Regard versé sur les défis de la Moldavie

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La thèse qu’a défendue Michael Lambert* à la Sorbonne met en avant la relation tumultueuse entre la Moldavie et la Transnistrie, mais surtout entre l’Union européenne et la Russie dans ce "no man’s land” géopolitique. La Moldavie est ainsi décrite comme un pays que chacun des deux protagonistes souhaite attirer, mais sans pour autant oser lancer une offensive de grande ampleur pour y parvenir, et ce par crainte des représailles diplomatiques.

L’auteur décrit un jeune État qui se retrouve tragiquement en proie aux tensions militaires, abandonné à la corruption massive de ses élites et au jeu politique des Européens qui parlent de cette région, mais refusent d’y mettre les pieds, et lui confèrent un ensemble de stéréotypes post-soviétiques, sans même savoir où la situer sur une carte.

Si cette recherche souligne l’importance de la lutte contre la corruption, elle met également en avant la puissance moldave, oubliée par les habitants eux-mêmes. Pour l’auteur, la Moldavie est avant toute chose le pays des tomates, le premier légume pour les exportations agricoles mondiales, essentiel dans la majorité des plats italiens, français, et même américains.

Outre son potentiel conséquent sur le plan agricole, déjà connu des anciens Soviétiques et des Russes, c’est le vin qui reste au cœur des attentions. La Moldavie est présentée comme un géant dans ce secteur, en proie aux embargos russes et au snobisme des Européens et des Turques qui préfèrent les vins d’Europe de l’Ouest.

Michael Lambert ne manque pas de rappeler que les vins moldaves, roumains ou géorgiens, sont pourtant ceux de nos ancêtres, par contraste avec des produits, comme le beaujolais nouveau, qui sont de purs produits du marketing. Le vin moldave présente toutes les caractéristiques d’un produit rare, un goût allant de l’authentique au sophistiqué, et les caves de Cricova, les plus vastes au monde, méritent un détour pour tous les amateurs.

L’auteur voit dans la Moldavie une puissance en devenir, qui pourrait facilement se hisser au niveau des pays les plus prospères, sous condition qu’elle lutte activement contre les abus des élites, mise sur les exportations massives à destination de la Chine, en jouant sur l’appellation “Vin d’Europe”, et accepte des réformes profondes, notamment en matière d’énergies renouvelables et d’éducation.

Le conflit avec la Transnistriene manque naturellement pas d’attirer l’attention de l’auteur, qui y passe ses vacances à plusieurs reprises et apprécie les nombreuses similitudes avec certains pays d’Europe. En effet, si la Transnistrie clame haut et fort son attachement à la Russie, cette affiliation est avant tout affaire de pragmatisme, mais les élites transnistriennes n’ont en pratique aucun intérêt à voir naitre une compétition des entreprises russes, et encore moins à rejoindre la Fédération. Un rattachement à la Russie serait tout simplement catastrophique pour les habitants de cette enclave et engendrerait une chute massive des financements alloués par Moscou.

Au contraire, la Transnistrie et la Moldavie devraient innover en matière géopolitique et dépasser le clivage Est-Ouest, tout en n’ayant pas peur de se penser comme pays autonomes, la prospérité étant affaire de bonne gestion gouvernementale et locale, et non pas d’affiliation diplomatique.

Ce travail de recherche contribue ainsi à apporter une vision moderne du pays, mais surtout à mettre en avant les défaillances de l’Union européenne en matière de lutte contre la corruption, tout en pointant le retard et la vision stéréotypée des Européens de l’Ouest par rapport aux experts polonais et estoniens.

C’est donc en fervent défenseur de la Moldavie et de son charme atypique que l’auteur incite à venir visiter un pays au climat et au charme “similaire à celui de la Bourgogne”, pittoresque, authentique et plus humain. L’auteur s’attache à ne pas uniquement envisager la Moldavie comme région devant choisir son affiliation, subissant les constants assauts du soft power européen et du hard power russe, mais à devenir plus autonome et à se penser comme pays devant jouer sur son caractère multiculturel pour s’imposer diplomatiquement auprès de ses partenaires.

M. Lambert (le troisième à gauche) anime une Conférence à Gdansk sur la Moldavie
M. Lambert (le troisième à gauche) anime une Conférence à Gdansk sur la Moldavie

* Dr. Michael E. LAMBERT, né le 06 avril 1988 à Villeneuve Saint Georges (France)

Titre complet de la thèse de doctorat en histoire des relations internationales et de l’Europe : "Les stratégies de mise en place du soft power de l’Union européenne dans les États du Partenariat oriental"

Mention : Très honorable

Établissement : Université de Paris-Sorbonne

Le 9 février 2017