Où sont les écologistes moldaves ?

Florent Parmentier
Florent Parmentier

Article par Florent Parmentier disponible en version roumaine sur www.ape.md

Les mouvements politiques écologistes ont progressé partout en Europe depuis maintenant plus de deux décennies. Parti des pays d’Europe du Nord et en Allemagne, la vague écologiste touche aujourd’hui également bien d’autres pays européens. La France ne fait pas exception : la gauche française s’est traditionnellement appuyée sur le parti socialiste et le parti communiste. Elle compte maintenant un allié de plus en plus puissant, qui s’est affirmée comme la deuxième force de la gauche, avec le parti « Europe écologie » qui a pris la succession des « Verts ».

En France, tout semble nous ramener à l’impératif écologiste : dès lors qu’une inondation est déclarée, qu’une marée noire apparaît ou qu’une pollution chimique se manifeste, on ne manquera pas de s’interroger sur les différents ressorts de la crise environnementale actuelle : réchauffement climatique, déforestation, épuisement des ressources énergétiques des matières premières, disparition d’espèces animales ou végétales, tous ces maux font parti de notre vie quotidienne depuis maintenant fort longtemps.

C’est donc avec surprise et intérêt qu’une oreille française entend les commentaires de certains politiques moldaves à propos des inondations en Moldavie du mois d’août dernier : la polémique majeure semble-t-il ne portait pas sur la politique environnementale qu’il convenait de mettre en place en de pareilles situations, mais plutôt sur l’origine géopolitique de ces inondations. Ainsi, un État voisin, en l’occurrence la Roumanie, aurait fait céder les digues pour sauver la ville de Galati située à plusieurs centaines de kilomètres de là. Que cette accusation ne soit rien d’autre qu’extravagante est une chose, elle met toutefois le point sur une différence fondamentale qu’on peut trouver entre la France et la Moldavie : une importance extrême accordée l’histoire et la géopolitique, deux outils d’analyse qui ne manque certes pas d’intérêt, mais qui oublient parfois de faire la part des choses.

En France, un tel incident quelques semaines avant des élections décisives auraient dû renforcer mécaniquement la position du mouvement écologiste. Or, aucun parti ne se revendiquant de l’écologie n’a émergé lors du scrutin du 28 novembre : le seul parti se revendiquant ouvertement de l’écologie n’a obtenu qu’un gros millier de voix. Tous les principaux partis avaient fort logiquement mis l’accent sur les conditions de sortie de crise de la Moldavie et de la lutte contre la pauvreté, délaissant totalement les questions écologiques. Que l’environnement soit une préoccupation des pays riches n’a rien d’étonnant : lorsque l’élargissement aux pays d’Europe centrale a été effectué, les clauses écologiques sont celles qui ont mis le plus de temps à être mis en œuvre par les états candidats. Sans un certain niveau de développement économique, il est peut-être très difficile de mettre en place un modèle de croissance fondée sur des bases environnementales solides, et une politique publique adaptée.

D’ailleurs, l’électorat écologiste en France attire bien davantage les classes moyennes et supérieures que les classes populaires, ce qui conforte l’idée selon laquelle « l’écologie est l’apanage des plus riches ».

Pourtant, si l’environnement est un sujet de population majeure parmi les opinions publiques des pays riches, cela reste un problème pour tous : lorsque les pays riches ont trouvé un moyen de lutter contre les effets du changement climatique, les plus pauvres se trouveront certainement dans une situation bien plus compliquée. Il sera alors bien temps de se demander pourquoi il faut chercher une origine géopolitique à tout phénomène et non une solution à des problèmes bien réels. Étant donné l’importance grandissante accordée par les opinions publiques ouest-européennes à la question environnementale, être un pays vertueux dans ce domaine peut ouvrir à la Moldavie de nouvelles perspectives. Après tout, la lutte contre les gaspillages énergétiques et le développement d’énergies renouvelables sont autant un geste écologique qu’une nécessité économique.

Dr. Florent Parmentier, est directeur de programmes et enseignant à Sciences Po Paris, et vice-président des « Moldaviens » (www.moldavie.fr). Il a publié « Moldavie. Les aoûts de la francophonie » paru aux Editions Non Lieu (Paris 2010) et traduit en roumain – « Moldova. Atuurile francofoniei » (Chisinau, ARC, 2010).