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Ștefan Leca, nonagénaire : entre une guerre vécue et la menace d’une guerre

Ștefan Leca a 92 ans. Il est né et a vécu toute sa vie dans le village moldave d’Oxentea. C’est ici qu’il a grandi et s’est fait une famille, a construit un foyer et a élevé quatre enfants. Son adolescence a été marquée par la guerre, la disette, la peur, puis la famine, mais il considère avoir eu de la chance – lui et ses parents ont survécu à ces temps troubles.

« Je suis né en 1930. En 1937, mon père m’a inscrit à l’école que j’ai fréquentée pendant deux ans. Puis, les Russes sont venus et j’ai dû reprendre les études, dès la première classe, sous le nouveau pouvoir qui était différent. J’ai terminé 7 classes en 1948 quand j’avais 18 ans. A cet âge, certains se marient  », plaisante père Ștefan.

« En 44, le front a touché nos parages. Les gens ont été évacués de force du village et emmenés à Horodiște. Il y a eu des combats atroces ici, beaucoup de soldats russes et allemands ont été tués. Les Allemands se tenaient dans le clocher de l’église et lorsque les Russes tentaient de traverser le Dniestr, ils tiraient sur eux. A côté de l’église, il y a un tombeau, une sorte de fosse commune, d’environ 10 m de long.

Nous avons passé tout l’été à Horodiște et nous sommes rentrés chez nous en automne. Puisque nous n’avions pas été dans le village au printemps et en été, les champs n’ont pas été labourés. Une fois revenus chez nous, nous n’avions rien à manger.

Mon père était dans l’armée roumaine, ma mère était seule avec moi et mon frère né en 1940. Nous sortions dans les champs, dans une charrette à bœufs, chercher de l’herbe pour les bœufs et ma mère ramassaient des épis de plantes qu’elle séchait et puis broyait et en faisait une sorte de farine dont elle cuisait quelque chose qu’on appelait du pain…

Le front a avancé et en automne mon père est revenu de l’armée roumaine, mais il ne s’est pas beaucoup retenu. Peu après, en hiver, il a été recruté dans l’armée soviétique et envoyé en Pologne. Il a été blessé, soigné à l’hôpital et renvoyé au front une seconde fois. Heureusement, quand la guerre a fini, il est rentré à la maison.

C’était la pauvreté totale, nous n’avions rien du tout … Il y a eu la grande famine en 1946 et elle a continué en 1947. Ce n’est qu’en 1948 qu’on a on a eu une bonne récolte. Heureusement, on avait le Dniestr tout près et on mangeait des coquillages. J’ai mangé aussi des glands, toute sorte d’herbes sèches finement hachées et bouillies, des pépins de raisin. Tout cela - en été, mais en hiver, ma mère allait travailler chez des villageois pour une poignée de grains dont elle faisait une sorte de bouillie ».

A cause des temps troubles, marqués par la guerre et la pauvreté, père Ștefan n’a pas pu poursuivre ses études après l’école. Il a fait des cours de tractoriste, puis a été recruté dans l’armée, après quoi il est rentré dans le village et a travaillé toute sa vie dans le kolkhoze local.

Réfléchissant à la guerre dans le pays voisin, Ștefan Leca se demande : « Pourquoi tout cela ? A qui est-ce que cela convient ? Il paraît que c’est à cause de Poutine. C’est lui qui n’en a pas assez de richesse. Mais il ne lui reste que quelques années de vie, comme à moi. Et il n’emportera rien dans l’autre monde, comme moi ».

Père Ștefan dit qu’il n’a pas peur de la guerre : « Je sais ce qu’est une guerre… On ne peut rien faire. Où fuir ?! Je souhaite de la paix à nos descendants. Je veux qu’il y ait de la paix sur la terre, que les gens vivent en paix  ».

D’après un article publié sur https://replicamedia.md/ro/article/0znnJ3Q2p/est-curier-de-vorba-cu-mos-stefan-din-oxentea-nu-ma-tem-ca-am-tras-stiu-ce-e-razboi-n-avem-ce-face-unde-sa-fugim-le-doresc-urmasilor-nostri-pace-restul-le-om-face.html?utm_source=RSS&utm_medium=MicroService&utm_campaign=google_analytics

Le 23 juin 2022

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