Une transition « apaisée » : l’Alliance pour l’Intégration Européenne va poursuivre sa tâche

Gilles Ribardière
Gilles Ribardière

Article par Gilles Ribardière

Les médias en France couvrent les événements politiques de l’étranger la plupart du temps lorsque la situation prend une tournure dramatique. Ainsi ces dernières semaines, la Tunisie, la Côte d’Ivoire font-elles, à juste titre, la une des journaux.

Fin novembre, le Belarus, avec son régime autoritaire et l’organisation de pseudo-élections présidentielles trouvait largement place plusieurs jours de suite dans nos quotidiens.

Pendant ce temps, la Moldavie, pourtant en plein processus d’évolution radicale, avec de nouvelles élections législatives, ne bénéficiait que de discrets articles. On doit vivement le regretter, car si on ne relève pas d’événements ayant une intensité dramatique comparable à ce que l’on peut mesurer dans les autres pays précités, la Moldavie offre l’exemple remarquable d’un cheminement vers une organisation tout à fait satisfaisante de la démocratie dans le pays. Ce simple fait mériterait un traitement journalistique conséquent, d’autant plus que cette situation n’était absolument pas acquise.

Mais faut-il croire que le contexte géopolitique dans lequel se situe la petite république ne mériterait pas une attention au moins aussi forte que celle portée ailleurs, à moins qu’un processus sans dramatisation excessive ne soit pas digne d’analyses exhaustives ?

Or, le contexte géopolitique dans lequel évolue la Moldavie est important. C’est un territoire qui constitue un enjeu entre « l’étranger proche » de la Russie, l’Union Européenne et la Roumanie qui partage avec la jeune république de nombreux éléments d’une même culture. Quant au processus « apaisé » en comparaison avec celui constaté en Côte d’Ivoire, Tunisie ou Belarus, il devrait constituer un exemple à méditer, sachant que les conditions ont pu aussi être remplies pour que le drame éclate.

En effet, l’explosion ne fut pas éloignée en avril 2009 suite au résultat contesté des élections législatives qui maintenait un Parti des Communistes (PCRM) à un haut niveau (près de 50% des voix). Il y eut des manifestations avec des débordements dont l’origine n’a pas été clairement élucidée et 3 à 4 victimes, sans compter les blessés et le feu mis dans les locaux de la Présidence et ceux du Parlement.

Le PCRM malgré son désir de se maintenir au pouvoir a néanmoins respecté les termes de la constitution, prenant le risque de voir son influence s’effriter. Certes, il ne le fit pas dans la nuance, de même que ses adversaires utilisèrent une rhétorique assez peu policée…Mais il joua le jeu, comme son opposition le fit aussi, laquelle maintenait un front uni ayant pour conséquence un nouveau scrutin en juillet 2009. Il s’en suivit que le PCRM dut se retirer des affaires gouvernementales, et que l’Alliance pour l’Intégration Européenne put prendre les rênes du pouvoir.

Sans revenir sur la suite des événements, on soulignera que le gouvernement dirigé par Vlad Filat a agi avec une grande intelligence ces derniers mois, permettant même de vérifier que les conditions d’un assentiment de la part de larges franges de la population n’est pas nécessairement à trouver dans le seul domaine d’un bien-être économique, mais qu’il se situe fondamentalement dans l’élargissement des libertés publiques. Or, la Moldavie en l’espace d’une année a fait des progrès considérables en matière de libertés, notamment dans le domaine des médias. Rien que ce phénomène aurait mérité de longs développements mis à la connaissance du lecteur français : ce qui se passe en Moldavie constitue une sorte de laboratoire pour comprendre comment un pays peut passer d’une situation politique plutôt verrouillée, pour ne pas dire plus, vers une situation ou le champs des possibles s’ouvre. Et pourtant le contexte économique n’est guère favorable, et bien évidemment ce que l’on constate aujourd’hui demeure d’une grande fragilité si le quotidien des citoyens ne s’améliore pas.

Si cet article se veut un hommage à l’attitude responsable de la classe politique qu’il serait judicieux de mettre en valeur en regard de ce que l’on constate dans d’autres pays, nous ne devons pas pour autant faire preuve d’angélisme : le pays n’a pas encore trouvé les réponses adéquates pour lutter efficacement contre la corruption ; le retour à un régime ne respectant pas toutes les libertés publiques reste toujours possible – mais cela devient vrai aussi dans les démocraties de tradition - ; la pauvreté est toujours là et l’économie demeure beaucoup trop tributaire des flux financiers en provenance de la diaspora.

Quant aux jeux politiques, ils sont quelque peu obscurs, ainsi qu’on a pu s’en rendre compte tout le mois de décembre 2010 après les élections du 28 novembre, avec toutefois ce facteur essentiel dans une démocratie : l’éveil d’une société civile par l’intermédiaire d’associations qui ont donné de la voix pour exiger des politiques plus de transparence dans les négociations en vue de former une majorité. Souhaitons que l’opinion soit aussi en mesure de faire part de la nécessité de confier une plus grande place aux femmes dans les rouages du pouvoir : sur 20 membres du gouvernement, on ne trouve qu’une seule femme !

A présent, il faut espérer qu’entre majorité et opposition soient mises au point des règles du jeu qui aient pour effet l’écoute réciproque : c’est ce qu’a demandé Vlad Filat lors de la présentation de son gouvernement…On peut penser à cet égard à l’éventuelle prise en compte de la proposition du PCRM en vue de la désignation d’un Président de la République par la voie parlementaire comme c’est le cas dans la constitution actuelle, mais avec possibilité au 3e tour d’un scrutin à la majorité simple.

Aujourd’hui souhaitons que le processus en cours en Moldavie soit mieux connu pour ce qu’il est : un exemple de passage pacifique vers une démocratie « apaisée », ce qui doit susciter autant d’intérêt que des événements de caractère plus dramatique qui retiennent ces dernières semaines l’attention.