Une vision des relations moldo-transnistriennes

Le gouffre qui sépare la Transnistrie et la Moldavie ne cesse de s’agrandir… officiellement.

Depuis l’élection de Voronine en 2001 à la présidence moldave, chaque parti tente de prendre l’ascendant sur l’autre. Depuis 2001, malgré la structure pentalatérale des négociations (constituée de la Moldavie, de la Transnistrie et des trois médiateurs que sont la Russie, l’Ukraine et l’OSCE) ces dernières sont au point mort. Depuis 2001, chacun prend le temps de critiquer et de dévaloriser l’autre. Bref, depuis 2001, c’est le statu quo qui règne entre la Moldavie et la Transnistrie.

Toutefois, le centre géostratégique de Chisinau évalue que 60 à 80 % de l’essence, des cigarettes et de l’alcool de Moldavie, hors Transnistrie, proviennent de cette même Transnistrie [1]. Il est évident que le Président Voronine en qualifiant l’état séparatiste de « trou noir » ne prend pas de risque, mais il omet bien volontiers de citer l’implication de son territoire et les profits que génèrent ces trafics pour celui-ci.

Ainsi, certains groupes influents à Chisinau ne trouverait-ils pas leur compte dans l’existence de cette région insoumise ? Les relations entre les deux rives du Dniestr en surface détestables, ne pourraient-elles pas en réalité être parfaitement rôdées ?

Le mémorandum Kozak (2003) [2] a le mérite d’être cité. Après des mois de négociations secrètes entre la Russie, la Moldavie et la Transnistrie, le Président Voronine s’apprêtait à signer ce mémorandum largement favorable à la cause transnistrienne. C’est la pression européenne qui a rattrapé le président moldave dans son élan euphorique voué à la résolution du conflit et qui a empêché, in extremis, la signature du document.

A la suite de cet incident, le dirigeant moldave a effectué un brusque et surprenant revirement vers l’Ouest. Ce revirement est-il sincère ou n’est-il destiné qu’à brouiller les pistes, Voronine jouant un double jeu ? Si tel était le cas, le pari gaullien [3] de Poutine que pose Florent Parmentier pourrait s’avérer exact.

Michael Alcibar, étudiant en master de géographie (Bordeaux)

[1Agnès BON - « Moldavie 2000-2001 : retour vers le futur », Courrier des pays de l’Est, n°1020, novembre-décembre 2001

[2Lancé et soutenu par la Russie, dans sa version finale (le Mémorandum Kozak), stipule la création d’une fédération de type asymétrique où la Moldavie, la Transnistrie et la Gagaouzie s’associeraient pour partager la souveraineté de l’État moldave. Chaque sujet de cette fédération jouirait d’un appareil d’État, d’une législation, d’un budget et d’un patrimoine distinct.

[3Florent PARMENTIER - La Moldavie à la croisée des chemins, editoo, 2003, p. 114