Une réaction venant de Pologne

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www.moldavie.fr publie volontiers cette réaction d’un de nos lecteurs, Monsieur Zdaniuk, universitaire polonais. Bien sûr, ses propos n’engagent que lui-même, sachant qu’il nous a donné l’autorisation de publication sous réserve de corrections de forme, ce que nous avons fait.

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Cet éditorial est assez superficiel. Le clivage géopolitique pro-Russe/pro-UE est en très grande partie vrai, mais lors de ces élections il y a encore autre chose.

Le soutien de Moscou pour Igor Dodon était assez timide, car même Poutine a compris que Dodon est en fait devenu un allié (plus ou moins) masqué de Vlad Plahotniuc - le vrai maître de la République de Moldavie.

Plahotniuc, qui contrôle tout, notamment le parquet, aurait pu facilement affaiblir Dodon pendant la campagne (un grand classique : faire « fuir » des documents compromettants), mais il ne l’a pas fait. Au contraire.

L’événement le plus marquant de la campagne s’est produit la semaine dernière, quand Marian Lupu - le candidat officiel de Vlad Plahotniuc - s’est retiré contre son gré de la course (pour la petite histoire : il n’est pas allé voter ce dimanche) et - tout en étant assis à côté de Plahotniuc - a appelé à voter Maia Sandu. Tout le monde a compris qu’il s’agissait en fait d’une « boule puante » lancée contre Sandu. Lui accorder le soutien de Plahotniuc revenait à la décrédibiliser et – par voie de conséquence - à renforcer Dodon. Plahotniuc est tellement détesté par l’électorat potentiel de Sandu que son ralliement est une bouée de secours mais en béton… Et tel était bien le but.

Au final, de quoi s’agit-il ? Le grand favori est Igor Dodon qui, tout en tenant des propos pro-russes, est en fait un pur produit de l’establishment oligarchique et qui est complètement dominé par Plahotniuc. Même si Dodon devient président, Plahotniuc n’aura aucun problème pour l’affaiblir s’il en a besoin (il suffira de mettre au grand jour ce qui s’est passé dans les coulisses et de dévoiler les montants des pots-de-vin distribués lors du retournement de veste de Dodon en 2011/2012, ce qui à l’époque a permis l’élection de Nicloae Timofti).

En face, il y a Maia Sandu qui est en situation de fédérer tous les espoirs des vrais pro-européens au sens de la lutte pour un Etat de droit. Sandu est donc avant tout une candidate en faveur de l’Etat de droit et anti-establishment (la question de l’intégration européenne vient après). Mais est-ce qu’elle a les capacités et les moyens pour s’opposer au rouleau compresseur de l’establishment politique ? Ce qui est sûr c’est qu’elle n’est pas un animal politique. Sa présence lors des grandes manifestations contre la corruption était plus que timide…

Voilà, je voulais apporter ces quelques précisions. Il s’agit selon moi d’un camouflage de la part d’un cacique du système sous une couverture pro-russe, mais qui dans les faits ne dépassera pas la limite fixée par les intérêts politico-financiers de l’omniprésent Vlad Plahotniuc…

Bartłomiej ZDANIUK

Université de Varsovie