Une militante de l’union avec la Roumanie en visite à Paris

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A la fin du mois de mars, Paris a été le théâtre de rencontres très politiques ayant pour objet la Moldavie.

Compte rendu de Gilles Ribardière

Profitant du déroulement au Palais du Luxembourg d’une conférence organisée par « Cercle Moldavie » sous le patronage actif de Madame la Sénatrice, Josette Durrieu, des représentants du monde politique moldave se sont croisés – membres du gouvernement, membres de l’opposition, aussi bien de droite, que de gauche.

Ana Gutu (deuxième à gauche) aux côtés des participants à la conférence de « Cercle Moldavie »
Ana Gutu (deuxième à gauche) aux côtés des participants à la conférence de « Cercle Moldavie »

Nous en avons profité pour interroger la responsable du tout jeune parti DREAPTA (La Droite), Madame Ana Gutu.

Le dialogue avec elle s’est trouvé facilité du fait de son très fort engagement pour la francophonie : en effet, elle est membre du Conseil d’Administration et du Conseil Associatif de l’Agence Universitaire de la Francophonie, élue par les universités francophones de la région Europe Centrale et Orientale.

Il convient de souligner qu’elle est l’auteur d’un ouvrage scientifique en français - « Les pouvoirs de la langue » - qui a une dédicace qui mérite d’être ici reproduite : « Je dédie cet ouvrage à la langue française qui constitue pour moi un cadre existentiel éminent, source pérenne de nouvelles créations scientifiques et poétiques, guidant l’esprit vers la liberté de la raison. Je pense et l’écris en français, donc je suis ».

On l’aura compris, Madame Gutu est avant tout une universitaire de haut niveau, professeur de linguistique romaniste, premier vice-recteur de l’Université Libre Internationale de Moldavie. Mais la politique n’est pas qu’une annexe de ses activités académiques : ne fut-elle pas membre de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, dont elle est aujourd’hui membre honoraire, et bien sûr membre du Parlement moldave de 2009 à 2014.

On le voit, ses activités ne sont pas seulement réduites à la spéculation intellectuelle : l’engagement militant anime ses journées !

Et c’est avec enthousiasme qu’elle a accepté de prendre la présidence d’un nouveau parti ouvertement unioniste et qui s’affirme de droite, ne serait-ce que par son titre : « DREAPTA ».

Quand on sait que la réalité politique de ce pays autrefois sous le joug soviétique ne peut qu’être difficilement comparée avec la nôtre, il était indispensable d’avoir des éclaircissements… Ainsi affirme-t-elle se sentir proche des Républicains, le parti présidé par Nicolas Sarkozy.

Mais au cours de l’entretien, il semble bien se faire jour une appréciation nettement divergente concernant les relations avec la Russie de Vladimir Poutine : d’un côté, l’hostilité assumée de la part de DREAPTA, de l’autre, le souhait de la part de Nicolas Sarkozy de maintenir un partenariat étroit avec la Russie. Il faut dire que l’objectif de DREAPTA – l’unification avec la Roumanie – ne peut que heurter vivement l’ancienne puissance occupante !

Madame Gutu a conscience de cette divergence de vue avec les Républicains et semble se diriger vers une recherche plus large d’appuis de parlementaires français ; elle a été séduite en effet par la proposition de créer un groupe d’amitiés favorable à l’unification avec la Roumanie qui soit trans-partisan.

Mais ce qui intrigue l’observateur externe, c’est ce souhait d’une union qui aurait pour conséquence la fin d’un pays. En effet, Ana Gutu écarte totalement une fédéralisation qui permettrait de préserver l’identité de la Moldavie. Pour elle, en effet, l’identité de l’espace dénommé aujourd’hui « République de Moldavie » est roumaine ; avec la Roumanie affirme-t-elle, il n’y a pas de différence de patrimoine culturel immatériel. Elle nie donc fermement l’existence d’une identité moldave, sauf celle issue de l’héritage soviétique, héritage étranger donc à sa culture !

Mais n’y aurait-il pas hostilité de la part des minorités ? Selon Ana Gutu, celles-ci ne représentent que 20% de la population, et on ne saurait qualifier la Moldavie d’état multiculturel.

L’unification avec la Roumanie permettrait de se rapprocher des standards européens et d’apporter à la population, beaucoup plus sûrement que sous l’orbite russe, un mieux être qui n’est pas parvenu jusqu’à présent. En matière économique, son parti affirme du reste un libéralisme sans complexe qui soit au service d’une politique qui entend libérer les initiatives au profit de la population.

Mais ce qui caractérise l’ancrage qu’elle affirme à droite, très clairement, de son parti c’est le constat qu’il convient d’agir pour diminuer la part de fonctionnaires - qui représenteraient à l’heure actuelle 1/3 de la population active - et pour engager des réformes administratives vigoureuses, sachant que le pays ayant la dimension à peine plus vaste d’une région comme la région Nord Pas-de Calais, est divisé en pas moins de 32 « rayons » !

Bien évidemment la question des alliances possibles en vue des scrutins à venir a été abordée dans l’entretien. Mais DREAPTA constate que la plupart des partis en lice en Moldavie sont entre les mains d’oligarques, notamment Vlad Plahotniuc omniprésent sur la scène politique, ce qui exclut a priori tout rapprochement.

A la fin de l’entretien, la question demeure : que faire d’un potentiel évident de sympathie en faveur de l’union avec la Roumanie ? Ce serait en effet 25% de la population qui se déclarerait favorable à cette perspective, et une foule considérable a pu se réunir à Chisinau le 27 mars dernier pour manifester son soutien à l’unification !

En tout cas, Ana Gutu a pris son bâton de pèlerin, parcourant certains pays de l’Europe à la rencontre d’une diaspora qu’elle estime plus facilement acquise à la cause qu’elle défend.

Par ailleurs elle a pu obtenir les 4000 signatures nécessaires pour que son parti puisse être enregistré, confirmation en ayant été donnée au moment de son séjour à Bruxelles qui suivait Paris.

Voilà qui lui donne espoir de réussir dans cette entreprise !

Le 16 avril 2016