Perplexité …

Article de Gilles Ribardière

Perplexité … Voilà le premier mot qui vient à l’esprit à l’annonce de la nouvelle de la « fin » de l’Alliance pour l’Intégration Européenne.

Tandis que le Président du Parlement, Marian Lupu, et le Ministre des Affaires Etrangères et de l’Intégration Européenne, Iurie Leanca, ont récemment exprimé à Paris leur volonté de tirer leur pays vers les rives de l’Union Européenne, le Premier Ministre Vlad Filat dénonce l’accord de constitution de l’Alliance pour l’Intégration Européenne.

Voilà qui fait désordre alors que les négociations avec l’Union Européenne sont lentes, pour ne pas dire laborieuses, bien que Bruxelles délivre des brevets de satisfaction à la Moldavie de manière constante.

Ici nous nous garderons bien de porter un jugement sur l’attitude du Premier Ministre. On sait que les relations entre partenaires de l’AIE sont difficiles depuis le début. Mais veut-il par cette manœuvre déboucher sur un renforcement de son autorité par rapport à des leaders d’autres partis pour mieux aborder la nouvelle étape de négociations avec l’UE ?

Disons-le nettement, la démarche est risquée. En embuscade, il y a le Parti des Communistes qui devrait se réjouir d’une crise qui le remet en selle ; il y a la Russie qui aimerait bien retrouver une influence dominante sur ce territoire autrefois partie de l’Union Soviétique.

Quant à l’Union Européenne, certains de ses membres seraient trop heureux de freiner l’arrivée d’un nouveau candidat du fait qu’ils sont réfractaires à l’heure actuelle à son élargissement.

Nous l’avons écrit à plusieurs reprises dans www.moldavie.fr, la lenteur du processus d’intégration de la Moldavie semble bien être le fruit d’une erreur d’appréciation de la part de certains pays de l’Union Européenne, et d’une certaine manière la crise actuelle est une conséquence de ce qu’il faut bien considérer comme un piétinement des négociations … Bruxelles a été moins regardant parfois quant à la situation de certains Etats pourtant aujourd’hui adhérents ou ayant le statut d’Etats engagés dans le processus d’adhésion. Si avait été donnée une perspective claire à la Moldavie, il se peut que même si crise politique interne il y aurait eu, ses conséquences auraient été moins risquées qu’elles ne le sont aujourd’hui.

Aujourd’hui les réticences que certains peuvent avoir quant à une adhésion future de la Moldavie vont s’accentuer, d’autant qu’éclatent fort « opportunément » des affaires de corruption (comme si elles étaient absentes parmi les 27) !

On peut craindre par ailleurs que la part de population qui a mis ses espoirs dans la perspective d’une entrée dans l’Union Européenne se détourne des politiciens qui s’étaient engagés à concrétiser cette perspective, autrement dit, par son désengagement contribue à ouvrir la voie au retour à terme d’organisations politiques moins soucieuses de mettre en œuvre les standards Européens (les libertés publiques, par exemple) et ayant le regard tourné plus volontiers vers la Russie …

Alors, pour avoir une meilleure chance d’écarter de tels risques, il convient certes que les élites politiques du pays gèrent au mieux la crise ouverte, qu’ils le fassent avec raison, mais dans le même temps il faut que les négociations avec l’Union Européenne se poursuivent, s’accélèrent même, ce qui dépend avant tout de Bruxelles et des pays membres, dont la France.