Premier tour des élections en République de Moldavie

Article de Gilles Ribardière

Le premier tour de l’élection présidentielle en République de Moldavie n’a pas fait l’objet de développements importants dans la presse française.

A tort, car l’enjeu dépasse largement les limites de cet Etat de modeste dimension, mais d’une extrême vulnérabilité. En effet, il est amputé d’une étroite langue de terre, la Transnistrie, qui est inféodée à la Russie de Vladimir Poutine, étant située à quelques encablures de la Crimée. Moscou peut donc trouver un intérêt d’étendre son influence sur l’ensemble de la République de Moldavie et pour ce faire elle peut compter sur le relais du Parti des Socialistes de Igor Dodon, arrivé en première position à l’occasion de cette élection.

Il serait par ailleurs vain de calquer notre grille d’analyse d’une élection se déroulant dans un état membre de l’UE pour comprendre les résultats de ce scrutin : le clivage n’est pas à rechercher dans notre traditionnel gauche/droite ; en fait, si l’on analyse à gros trait, le clivage se fait, d’un côté, entre partisans d’un rapprochement avec la Russie - essentiellement des russophones, et, de l’autre, entre partisans de la poursuite du processus d’intégration avec l’Union Européenne - majoritairement roumanophones. A l’intérieur de ces deux pôles, il y a d’autres clivages, en particulier du côté des partisans du rapprochement avec l’Union Européenne -on y trouvera des démocrates, ainsi que des libéraux.

Le débat sur la meilleure façon d’éradiquer la corruption guidera aussi le citoyen dans son attitude. On peut penser qu’il se réfugie dans l’abstention pour une grande part : ce 30 octobre, un peu plus de la moitié des inscrits ne se sont pas déplacés !

D’autres facteurs entrent en ligne de compte pour comprendre le comportement des électeurs, comme l’appartenance à telle ou telle tranche d’âges (les personnes de plus de 55 ans ont majoritairement voté Igor Dodon), ou le fait d’habiter dans la capitale où Maia Sandu obtient plus de 48% des voix.

Les deux candidats arrivés en tête sont donc Igor Dodon, dont la proximité avec Vladimir Poutine ne fait pas mystère et qui obtient 48,2% de bulletins, alors que Maia Sandu – pro-UE déclarée - atteint 38,4 %.

Derrière, le meilleur score est celui de Dmitri Ciubasenco, soit 6,03%, ce qui est faible et permet de considérer que les électeurs ont dès le premier tour voté « utile ».

Il apparaît que le second tour sera serré, l’issue dépendant pour l’essentiel de ce que fera l’électorat de Dmitri Ciubasenco du « Partidul Nostru », indépendamment des consignes que pourra donner son leader Renatii Usatii.

Le 13 novembre, jour du second tour de scrutin, est une date importante. Soit elle ouvre la voie à la remise en cause du traité d’association avec l’UE, comme le préconise Igor Dodon, au profit d’un rapprochement net avec Moscou, soit elle permet de poursuivre le chemin vers une plus grande intégration européenne, telle que proposée par Maia Sandu. Mais on sait que l’UE ces derniers mois ne fait plus rêver…

Le 31 octobre 2016