Un coin d’avenir en Europe

Article par David J. Kramer, Alina Inayeh et Pavol Demes.

Version française – Gilles Ribardière.

Avec un nouveau gouvernement, plus ouvert et pro-occidental, la nation de 4 millions d’habitants, située à l’est de l’Europe, pauvre mais stratégique, a la meilleure opportunité depuis des décennies pour se stabiliser et se réformer.

Demandez à la plupart des Américains et des Européens d’identifier Vladimir Filat ou de situer sur une carte la Moldavie et vous tomberez assez sûrement sur un visage interrogatif. L’un et l’autre pourtant valent la peine d’être connus. Filat est le nouveau premier ministre de Moldavie, un petit pays de 4 millions d’habitants qui a émergé suite à la dislocation de l’Union Soviétique il y 20 ans et qui est voisin de l’Ukraine et de la Roumanie. Malgré sa taille, la Moldavie est une pièce importante du puzzle qui s’attache à parachever la vision d’une Europe unie, libre, et en paix.

Filat était il y a peu à Washington afin de signer un accord avec l’organisation gouvernementale Millenium Challenge Corporation en vue d’une aide à hauteur de 260 millions de dollars et pour rencontrer des autorités nord américaines telles que le Vice Président, Joseph Biden, et la Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton. Ce séjour constitue, si on se souvient bien, la première visite officielle d’un premier ministre de Moldavie aux Etats-Unis et représente un tournant historique après huit années de gouvernement communiste rétrograde.

Vlad Filat
Vlad Filat

Il importe que la visite de Filat à Washington soit suivie du soutien énergique de la part de l’Ouest pour aider la Moldavie à intégrer la communauté Euro-Atlantique et mettre fin à sa situation isolée par rapport à l’Ouest. La Moldavie a sérieusement besoin d’aide extérieure et le gouvernement actuel regarde clairement du côté de l’ouest.

Depuis des années, la Moldavie a le triste privilège d’être le pays le plus pauvre d’Europe, d’être connue pour ses problèmes de corruption, de trafics humains, et pour la question de la région séparatiste de Transnistrie. A la suite des violentes protestations qui ont suivi les élections d’avril dernier, les Moldaves ont été de nouveau appelés aux urnes en juillet et ont infligé au leader communiste, Vladimir Voronin, et à son parti un échec majeur.

Le nouveau gouvernement, mis en place le 25 septembre 2009, s’engage dans une démarche progressiste, réformatrice, démocratique, témoignant d’un réel changement de génération. Filat, âgé de 40 ans, siège au sommet auprès de Mihai Ghimpu, Marian Lupu, et Serafin Urechean, lesquels ont formé en août la coalition « Alliance pour l’Intégration Européenne ». Toutefois les communistes détiennent 48 des 101 sièges du Parlement, ce qui suffit pour bloquer l’élection d’un nouveau président. L’impasse qui en a résulté a contraint la Moldavie à envisager des élections plus tard cette année, mettant en évidence la nécessité d’aider les forces démocratiques favorables aux réformes le plus rapidement possible.

Le nouveau gouvernement a modifié fondamentalement la façon de faire de la politique, la communication avec le public, et ainsi l’image de la Moldavie aux yeux de la communauté internationale a changé pratiquement du jour au lendemain. Jamais la Moldavie et l’Ouest n’ont probablement connu meilleure opportunité qu’avec ce nouveau gouvernement.

Tout visiteur de la Moldavie ces derniers mois peut être le témoin du nouvel espoir, de l’énergie, de l’ouverture qui se manifestent dans ce pays si négligé. L’attitude du nouveau gouvernement au regard des médias et de la société civile a profondément changé et ce pour le meilleur. Par ailleurs, Filat et ses collègues sont désireux de tendre la main vers les voisins de la Moldavie, et en particulier vers celle de l’Union Européenne, avec un ambitieux programme destiné à aider le pays à effacer le temps perdu avec le précédent gouvernement. Il faut noter que la Moldavie est passée de la stagnation à une démarche de démocratie libérale pendant la crise économique et financière mondiale, qui a frappé plus durement les économies les plus vulnérables de l’Europe Centrale et de l’Est.

Filat et ses collègues, tirant les leçons des succès et échecs d’autres nations post-communistes (telles que la Géorgie et l’Ukraine), ont une grande chance de conduire leur pays vers la stabilité et la prospérité, mais à la seule condition que l’Union Européenne et les Etats-Unis confirment leurs promesses d’aider cette fragile démocratie par leurs conseils et leur assistance concrète. C’est seulement à ce prix que la Moldavie réussira.

Si reconstituer l’économie et construire les institutions sont les principales priorités, résoudre le problème séparatiste transnistrien apparaît important également. La Russie a refusé de retirer de la région ses 1200 soldats appartenant « aux forces du maintien de la paix », ainsi que les armes, et ce malgré l’engagement pris aux termes des accords d’Istanbul de 1999.

Le nouveau gouvernement de Chisinau, capitale de la Moldavie, a réclamé le départ des forces russes, et l’Ouest devrait intensifier son soutien en faveur de cette position basée sur le principe de l’accord du pays hôte. Le précédent gouvernement ne réclama qu’en parole le retrait des forces russes et fut sur le point de signer en 2003 le néfaste « Plan Cosaque », aux termes duquel la présence russe se serait accrue dans la région.

Les nouveaux leaders de Moldavie admettent que des réformes profondes et immédiates sont la seule voie pour évoluer. Ils semblent bien avoir la volonté de s’embarquer dans cette voie des réformes sans attendre une promesse ferme d’intégration dans l’Union Européenne, ou se plaindre d’une absence de promesse. Cette attitude en fait une exception dans une région où cette promesse constitue le seul motif pour réformer. Rien que cela devrait inciter l’Union Européenne à être sérieusement attentive à la Moldavie, nouvel espoir pour un voisinage longtemps troublé. A son crédit, et en compensation de l’intérêt sporadique porté sur les problèmes du pays, l’Union Européenne est allée au devant du nouveau gouvernement Moldave en engageant immédiatement les négociations en vue d’un accord d’association. Le pays est aussi pleinement engagé dans le Partenariat Oriental, instrument mis en place par l’Union Européenne en vue d’une coopération approfondie avec la Moldavie et cinq autres pays de l’Europe de l’Est et du Caucase.

Les réformes sont le moteur du développement, ce qui a un coût politique, coût que la Moldavie ne peut pas payer trop tôt au risque sérieux de retourner dans un système fermé et stérile. C’est la raison pour laquelle, en plus de l’action de l’Union Européenne dans le domaine économique, des efforts devraient aussi être engagés pour aider les mass media à s’emparer de cette liberté nouvellement conquise, en encourageant la société civile à être partie prenante de la décision politique et à renforcer leur rôle de vigie, et en accentuant le contrôle parlementaire sur les actions du gouvernement. La mise en place de solides éléments propres à un système démocratique est la seule garantie pour éviter un retour en arrière. De plus, une Moldavie économiquement attractive et politiquement stable sera en meilleure position pour négocier un règlement correct du conflit de Transnistrie et séduire l’autre rive du Dniestr. Mais la question de la Transnistrie ne saurait devenir une excuse pour arrêter la réforme. La Moldavie ne peut se permettre ce luxe – ni du reste l’Ouest.

Source : http://www.businessweek.com

Le 2 février 2010