Un nouveau gouvernement en Moldavie

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Article de Gilles Ribadière

Depuis les élections de novembre 2014, il était difficile pour un observateur d’analyser sereinement la situation politique. En effet, on pouvait penser que la situation géopolitique dramatique dans la région inciterait les trois partis qui précédemment constituaient la majorité pro-européenne à s’allier de nouveau. Les années à venir exigent en effet l’engagement d’une équipe mobilisée en vue de travailler efficacement dans le cadre de l’Accord d’association avec l’UE, capable d’apporter des réponses permettant d’éradiquer la corruption, capable d’améliorer la vie quotidienne des citoyens ; il faut une équipe ayant le souci de ménager des relations équilibrées entre la Moldavie et ses voisins, que ce soit la Roumanie, la Russie ou l’Ukraine.

Le nouveau gouvernement moldave
Le nouveau gouvernement moldave

Au lieu de cela on a assisté à des discussions semble-t-il très peu de fond entre ces partis. Il fut beaucoup question du poste de procureur général, certains politiciens s’attachant à faire des propositions qui les protégeraient d’investigations qui iraient à leur désavantage.

Reconnaissons que sur ce point, le Parti Libéral, en proposant la nomination d’un procureur venant de l’étranger, à l’instar de ce qui s’est fait en Ukraine, entendait traiter une question de fond, à savoir la corruption gangrénant le pays qui est un obstacle majeur dans le processus de rapprochement avec l’UE.
Passons sur les péripéties qui ont eu pour conséquence le rejet d’un gouvernement minoritaire qu’aurait présidé Iurie Leanca, homme politique pourtant tout à fait estimable, très apprécié de l’UE, et qui a toujours tenu un discours prudent à l’égard de la Russie.

Depuis ce 18 février, un gouvernement a pu enfin être désigné. D’un certain point de vue, c’est un soulagement, car il dispense d’un retour devant les électeurs qui aurait été particulièrement risqué - aurait été assez certainement désignée une majorité résolument tournée vers la Russie, avec pour objectif la dénonciation de l’Accord d’association avec l’UE.

Mais on est malgré tout en droit de ne pas être très satisfait et d’être inquiet. Tout d’abord la personnalité du Premier Ministre est contestée par un certain nombre d’analystes. Disons que son statut de chef d’entreprise (Moldcell, puis Azercell) n’est pas du goût de tout le monde, avec des soupçons gênants de corruption.

Ensuite, inquiétante est la majorité obtenue. Celle-ci est l’addition des voix des élus du Parti Libéral-Démocrate auquel appartient le premier ministre Chiril Gaburici, du Parti Démocrate et … du Parti des Communistes qui par la voix de son leader a agrémenté son soutien de la formule suivante très surprenante :« On a besoin de voter en faveur d’un gouvernement qui soit capable de faire face aux problèmes urgents (on ne peut que l’ approuver sur ce point), et voter en faveur d’une personne qui a travaillé dans une grande entreprise aidera à atteindre les objectifs avec succès (je laisse à chacun le soin de commenter ces propos ! ) ». Rappelons que ce même Parti des Communistes n’a pas soutenu l’Accord d’association avec l’UE, signature qui fut un des axes forts de la politique de l’Alliance pour l’intégration européenne lors de la législature précédente ; toutefois reconnaissons que monsieur Voronine n’a pas axé sa campagne sur un alignement avec la Russie de Vladimir Poutine comme l’a fait Igor Dodon, et que lorsque qu’il était en charge des affaires du pays, il ne déniait pas un rapprochement avec Bruxelles.

Mais le vote du PCRM en faveur du gouvernement Gaburici n’est pas une participation à une nouvelle majorité, autrement-dit, ce gouvernement pourra être à tout instant mis en minorité.

La crise politique est profonde ce que confirme le non-soutien à ce nouveau gouvernement de Iurie Leanca et de l’ancien chef du Bureau de la Réintégration, Eugen Carpov, ainsi que la réaffirmation de l’opposition du Parti Libéral pourtant idéologiquement proche du PDLM … Mais un raisonnement logique n’est peut-être pas la meilleure façon de comprendre la vie politique en Moldavie …