Olesea Savca, entre Chisinau et Strasbourg : « Nous faisons gratuitement la publicité du pays »

0 vote

Elle a quitté le pays il y a 10 ans avec un diplôme dans sa poche et deux expériences professionnelles. Après une « escale » professionnelle a Bucarest, elle est partie à Strasbourg pour se faire employer dans le cadre de la Commission de Suivie des 47 pays-membres. Olesea nous a expliqué pourquoi Chisinau est comme une locomotive qui a perdu ses wagons et quelle est la valeur ajoutée qu’apportent les migrants moldaves.

Olesea Savca
Olesea Savca

« Quitter le pays a été une vraie provocation et je l’ai fait parce que j’ai eu besoin d’un horizon plus large, je désirais connaître beaucoup de nouvelles choses. Au début, je suis partie à Bucarest où j’ai travaillé dans le secteur privé pour la succursale d’une entreprise étrangère que j’ai fondée et administrée pendant une année et demie. Ça a été une très intéressante et utile expérience de gestion pour mon ascension. Dans cette période-là, je suis tombée amoureuse de Bucarest qui est devenue ma chère ville », se rappelle Olesea.

« Mon diplôme obtenu en Moldavie ne sert à rien sur le marché du travail de France »

Olesea habite en France depuis 7 ans. Une fois arrivée dans un pays européen plus éloigné que la Roumanie, Olesea a découvert que son diplôme d’études n’avait aucune valeur à Strasbourg.

« En France, j’ai compris que le diplôme obtenu en Moldavie ne servait à rien. Voilà pourquoi, je me suis inscrite aux études postuniversitaires. J’ai obtenu un diplôme de Master dans le domaine des Affaires Internationales et un deuxième Master dans le domaine des Droits de l’Homme à l’Institut des Hautes Etudes Européennes. Pendant mes études de Master, j’ai travaillé dans le domaine privé et j’ai fait trois stages professionnels : deux stages au sein du Parlement Européen et le troisième - au Conseil de l’Europe. Je suis très heureuse d’être arrivée dans cette petite ville, coquette et cosmopolite. J’aime beaucoup Strasbourg et j’ai l’impression que c’est un sentiment réciproque », raconte Olesea Savca.

Des expériences dans plusieurs institutions européennes

Le fait d’avoir dû obtenir deux diplômes de Master, l’a faite plus forte, en plus de de la riche expérience acquise dans plusieurs institutions européennes très importantes.

« L’expérience dans le Parlement Européen de Bruxelles a été très spéciale, car j’y ai eu de nombreuses occasions de rencontrer des personnes particulières, de prendre part aux divers événements et conférences qui m’ont énormément enrichie. C’est toujours à Bruxelles qu’en 2008, dans le cadre de plusieurs discussions, j’ai compris comment est conçue la Moldavie et à quoi se résument les connaissances des étrangers à propos de notre pays. A partir de ce moment-là, j’ai commencé à militer pour une autre image de la Moldavie. Mais je veux pas rentrer dans les détails, parce que c’est un sujet sensible pour moi », dit Olesea.

A Chisinau se développe vertigineusement le snobisme et le vedettisme

Les rencontres des autorités de Chisinau avec les diplomates européens ne sont pas suffisantes pour construire une image positive de notre pays. Olesea a découvert beaucoup de choses grâce aux expériences des pays européens et les courts voyages en Moldavie.

« Même si nous essayons de convaincre les officiels de Bruxelles que nous avons beaucoup fait, ce que est partiellement vrai, la République de Moldavie reste encore un pays des contrastes. La ville de Chisinau a tellement avancé ces dernières années qu’elle est devenue une des capitales les plus « glamour », dit Olesea en souriant. Mais ce n’est pas le cas dans le milieu rural qui survit dans les ténèbres, étant définitivement oublié par les autorités. Tandis qu’à Chisinau se développent vertigineusement le snobisme et le vedettisme, les villages de Moldavie s’étouffent lentement. Dans l’Occident, le village est un refuge pour les gens et une source importante de revenus provenant de l’écotourisme. Mais les villages de Moldavie sont assez loin de cette perspective, les initiatives dans ce sens étant assez modestes », affirme Olesea.

« Concernant les aspirations européennes de notre pays, j’ai l’impression que seule la ville de Chisinau réalise ce qu’implique une éventuelle intégration et seule Chisinau court vers l’UE comme une locomotive, mais qui a perdu ses wagons dans les villages sombres. Pour le reste de la population, les choses semblent beaucoup plus confuses. Il faut dire la vérité : aujourd’hui, les gens simples ne possèdent pas de culture européenne pour faire face aux engagements européens », ajoute la jeune moldave.

« La sécurité publique, le domaine de la santé, la police, l’infrastructure et surtout la qualité des services sont d’autres domaines où il y a des discrépances énormes par rapport à l’Occident », dit Olesea. « Prenons par exemple le domaine des services. Ne disposant pas de ressources dans d’autres domaines, la République de Moldavie devrait prêter des services impeccables, dès qu’on franchit sa frontière. »

Le fait que nous provenons d’un pays différent n’est pas un « handicap »

Il y a peu de Moldaves qui ont le courage de continuer leurs études à l’étranger et d’obtenir une position respectueuse dans une société étrangère. Ceci ne fait que gâter l’image de la Moldavie.

« L’embauche dans un pays étranger est difficile tant que nous nous sous-estimons. Le fait que nous venons d’un pays différent n’est pas un « handicap » et ne veut pas dire que nous sommes moins instruits. Evidemment, au début, la concurrence et la pression sont énormes, mais ultérieurement, au moment où nous réussissons à faire preuve de nos capacités professionnelles et interhumaines, les choses changent.

Je pense que la barrière linguistique peut empêcher l’accès immédiat à un job convoité et ce qui détermine beaucoup de Moldaves à sacrifier quelques années avant d’atteindre un niveau linguistique acceptable pour un bon emploi. Au fil du temps, j’ai eu plusieurs expériences professionnelles et je peux affirmer avec certitude que les gens qui travaillent beaucoup sont appréciés et avancent même s’ils parlent avec un accent différent », dit Olesea.

« Chaque Moldave parti de son pays porte une responsabilité personnelle pour l’image du pays »

« Mon intégration en France n’a pas du tout été facile. J’ai dû faire beaucoup de sacrifices et j’ai vécu, biensûr, beaucoup de déceptions, mais je me considère une personne assez forte. Chaque difficulté que j’ai surmontée a augmenté mon courage de me battre, de progresser et d’aller plus loin.

A mon avis, chaque Moldave parti de son pays porte une responsabilité personnelle pour l’image du pays. Mais j’ai crois que nous n’avons pas tous bien fait nos devoirs à ce chapitre et si la presse continue à parler mal de nous. »

L’itinéraire Strasbourg-Bucarest-Chisinau et les choses auxquelles il faut renoncer

Elle revient en Moldavie une fois par année, mais elle trouve obligatoirement un motif pour visiter Bucarest aussi. « C’est ma chère ville », dit Olesea.

« A Strasbourg me manquent les proches et la vraie langue roumaine, non pas celle mutilée. Mais je suis heureuse que Strasbourg a été très généreuse avec moi dès les premiers jours quand je me baladais à travers ses ruelles coquettes. Cette merveilleuse ville cosmopolite m’a offert un paysage multiculturel, a poli ma personnalité et m’a fait connaître des gens de valeur que j’apprécie et j’aime beaucoup.

Concernant les manques, quand on quitte son pays, il faut apprendre à gérer tout ce qu’eventuelement peut manquer, à remplacer les désirs ou à accepter le nouveau rythme de vie. Je crois que j’ai bien appris cette leçon et j’ai découvert beaucoup de nouvelles choses », dit Olesea.

« La Moldavie a besoin de Moldaves dans d’autres pays aussi »

« En suivant tout ce qui se passe chaque jour en Moldavie, je constate avec admiration que notre pays a beaucoup de jeunes talentueux, ingénieux et actifs. Cela veut dire que la Moldavie est entre de bonnes mains, meilleures que celles des politiciens. Moi, comme une personne partie depuis une certaine période, je ne crois pas que notre pays a besoin de notre présence physique.

La Moldavie a besoin de Moldaves dans d’autres pays aussi, parce que tous et chacun à part nous sommes les messagers directs et les plus objectifs de tout ce qu’est vraiment la Moldavie. Nous sommes la publicité gratuite, les volontaires permanents et la première image du pays partout dans le monde. C’est parce que nous avons un contact direct avec la société d’accueil et avec les normes qu’elle impose. J’aime beaucoup ce statut et je me charge que mes amis et ceux que je rencontre sachent beaucoup de choses sur la Moldavie », dit Olesea Savca.

Interview de Victoria Ungureanu reprise sur le portail http://pentruea.md/article/olesea-savca-intre-chisinau-si-strasbourg-noi-suntem-publicitatea-gratuita-a-tarii-819.html

Traduction - Rodica Istrati.