« Chisinau 2012 » : Conseil économique et social, Europe et francophonie

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La Moldavie a-t-elle besoin d’un conseil économique et social ?

On ne peut réduire l’intégration européenne à l’accès à un vaste marché intérieur, ni même à la mobilité de circulation propre à l’espace Schengen ; c’est également, comme on le souligne souvent, un système de valeurs, qui tourne autour de quelques grands principes. Le modèle social européen, bien que malmené par les changements induits par la mondialisation, appartient pleinement à ce système.

Sans doute faut-il observer qu’il n’existe pas « un » modèle social européen, mais plusieurs. Sans entrer plus dans les détails, on peut en distinguer quatre grands types : un modèle nordique (avec d’importantes dépenses publiques pour une protection sociale élevée), un modèle anglo-saxon (avec un marché du travail relativement peu réglementé), un modèle rhénan (reposant sur un système d’assurance chômage et avec une forte protection de l’emploi) et un modèle méditerranéen (aux réglementations strictes et aux fortes dépenses publiques protectrices). Chaque pays développe son propre système, avec des résultats divergents en termes de lutte contre le chômage, les discriminations ou la pauvreté. Néanmoins, il faut noter la place essentielle que l’UE - tout comme la société civile - prend aujourd’hui dans ces domaines, même si elle ne remplace pas les Etats.

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Le modèle européen veut se fonder sur l’activité et sur l’inclusion du plus grand nombre, sachant que le plein exercice de la citoyenneté et la justice sociale requiert une participation à la vie sociale et économique du pays. Nul ne niera le chemin qui sépare la situation actuelle de la Moldavie de l’idéal qui est proposé, sauf à se satisfaire des conditions de vie actuelles non seulement à Chisinau, mais plus largement dans l’ensemble du pays (sans compter les migrants).

Afin de débattre de son modèle social, d’identifier des solutions et d’en discuter avec ses partenaires européens, la Moldavie doit mettre en place des institutions dont l’objet est précisément de se rapprocher des standards européens en vigueur. Il s’agit donc d’associer des syndicats et des représentants de la société civile, des représentants patronaux afin de travailler à cette tâche primordiale. Bien sûr, la liberté syndicale, c’est-à-dire son indépendance par rapport au pouvoir, s’avère une valeur fondamentale, pour la Confédération syndicale internationale comme pour l’Union européenne. Pour cela, il n’est pas inutile de savoir comment le débat fonctionne au niveau de l’Union. Les partenaires économiques et sociaux européens se retrouvent au sein du Comité économique et social européen, qui a un rôle important au sein des institutions européennes, et ce depuis le Traité de Rome (1957). Les 344 membres de cette assemblée donnent des avis formels, non seulement sur la question sociale, mais aussi sur celles liées à l’éducation, à l’environnement, à l’industrie, etc. En somme, le Comité a été renforcé dans ses attributions au fil du temps, preuve de son utilité.

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Un détour par l’histoire peut nous expliquer la pertinence d’une telle institution pour la Moldavie dans sa stratégie européenne, avec l’aide des pays francophones européens. La création du Conseil économique et social en France remonte à la Troisième République, au cours des années 1920. En tant que doyen européen, le Conseil français a largement influencé la création d’une telle institution au niveau européen. Mieux, il a encouragé la création des Conseils économiques et sociaux sur le modèle français en Roumanie et en Bulgarie, les deux premiers pays d’Europe Centrale à entrer dans les institutions francophones et, de fait, largement soutenus par la France pour l’intégration européenne. Le partenariat avec la France a été dans les deux cas fort utiles, permettant des échanges d’expérience fructueux, et l’expérience est parfaitement renouvelable pour Chisinau, permettant ainsi de se faire mieux entendre sur la scène européenne.

Une fois de plus, l’objectif européen de la Moldavie peut fort bien prendre le chemin de la solidarité francophone, et préparer ainsi la candidature de Chisinau pour l’organisation du Sommet de la Francophonie en 2012.

Evelyne Pichenot, membre du Comité économique et social européen

Florent Parmentier, vice-président des Moldaviens (www.moldavie.fr), prépare un livre sur la Moldavie, la Francophonie et l’Europe aux éditions Cartier.

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