Soirée de lancement de l’ouvrage de Florent Parmentier

De gauche à droite : Oleg Serebrian, ambassadeur de la Moldavie en France, Florent Parmentier et Pascal Montagnon, attaché de presse à SciencesPo
De gauche à droite : Oleg Serebrian, ambassadeur de la Moldavie en France, Florent Parmentier et Pascal Montagnon, attaché de presse à SciencesPo

C’est devant un public choisi que Florent Parmentier a présenté son nouveau livre, Les chemins de l’Etat de droit. La voie étroite des pays entre Europe et Russie, tout juste paru aux Presses de SciencesPo, le 23 septembre 2014 à l’Ambassade de Moldavie. Son précédent ouvrage, Moldavie. Les atouts de la francophonie, avait été réalisé grâce à la complicité du Cercle Moldavie (anciennement « Les Moldaviens »).

La présentation de l’ouvrage a permis de dévoiler quelques « secrets de fabrication » de celui-ci. L’auteur a rappelé son attachement à lancer le livre à l’Ambassade de Moldavie, pour la maison d’édition de son institution de cœur. Il avait d’ailleurs déjà publié un chapitre sur la Moldavie pour un ouvrage sous la direction de Jacques Rupnik – son préfacier – paru aux Presses de SciencesPo en 2007, et le refera d’ailleurs à nouveau dans quelques mois ! Ce livre est le fruit de plusieurs années de travail, après la conclusion d’une thèse en 2009. Au départ, l’auteur avait pensé le publier pour le Sommet de Vilnius du Partenariat oriental, en novembre 2013 ; mais il n’est finalement sorti qu’en août 2014, après bien des tourments en Ukraine.

L’auteur a pu ensuite expliquer les grandes lignes de son ouvrage : il a voulu clarifier ce qu’on met derrière le concept d’ « Etat de droit », souvent confondu avec celui de démocratie. Il faut considérer l’Etat de droit non seulement sous un angle juridique, mais aussi avec une perspective de science politique : un Etat de droit est une somme de rapports politiques et sociaux permettant une autolimitation des pouvoirs de l’Etat.

Florent Parmentier jette ensuite la lumière sur ce qu’il nomme « l’optimisme institutionnel » des Européens : leur croyance dans la transformation possible de ses proximités géopolitiques en exportant leurs institutions. Toutefois, cet espoir se heurte aujourd’hui à des conditions locales plus compliquées que pour les pays de l’élargissement dans les années 1990.

Face à l’optimisme institutionnel, on rencontre parfois le « pessimisme culturel », issu d’une tradition intellectuelle qui plaide moins pour le changement que l’approche par les institutions. Cette perspective se heurte toutefois aux souhaits des citoyens, lorsque ceux-ci revendiquent le fait de vivre dans un Etat de droit. La conclusion ne conduit pas à l’impasse : c’est à une véritable sociologie historique de l’Etat de droit que nous invite à réfléchir l’auteur, dans le temps et dans l’espace. Après tout, le « printemps arabe » de 2011 a été un formidable moment d’optimisme institutionnel (« les manifestants sont l’incarnation d’une demande universelle de démocratie »), puis de pessimisme culturel (« les sociétés concernées ne sont pas prêtes pour un système inspiré du libéralisme politique à l’européenne »).

Interrogé sur le fait de savoir ce que les événements récents en Ukraine changeaient à son ouvrage, Florent Parmentier a précisé que les manifestations sur la place Maïdan ne faisaient que confirmer l’hypothèse selon laquelle de nombreux citoyens rejettent un Etat arbitraire et souhaitent épouser un Etat de droit, à même de les protéger de leurs élites prédatrices. Ce moment « EuroMaïdan » a incité les Européens à un grand optimisme institutionnel par rapport aux transformations en cours : l’Ukraine reprenait sa marche vers l’Etat de droit. Toutefois, a-t-il concédé, la question de la guerre et de ses conséquences prévisibles sur la formation d’un Etat de droit reste à préciser. Le conflit en Ukraine va-t-il empêcher de créer des institutions adéquates dans ce pays ? A contrario, la perte d’une partie du territoire ne va-t-elle pas contraindre ce pays à construire sérieusement des institutions sur le modèle européen ?

Chacun pourra avoir son propre avis grâce à la grille de lecture proposée par l’ouvrage.