« La Moldavie à la croisée des mondes », un ouvrage signé par Josette Durrieu et Florent Parmentier

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Article de Gilles Ribardière

Cercle Moldavie se réjouit de la parution d’un ouvrage qu’il faut bien considérer de référence : « La Moldavie à la croisée des mondes ».

Ses auteurs ont contribué, depuis de nombreuses années, à faire connaître au public francophone ce pays (qui se confond pour partie avec la Bessarabie d’autrefois) : Josette Durrieu, ancienne sénatrice, en nous facilitant l’organisation de nos conférences dans les locaux du Palais du Luxembourg ; Florent Parmentier, enseignant à Sciences Po, en nous gratifiant de ses analyses pertinentes à l’occasion précisément de ces conférences.

L’ouvrage ainsi co-signé bénéficie de leur connaissance exceptionnelle des rouages de ce jeune Etat qui se cherche une identité forte.

Débats sur la Moldavie au Palais du Luxembourg (octobre, 2010). De gauche à droite : M. Oleg Serebrian, ancien Ambassadeur de la Moldavie en France ; Mme Josette Durrieu et M. Gilles Ribardière
Débats sur la Moldavie au Palais du Luxembourg (octobre, 2010). De gauche à droite : M. Oleg Serebrian, ancien Ambassadeur de la Moldavie en France ; Mme Josette Durrieu et M. Gilles Ribardière

Pour ce faire, ils structurent en trois parties leur propos de façon originale : tout d’abord un « essai sur la Moldavie » au terme duquel les auteurs tentent de dégager les caractéristiques complexes du pays, en définissant sa géographie, en retraçant les grandes lignes de son histoire, en rendant compte des représentations qu’ont pu en faire des observateurs extérieurs, en énumérant les personnalités moldaves (ou bessarabiennes) qui ont rayonné dans et hors ses frontières.

Une seconde partie de l’ouvrage est constituée de notes de voyages de Josette Durrieu ; c’est l’occasion de nous offrir des portraits d’acteurs de la vie politique dont l’attitude nous éclaire sur la difficile construction d’un Etat de droit.

Enfin, la troisième partie se présente sous la forme d’un dialogue entre les deux auteurs qui s’attachent à tracer les perspectives d’avenir de la Moldavie, dans un contexte géopolitique on ne peut plus difficile.

Ce qui est passionnant à travers la lecture de « La Moldavie à la croisée des mondes », c’est qu’à propos d’un Etat aux dimensions modestes on a un aperçu de la transformation douloureuse des espaces qui jusqu’à la fin du XXe siècle appartenaient à l’Empire Soviétique.

Tout n’est cependant pas transposable, car il y a une spécificité flagrante : «  La Moldavie montre une forme d’adaptation à une situation géographiquement périphérique, mais également de synthèse culturelle centrale entre latins et slaves. [Elle] est le seul pays au monde à se caractériser par cette dualité, combinant à la fois tensions géopolitiques et richesses culturelles » (p.141).

Cette identité si particulière se « lit », à proprement parler, en déambulant parmi les tombes du cimetière juif (chapitre 3) : « La présence de l’alphabet hébraïque n’est guère surprenante dans ces lieux ; la coexistence des deux alphabets - cyrillique et latin - est quant à elle révélatrice de l’histoire de la Moldavie, véritable îlot de latinité, avec la Roumanie, au milieu d’un espace majoritairement slave, mais partageant également une histoire commune avec l’espace russe  » (p.41).

L’évidente originalité de ce pays réside bien en ses trois composantes ainsi évoquées : « ce pays…..a pris à la première Rome son origine latine, à la deuxième Rome - Byzance, sa religion orthodoxe et à la troisième - Moscou, une partie de sa structure administrative et politique  ». (p.40)

Les auteurs ont raison d’insister sur cette trilogie caractérisant l’origine de la Moldavie qui garantit en fait son avenir en tant qu’Etat, malgré un cheminement chaotique

La nature de ce cheminement est illustrée à travers le compte rendu des étonnantes rencontres qu’a pu avoir Josette Durrieu dans le cadre notamment de ses fonctions de rapporteur sur la Moldavie, en tant que membre de la délégation française de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe.

Elle trace, à plusieurs reprises, de savoureux portraits de ses interlocuteurs. Aucune complaisance dans ses propos, mais l’avis lucide d’une observatrice qui, sans préjugé, expose la réalité du pays, façonné – hélas – trop souvent par le comportement douteux d’un certain nombre de ses acteurs.

Ainsi n’a-t-elle aucune complaisance à propos de politiciens détournant sans scrupule des millions de dollars, mais elle n’hésite pas à souligner le sens de l’état d’autres politiciens, même si leur démarche ne correspond pas tout à fait à ce à quoi nous habitue le fonctionnement de nos traditionnelles démocraties parlementaires.

Aussi imprévisible que soit le fonctionnement des institutions moldaves, Josette Durrieu et Florent Parmentier constatent que cette ancienne possession de la Russie Soviétique, au contraire des autres devenues « indépendantes », ne risque pas de connaître une « dérive autoritaire », et cette chance se trouverait dans le fait qu’il y a une « division de l’opinion selon des clivages géopolitiques, souvent dénoncée comme une tare congénitale par la gouvernance de la Moldavie, |[ mais qui] s’avère aussi probablement comme l’un des meilleurs garants de son pluralisme » (p.145), selon Florent Parmentier.

De gauche à droite : Jean Pierre Raffarin, Josette Durrieu et Florent Parmentier
De gauche à droite : Jean Pierre Raffarin, Josette Durrieu et Florent Parmentier

Livre donc indispensable pour comprendre ce qui peut être considéré comme un laboratoire pour mieux appréhender les sociétés post-communistes, tout en relevant les spécificités de la Moldavie, à savoir :

  • Pas de risque de régime autoritaire
  • Un territoire amputé (Transnistrie)
  • Corruption d’une partie des élites
  • Rôle des oligarques
  • Démographie en déclin…

Mais un peuple généreux, imaginatif, accueillant !

C’est de tout cela qu’il est rendu compte sous la plume alerte de nos deux auteurs.

Cet ouvrage bénéficie par ailleurs d’une préface de Jean-Pierre Raffarin et des postfaces de Jean-Pierre Chevènement et de Catherine Lalumière. C’est dire l’importance de l’ouvrage !

Le 4 octobre 2019