Les négociations moldo-russes sur le prix du gaz : quel impact pour la Moldavie ? Février 2006

Note économie n°13
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Annoncé comme une victoire de la diplomatie moldave, le nouveau prix du gaz affiché est de 110 $ (contre 160 $ demandés au départ). Naturellement, le gouvernement a dû faire des concessions sur d’autres points…

Les problèmes de l’accord

Les résultats des négociations avec Gazprom ont été rendus publiques par le gouvernement moldave (ou au moins une partie de ce nouvel accord). A les regarder de plus près de vraies questions se posent.

Premièrement, le délai de cet accord : ce prix n’est valable que sur la durée du premier trimestre 2006. Et que fait-on après ? Il est à espérer que le prix n’augmente pas de manière exagéré d’ici l’hiver prochain, car rendre l’utilisation de l’énergie plus rationelle demande du temps.

Deuxièmement, la Moldavie a fait d’autres concessions qui peuvent avoir un impact nettement plus important sur l’indépendance énergétique du pays. Ainsi Gazprom récupère encore 13,44% du Moldovagaz qui appartenaient à l’administration de Tiraspol et augmente sa participation dans le capital du distributeur national à 63,44%. Dans les Pays Baltes cette proportion n’est que de 35-45%… La Moldavie s’engage à reprendre ses achats en électricité auprès de la centrale de Cuciurgan qui appartient à un autre monopole russe - RAO EES. En plus la centrale a désormais accès au réseau de haute tension (400kV) pour l’export de son énergie.

Troisièmement, la Moldavie aurait accepter une baisse des taxes de transit des gaz naturels sur son territoire qui était de 2,5 $ / 1000m3 / 100 km. Ce prix était bien supérieur au 1,09 $ / 1000m3 / 100 km que recevait l’Ukraine dans les mêmes conditions. La Moldavie obtenait ainsi un revenu de 40 mln $ en 2004 et 32 mln$ pour les 9 premiers mois 2005, ce qui couvrait jusqu’à 35% des coûts des gaz naturels importés. Une baisse de ce prix augmenterait encore plus le coût du gaz pour le consommateur.

Une marge de manœuvre très étroite

Le gouvernement ne s’est pas encore prononcé sur la répercussion de cette hausse sur le prix du gaz livré aux consommateurs, mais il va certainement augmenter dans les mêmes proportions, vu le manque d’autres ressources pour pallier à cette hausse. Notons aussi que la Moldavie n’a apparemment pas trouvé de sources alternatives de gaz naturel malgré les déclarations (négociations présumées avec l’Ouzbékistan ou le Kazakhstan). Ici aussi, Gazprom se trouve en position de force, puisqu’elle a su négocier avec succès l’obtention des ressources d’Asie Centrale. La Moldavie s’est trouvée dans la même situation que l’Ukraine, dont les négociations n’ont débouché sur rien de concret alors qu’elle pensait avoir obtenu un accord.

Pour conclure, il faudrait rappeler que lors de toute négociation, pour pouvoir juger de ses résultats, il faut partir des objectifs de chaque partie impliquée, mais aussi de ce qu’elle peut réellement attendre en fonction des forces en présence. Les positions de départ vont au-delà de ce que chacun peut espérer, et l’on a coutume de dire qu’on a un bon compromis quand les deux parties sont mécontentes…

Le prix du gaz n’était pas le principal objectif en Moldavie pour Gazprom, qui a pour objectif de devenir une entreprise de taille mondiale. En définitive, le géant russe aurait obtenu le contrôle de Moldovagaz et la Moldavie n’a toujours pas obtenu un accord fiable, car on reviendra dessus au mois d’avril. Le gouvernement a de moins en moins de leviers de négociation et prend le risque de perdre le contrôle sur les réseaux de distribution, qu’elle doit de toute manière moderniser. Si l’Ukraine a pu obtenir un meilleur accord, c’est aussi parce que 80% du gaz européen passe par ce pays. La Moldavie, elle, n’a pas de tels leviers ni un soutien aussi fort de la communauté internationale…

Vitalie VOVC, analyste pour Moldavie.fr