Cette année, les Moldaves fêtent Pâques le 12 avril. Et tout commence la veille au soir.
La nuit où tout s’illumine
Le samedi soir, les fidèles convergent vers les églises. Pas pour une messe tranquille — pour une veillée qui dure jusqu’à minuit. À minuit précis, le prêtre sort de l’autel, une bougie allumée à la main, et prononce la phrase que tout le monde attend : « Hristos a înviat ! » — Le Christ est ressuscité ! Et l’assemblée répond : « Adevărat a înviat ! » — Il est vraiment ressuscité ! La flamme se propage de cierge en cierge dans la foule. En quelques secondes, des centaines de visages s’éclairent dans le noir. Puis une procession fait trois fois le tour de l’église, sous les étoiles. C’est ce moment que les Moldaves décrivent comme le cœur de la fête — pas le repas du lendemain, pas les cadeaux. Cette lumière qui circule de main en main dans la nuit.
À Chișinău, la messe de la cathédrale est retransmise en direct à la télévision nationale. Le président de la République, le Premier ministre et le président du Parlement y assistent. En Moldavie, Pâques est officiellement un jour férié — et pas des moindres.
Les œufs rouges et la pasca
Le lendemain matin, les familles apportent à l’église un panier garni pour le faire bénir. C’est la fin du carême de 40 jours, et la table peut enfin être dressée. Au menu : de l’agneau, des sarmale (feuilles de vigne farcies), et surtout deux symboles incontournables. Les œufs rouges. Pas des œufs peints de mille couleurs comme en Alsace ou en Bavière — des œufs teints en rouge vif, couleur du sang du Christ et de la vie. Chaque région, chaque village a ses propres motifs. Le matin de Pâques, on s’en frotte une joue « pour être beau », dit la tradition. Et on s’en sert pour jouer : deux personnes s’affrontent en cognant leurs œufs l’un contre l’autre — celui dont l’œuf résiste est béni pour l’année. La pasca. Un gâteau rond, moelleux, souvent garni de fromage blanc et de raisins. On en prépare plusieurs jours à l’avance. Certaines familles font aussi le cozonac, une brioche tressée parfumée au rhum et aux noix. L’odeur qui sort des cuisines moldaves la semaine avant Pâques est, paraît-il, impossible à oublier.
Un rituel qui traverse les générations
Ce qui frappe dans le Pâques moldave, c’est son ancrage dans la vie réelle — pas uniquement dans la religion. Les maisons sont nettoyées de fond en comble, les rideaux lavés, les murs blanchis à la chaux dans les villages. On met des vêtements neufs. On invite les voisins. Les âmes des morts, dit-on, reviennent s’asseoir à table avec les vivants. Le soir de Pâques, dans les villages, les habitants se rassemblent sur la place centrale pour danser la hora — la ronde traditionnelle — jusqu’au bout de la nuit. Le lendemain, on rend visite à la famille et aux amis. Une semaine après Pâques, on fleurit les tombes des défunts. Et pendant les 40 jours qui suivent la fête, les Moldaves ne se disent pas « bonjour » mais « Hristos a înviat » — Le Christ est ressuscité. La fête ne dure pas un jour. Elle dure une saison. Pâques orthodoxe 2026 : dimanche 20 avril. Si vous êtes à Chișinău ce week-end-là, la veillée de la Cathédrale de la Nativité, en plein centre-ville, est ouverte à tous.
