et même si l’on trouve de l’argent pour un prix ou deux, alors on a un autre problème : le népotisme ! On met de l’avant ses proches, ses amis. C’est méprisable. Voilà pourquoi je ne reconnais jamais la valeur des récompenses accordées ici, en Moldavie. Si le prix est obtenu à l’étranger où personne ne te connaît, alors c’est vraiment un prix qui a de la valeur  ».

« Savez-vous quand l’État a vraiment soutenu l’artiste ? », demande Elena et c’est toujours elle qui répond :« Quand l’artiste avait un nom, s’il était membre du parti (alors qu’il n’y avait qu’un seul parti – celui communiste) et si l’artiste était obéissant. Maintenant – c’est un peu pareil et il faut être malin … ».

Anna Vasina : « On ne peut pas simplement effacer l’histoire par haine »

Anna Vasina a 28 ans, elle fait de la gestion artistique et du design graphique. Elle s’implique souvent dans des actions civiques qui ont lieu à Chisinau – elle participe surtout aux actions de protestation déroulées contre la démolition des immeubles datant de l’époque soviétique. « J’y vois déjà de l’histoire, on ne peut pas tout simplement effacer l’histoire, par haine. C’est de la post-vérité. On ne sait plus où est la vérité, tout est tellement … ».

Elle aime aussi « faire sortir la culture dans la rue » – c’est-à-dire, exposer ses ouvrages dans l’espace public. Mais la censure moderne l’empêche, dit-elle : d’une part, le département de la culture n’accepte pas des sujets tels que l’homosexualité ou des symboles historiques controversés, et d’autre part – il y a des gens qui simplement détruisent les ouvrages.

Un autre type de « censure » empêche aussi les artistes d’expérimenter. Il s’agit du facteur commercial qui impose des limitations. « La censure vient de la part du client. Quand l’artiste voit ce que fait son collègue qui arrive à vendre des tableaux, alors il veut faire comme lui. Il y a peu d’intérêt à accroître le niveau des œuvres visuelles à Chisinau », constate Anna.

« C’est juste une étape que nous devons surmonter. Notre héritage soviétique en matière de culture n’est pas tout à fait positif. Il a été dévalorisé y compris par le fait qu’il était fortement idéologisé. Par conséquent, les gens ont créé une sorte d’antipathie envers certains aspects culturels. La seule solution que le ministère de la culture et, probablement, l’État en général, a trouvée est d’en tirer du profit. C’est bien, mais c’est bien aussi d’avoir du non-commercial. Les deux doivent exister parallèlement. On ne peut pas chercher du profit partout », dit la jeune.

D’après un article de Raisa Răzmeriță et Ion Gnatiuc publié sur https://reportaje.moldova.org/cultura-de-ieri-si-de-azi-nu-ne-trecea-prin-cap-ca-intelectualii-pot-prezenta-pericol-pentru-tara/

Le 22 mars 2021