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La République de Moldavie est-elle un pays pauvre ?

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Commentaire économique de l’Agence de presse Info-Prim Neo.

Il y a un vieux débat entre les officiels et les opposants sur ce sujet : « Est-ce que, oui ou non, la République de Moldavie est un pays pauvre ? ».

« Plus je me trouve en Moldavie et moins je comprends plusieurs choses », affirme un expert étranger, autrefois ministre dans le premier gouvernement polonais après la dissolution du camp socialiste. « Vous dites que vous êtes pauvres, mais les magasins marchent très bien, ne font pas faillite, les gens s’habillent bien, bâtissent de belles maisons », rajoute celui-ci.

Cependant, les statistiques - qu’il s’agisse de celles officielles, nationales ou de celles qui sont présentées par des institutions internationales - défient les opinions, car elles ne tiennent compte que de critères et d’indicateurs.

Le pays avec le plus bas salaire brut d’Europe

Avec 46,29 euros par mois, le salaire minimum brut de la République de Moldavie reste le plus bas d’Europe : il est à peu près 34 fois plus bas que celui des employés de Luxembourg, qui occupent la première place dans un classement réalisé par la Fédération des Employés Européens (FedEE).

Un niveau relativement similaire au salaire minimum de la République de Moldavie est enregistré dans des pays comme le Monténégro (55,00 euros) et l’Ukraine (68,21 euros). En Roumanie, le salaire minimum est de 140, 64 euros.

Pour l’élaboration de ce classement, la FedEE a pris en compte la rémunération des personnes ayant plus de 23 ans avec un travail à plein-temps. Dans le cas de la République de Moldavie, la Fédération des Employés Européens opère avec un montant de 766,1 lei (monnaie moldave), salaire minimum au 1 janvier 2007, qui a été ultérieurement modifié.

Ainsi, à partir du 1 juillet 2007, le salaire tarifaire pour la première catégorie de qualification la plus basse, celle des employés des unités à autonomie financière, a été augmenté jusqu’à 900 lei, calculé pour un travail à plein temps de 169 heures en moyenne par mois. Mais dans ce cas aussi, la République de Moldavie serait parmi les trois derniers pays avec le plus bas salaire minimum.

Le salaire minimum dans la République de Moldavie est à peu près 34 fois plus bas que celui des employés de Luxembourg où les gains minimum réglementés sont de 1 570,28 euros par mois.

Le minimum vital a augmenté plus vite que le salaire réel

Le montant du minimum vital a augmenté en 2007 de 17, 6 % et se monte en moyenne à 1 099,4 lei (en fin d’année - 1 142,1 lei) par personne, tandis que le salaire annuel a augmenté de 8 pour cent. En 2007, le salaire moyen s’est monté à 2 063 lei. La rémunération moyenne nominale d’un employé au mois de décembre a été de 2 630 lei, avec 20 % en plus par rapport au mois de décembre 2006.

Le minimum vital est plus élevé dans le milieu urbain (1189,2 lei) et plus bas dans le milieu rural (1036,3 lei). Ce décalage est particulièrement une conséquence de la structure différente des dépenses et du poids plus élevé de l’autoconsommation dans le milieu rural. Dans le milieu urbain, le panier non- alimentaire a constitué 44,2 % du minimum vital et dans le milieu rural 34,4 % (en moyenne sur la totalité du pays cet indicateur est de 39, 9 %).

Le salaire moyen a couvert le minimum vital à hauteur de 171, 9 % en 2006, et respectivement, 178, 1% en 2007. Mais ces indications sont pareilles à la prise de température de l’hôpital, qui ne sert à rien, surtout pas à la personne qui agonise avec une fièvre supérieure à la normale.

Par exemple, en moyenne, le salaire dans l’agriculture se monte à 1098,6 lei, tandis que le minimum vital de la population apte à travailler, conformément aux mêmes statistiques officielles, est plus élevé (1159, 5 lei). Et les mêmes statistiques montrent que l’agriculture comprend 32,8 % de la population active, soit à peu près 409 mille personnes.

Le salaire des employés du secteur de la santé (1703,2 lei) et de l’enseignement (1351,3 lei) a été en 2007 au-dessus du minimum vital, mais, comme l’affirment les statisticiens, « il faut tenir compte du fait que chaque employé peut avoir à charge au moins un enfant, et que les salaires sont employés pour couvrir les dépenses communes du ménag ».

Cela va encore beaucoup plus mal pour les retraités. Le montant moyen de la pension mensuelle fixé, conformément à la situation du 1 janvier 2008, se monte à 548,3 lei et couvre le montant du minimum vital pour cette catégorie de la population à hauteur de 58, 1 %. C’est mieux qu’en 2006, avec une couverture de 55, 3%, mais loin du minimum vital.

Dans les conditions où les indemnisations mensuelles pour le soin des enfants jusqu’à un an et demi se montent en moyenne à 230, 7 lei pour les personnes assurées, et à 100 lei pour les non - assurées, ces payements sociaux couvrent le nécessaire pour les enfants jusqu’à un an en proportion de 58,5% (pour un minimum vital de 394, 3 lei) et 25,4% (1118,8 lei).

La moitié des dépenses vont à l’alimentation

La structure des dépenses de consommation dénote, elle-aussi, un état de paupérisation de la population. L’année passée, 44, 6 % du total des dépenses de consommation ont été affectés aux produits alimentaires (dans les ménages pauvres- jusqu’à 70%), suivis par les charges du logement qui ont constitué 14,4% du budget des ménages, et 11, 9 % qui vont aux vêtements et aux chaussures.

Néanmoins, même si le poids des dépenses pour les produits alimentaires a diminué par rapport à 2006, la hausse des prix des aliments pèsera lourd sur le budget des ménages, surtout sur les familles pauvres et nombreuses. Les factures pour le gaz, l’électricité et les autres charges sont de plus en plus élevées. Les dépenses de logement sont devenues plus élevées en 2007, si on prend en considération le fait qu’en 2006, on dépensait 11,3% pour le logement.

Les Moldaves ont dépensé en 2007 pour l’enseignement seulement 0,6% des revenus employés à la consommation, pour les loisirs - 2,1%, pour les soins médicaux et la santé - 4,9%. Les dépenses pour les boissons alcooliques et le tabac ont représenté 2,2% du total.

C’est la structure de dépenses pour un pays pauvre.

Dans le groupe des « vaincus »

A la fin du mois de janvier, la revue autrichienne Der Standart a publié l’étude RegioData, concernant le pouvoir d’achat en Europe de l’Est. « Le pouvoir d’achat en Europe de l’Est croît à grande vitesse », titrait Der Standart, en ajoutant en commentaire que, malgré la tendance ascendante, un niveau de vie Ouest-européen pouvait être atteint dans seulement dix ans. Un des motifs est le grand décalage entre la ville et le village dans les pays de l’Est : « Les villes profitent, les villages restent pauvres ». Le pouvoir d’achat au niveau européen a augmenté, en moyenne, de 400 euros par ménage en 2007.

L’étude RegioData distingue trois catégories de pays, en fonction du pouvoir d’achat rapporté à celui de l’Autriche. En tête de cette catégorie, avec un pouvoir d’achat plus élevé de 40 % à celui de l’Autriche, se trouve la Slovénie, avec 80%, suivie par la Tchéquie, la Hongrie, la Slovaquie, la Croatie et la Pologne.

La Roumanie, avec un pouvoir d’achat de 23,7% rapporté à celui de l’Autriche, était regroupée avec la Russie, la Bulgarie et la Turquie.

Le dernier groupe, catalogué par le journal autrichien comme étant « le groupe des vaincus », renfermait des pays comme la Serbie, la Bosnie, la Macédoine et l’Albanie, suivis « de loin » par l’Ukraine, la République de Moldavie et la Biélorussie.

Le marché du travail change et présage un niveau de revenus plus élevé

Dans un article intitulé « Le marché du travail de Moldavie : des perspectives meilleures ? », le représentant du Fonds Monétaire International à Chişinău, Johan Mathisen, affirme que les changements qui se sont produits ces derniers temps sur le marché du travail de la République de Moldavie pourraient mener à un niveau plus élevé des salaires.

Selon cet auteur, à mesure que la structure générale de l’économie et du marché du travail deviendront similaires aux autres pays en processus de transition, il est possible que « l’excès » de main d’œuvre devienne de plus en plus réduit.

Apparemment, le processus de contraction du marché a déjà commencé, étant données les informations périodiques concernant l’insuffisance de travailleurs dans certains secteurs et les tentatives sporadiques d’attirer les Moldaves qui travaillent à l’étranger. Toutefois, alors qu’on peut enregistrer un déficit de main d’œuvre dans certains secteurs, au fur et à mesure du développement des nouvelles industries, il est fortement probable que la contraction du marché du travail serait graduelle. En effet, il existe peut-être encore un grand nombre de personnes disposées à obtenir un emploi en cas d’amélioration des perspectives quant au lieu de travail.

Ces tendances contribueront à l’accélération du processus de convergence des revenus (pour arriver le plus vite possible aux standards de vie européens). Mais les changements dépendent assurément de l’amélioration du milieu des affaires pour attirer les investissements nécessaires, de la garantie d’un cadre législatif qui soutienne la flexibilité entre les divers secteurs, mais aussi du maintien d’une corrélation étroite entre l’augmentation des salaires et l’augmentation de la productivité, concluait Johan Mathisen.

Néanmoins, il reste encore beaucoup d’efforts à faire dans ces directions pour atteindre les standards européens.

Article publié sur http://www.eco.md/article/5238/, traduit par Ion Ciobanu. Relecture - Michèle Chartier.

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