Oeil d’expert sur la situation en Moldavie

Article de Gilles Ribardière

Notre ami Florent Parmentier est reconnu comme étant un des meilleurs connaisseurs des régions de l’Europe qui sont en ce moment secouées par une crise majeure, qui se traduit en particulier par la remise en cause du statut de la Crimée.

Compte-tenu des retombées possibles sur la situation de la Moldavie, « www.moldavie.fr » a souhaité l’interroger. Nous donnons ici un résumé de notre entretien.

Florent Parmentier
Florent Parmentier

Ce furent d’abord des propos généraux sur l’interprétation que l’on peut donner de l’attitude de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine. Il estime qu’à l’origine la Russie n’avait pas de projet de s’emparer de la Crimée, mais simplement le souhait que Viktor Ianoukovitch ne s’accorde pas avec l’Union Européenne sur l’Accord d’association, mais s’engage en revanche dans la démarche d’Union Douanière avec elle.

On sait que les événements en ont décidé autrement. Sur le constat d’une Ukraine tout compte fait « perdue », pour l’essentiel, a donc été engagée l’opération « Crimée » qui, selon Florent Parmentier, est une affaire entendue, d’autant plus qu’il y a – même assez ténue – une quasi-continuité territoriale avec la Russie.

Ce dernier facteur conduit à avoir une autre vision de ce qui peut se passer pour la Transnistrie. Cette bande de terre a pour la Russie deux inconvénients : pas de continuité territoriale et pas d’accès à la mer.

Toutefois, elle s’y intéresse, car conserver son influence sur Tiraspol permet de maintenir la pression sur la Moldavie (dont il faut rappeler qu’elle appartient à l’espace post-soviétique) et ainsi, pense-t-elle, entraver les démarches de rapprochement de la petite république avec l’UE. De plus, pour la Russie, la Transnistrie est une pièce importante dans le grand chantage en cours s’agissant de l’Ukraine.

Dans un tel contexte, que peut-il se passer en Moldavie ?

L’Alliance pour l’Intégration Européenne remet en jeu sa majorité en novembre prochain. Elle n’est pas à l’abri d’un échec, même si le contexte peut se révéler lui être plus favorable qu’il y a quelques mois. Tout d’abord, la croissance 2013 a été forte, de l’ordre de 8,9%, ensuite la signature de l’Accord d’Association avec l’UE a répondu à une attente largement partagée, notamment du fait de son volet libéralisation des visas.

Toutefois, si le résultat des élections est tangent, on peut toujours craindre la défection de quelques parlementaires. Mais en tout état de cause, on peut penser que même le Parti des Communistes, qui de toute façon n’est pas homogène, ferait preuve de pragmatisme : une adhésion à l’Union Eurasienne se traduirait par une baisse du PIB de 10% selon des études, et en outre, depuis quelques années, les échanges économiques avec les pays de l’UE sont majoritaires, ce qui semble constituer une tendance impossible à inverser.

Il semble bien que l’intégrité de la Moldavie passe par l’application de l’Accord d’Association avec l’UE, mais aussi un accord de libre échange – et non pas une intégration dans une union douanière - avec l’Union Eurasienne.

Mais les incertitudes quant aux actions à venir de la Russie demeurent et, en particulier, si elle poursuit son entreprise de déstabilisation vers le sud de l’Ukraine, jusqu’à Odessa, la Moldavie risque d’en pâtir, elle qui se situe à quelques encablures du grand port de la Mer Noire. Il faut bien savoir que la Russie entend conserver un poids suffisamment fort dans la région…

Le 24 mars 2014