Paris à Corjeuţi : le village avec des maisons construites par des Moldaves qui travaillent en France

Plus de 1000 habitants du village moldave de Corjeuţi (situé dans le nord de la Moldavie) travaillent à l’étranger. La plupart d’entre eux sont à Paris et reviennent de temps en temps chez eux où ils se font construire des maisons comme dans l’Ouest. En plus, il y a des lignes directes de bus reliant leur localité de la ville sur la Seine. A part cela, un restaurant au nom parisien y a récemment été ouvert.

La crise n’a pas touché le village de Corjeuti, situé dans le nord de la Moldavie. Les villageois, dont les cours sont pleines d’amas de sable, pierre et ciment, s’acharnent à construire de très fastueuses maisons. Tout en s’inspirant de ce qu’ils voient dans l’Occident, les habitants de Corjeuti concourent quant à l’aspect et à l’originalité des maisons. Entourées d’enceintes en fer ou en pierre, ornées d’arbustes décoratifs, de gazons avec des fleurs sélectes, les constructions ont une chose en commun – elles sont toutes construites avec de l’argent gagné en travaillant d’arrache-pied en France. Mais, malgré tout, les villageois sont très fiers de leur village qu’ils appellent „la France de chez-nous“.

« Les habitants de Corjeuti sont laborieux. La plupart d’entre eux partent en France pour travailler à Paris ou dans la banlieue. Ils se font ensuite bâtir de très jolies maisons, mais, à ces fins, ils travaillent vraiment beaucoup. Les hommes travaillent dans les constructions, tandis que les femmes soignent des vieux. Comment se débrouiller autrement ? Ma voisine, ancienne professeure d’histoire, est à Paris depuis trois ans. Elle revient souvent, parce qu’elle a des lopins de terre ici. Elle a aidé son enfant à se construire une maison et à s’acheter une voiture » raconte Elena Pătraşca, tout en appréciant ses villageois dissipés dans tout le monde, mais qui n’oublient pas leurs maisons. Son époux part lui-aussi occasionnellement en France. « J’ai fait toute sorte de boulots : j’ai bâti, j’ai démoli, j’ai coltiné. Je ne suis pas grand spécialiste, mais je me débrouille. Mon compère me signale quand il y a du boulot et je pars tout de suite. J’ai des enfants, donc j’ai besoin d’argent. », dit Petru Pătraşca (51 ans).

Des maisons comme dans les magazines

Selon les données de la mairie du village, 1300 personnes sur le total de plus de 7 500 habitants du village travaillent à l’étranger. « Ils viennent, se font construire une maison et repartent », racontent les vieux.

Vadim Grib (32 ans) est parmi ceux qui gagnent leur vie à l’étranger. Nous l’avons trouvé une pelle aux mains. Il est rentré en Moldavie depuis deux mois et n’a perdu aucun instant. Il travaille à la construction de sa maison commencée il y a cinq ans. Il reconnaît que des contraintes financières l’ont forcé à partir travailler en France, mais il n’a jamais songé à s’installer dans ce pays. Avec l’argent qu’il gagne, il a commencé la construction d’une maison comme dans l’Ouest.

« Je suis menuisier, mais j’ai très vite appris à faire du tout. Je travaille dans une ville près de Paris et je gagne à peu près 60-70 Euros par jour. En faisant des économies, j’ai pu, peu à peu, accumuler la somme nécessaire pour me faire construire une maison à un étage. Si je restais dans le village, je n’aurais jamais pu avoir une telle maison », avoue notre interlocuteur.

En construisant des maisons pour des Français, il a appris beaucoup de secrets de ce métier. « Ma maison suit un modèle que j’ai vu dans un magazine polonais, tandis que le système électrique et celui de chauffage est du type français. J’ai apporté de France l’idée, ainsi que certains instruments », dit le jeune homme qui va prochainement repartir dans la banlieue parisienne.

Tandis que Vadim Grib rentre à Corjeuti pour se construire lui-même sa propre maison, d’autres Moldaves préfèrent envoyer mensuellement de l’argent et de voir leurs maisons toutes prêtes à leur retour en Moldavie. « J’ai des voisins qui sont partis. Certains - avec toutes leurs familles, d’autres ont laissé les enfants à la maison et ils reviennent de temps en temps pour les revoir. La plupart envoient de l’argent et leurs parents leur construisent des maisons ou rénovent les maisons existantes. Il arrive parfois qu’à leur retour les maîtres n’aiment pas la qualité des travaux et ils font tout démolir et recommencent dès le tout début », plaisante Natalia Niculica (33 ans).

« C’est bien que les gens reviennent dans leur village et y font des investissements. Le village a changé d’aspect et nous en sommes fiers. D’autre part, quand nos compatriotes qui reviennent de l’étranger voient les routes, les prix, ils se précipitent de repartir », ajoute la dame.

100 Euros pour arriver à Paris

La France étant devenue la seconde patrie pour beaucoup d’habitants de Corjeuţi, dans le village il y a un restaurant au nom français – « A Paris ». C’est le résultat des investissements de deux Moldaves qui ont travaillé dans l’hexagone. « Le restaurant a été ouvert tout récemment et la salle de fêtes est déjà réservée jusqu’au mois de novembre. C’est un restaurant très joli, parfait pour la célébration des mariages et d’autres événements », dit Dorina Costeţchi (54 ans), qui nous a guidés à travers les rues avec des maisons comme en France.

Des lignes directes de bus Corjeuţi-Paris sont à la disposition de ceux qui font la navette entre les deux pays. «  Il y a plusieurs lignes régulières. En plus, des gens qui partent pour Paris amènent souvent des passagers. Mon mari voyage deux-trois fois par mois, le prix du billet est de 100 Euros“, nous fait savoir Aliona Chitic.

Les habitants de Corjeuţi ne sont cependant pas encore satisfaits du niveau de développement de leur village. Or, tandis que les maisons sont comme dans l’Occident, les routes sont … comme en Moldavie. Les autorités promettent des changements. « En partenariat avec l’Agence de Développement Nord, nous avons gagné un projet qui inclut, entre autres, la réparation de la rue Mihai Eminescu, y compris des trottoirs et de deux stations de bus. En plus, cette année-ci, nous commençons la réparation de la rue centrale », promet Vasile Patraşca, ingénieur-technicien à la mairie du village.

Notons pour conclure que 1 300 habitants de Corjeuţi travaillent à l’étranger, la plupart - en France.

Article de Virginia Dumitras repris sur http://adevarul.ro/moldova/actualitate/parisul-dela---corjeuti-arata-comuna-case-ridicate-moldovenii-lucreaza-franta-1_5192683d053c7dd83f9a2dde/index.html

Traduit pour www.moldavie.fr

Le 28 mai 2013