Législatives anticipées du 29 juillet 2009 en Moldavie : réflexions post-scrutin

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Article par Gilles Ribardière, Docteur en Science Politique

Président de l’association « Lumières de l’Est »

A l’heure d’écrire ces lignes, ce sont un peu plus de 99,9% des suffrages qui ont été dépouillés. Aussi peut-on affirmer que la répartition des voix et des sièges est définitive.

Et de leur lecture, d’abord, on doit retirer le fait que la crise politique que connaît le pays n’est pas encore terminée. Ensuite que ces résultats peuvent modifier quelque peu la vision que l’on a de ce pays. Enfin que le champ des possibles est très ouvert.

La crise politique n’est pas terminée : par rapport au scrutin d’avril, les jeux semblent même plus compliqués ; en effet, ni le camp du Parti des Communistes, ni celui de son opposition ne sont proches du chiffre 61 qu’il faut atteindre pour pourvoir élire le Président de la République. Dans le précédent Parlement il manquait une voix au PCRM ; aujourd’hui il lui en manque 13, alors que l’opposition, si elle s’accordait sur un nom, serait à 8 voix du but.

En revanche ce qui est clair, le PCRM, même s’il demeure le parti dominant dans le paysage politique de la République de Moldavie, devient minoritaire au Parlement – 48 sièges, tandis qu’il détenait 60 sièges auparavant – face à une opposition qui en occupera 53.

Les résultats doivent en tout cas nous inviter à porter un avis pas trop sévère sur la vie politique de la République de Moldavie au regard des critères de fonctionnement de la démocratie.

Tout d’abord le taux de participation – moyen (58,8%), et un peu supérieur à celui d’avril (57,5%) – montre bien que l’on est loin des manipulations massives qui donnent dans certains Etats des taux de participation pouvant dépasser…..les 100% !

Il ne faut pas nier l’existence de dérapages et sans doute la difficulté que les expatriés ont pu rencontrer pour accomplir leur devoir électoral n’est pas à mettre au crédit des organisateurs du scrutin ; mais on doit admettre que le taux reste plutôt normal. On notera même la légère progression de 1,3 points, alors que d’aucuns prédisaient – et craignaient – une chute de participation, par rapport à avril.

Le score du parti dominant par ailleurs est certes fort, mais pas écrasant (44.75%)….Après tout, la coalition menée par Sylvio Berlusconi en Italie l’année passée l’emportait avec 46,8%, et en 2007, en France, la seule UMP effleurait les 40%.

Nous sommes donc aux antipodes des votes plébiscites de dictatures qui affichent des scores au-delà de 90%.

Les opinions les plus diverses en République de Moldavie peuvent s’exprimer sans doute difficilement si elles divergent de celles du PCRM, mais aujourd’hui le résultat est là : cette diversité se retrouve au Parlement ce qui est la preuve d’un fonctionnement normal possible du pluralisme dans ce pays.

Ce qui ressort aussi de ce scrutin, c’est que sans que soit niée la proximité historique et géographique avec la Russie, les habitants de la République de Moldavie interpellent sans complexe l’Union Européenne. Ceci doit nous conduire à porter un regard neuf et plus ouvert sur ce pays en y voyant un possible complément stratégique intéressant de la construction européenne.
Mais il est clair que les jours qui vont suivre seront déterminants pour connaître la voie que la République de Moldavie entend emprunter.

Comment en effet désigner un nouveau Président sans avoir recours à un 3e épisode électoral qui risquerait d’être dévastateur pour l’avenir du pays !

Le Parti Libéral, dont on aurait pu penser qu’il obtiendrait un meilleur résultat et ainsi rester en seconde position derrière le PCRM, se retrouve troisième (14,62%). Il faut dire que son vice-président et maire de Chisinau, Dorin Chirtoaca, a été la cible des coups de boutoir du parti jusqu’ici au pouvoir. Il semble en subir les conséquences, tandis que le Parti Libéral Démocrate (PLDM) progresse de 4 points d’une élection à l’autre (16,55%)…

Mais l’opération la plus positive du côté de l’opposition est à rechercher du côté du Parti Démocrate qui, pour n’être que quatrième (12,55%), passe du statut de parti absent au parlement (il n’avait obtenu que 2,97% en avril) à celui d’une force charnière avec 13 élus. A coup sûr, l’arrivée de Marian Lupu a eu son effet, et celui-ci entend sans doute jouer un rôle important à l’aide de son nouveau parti. Il a pour lui une image assez positive ; mais il doit toutefois aussi compter sur la méfiance d’une partie de l’opinion : son passage au PCRM ne plaide pas en sa faveur.

Mais quelles sont les options ? Prudemment, nous en avancerons trois, tout en n’écartant pas qu’une surprenante puisse surgir :

  • Attirer « spontanément » sur un nom (celui de Marian Lupu ?) au profit duquel s’entendraient les quatre partis, autres que le PCRM, 8 voix dissidentes issues de ses rangs (à moins que ce ne soit à l’issue d’un marchandage au terme duquel le PCRM conserve quelques prérogatives dans l’organisation du fonctionnement de l’Etat).
  • Trouver un candidat de consensus général, mais qui serait de transition, le temps d’engager une réforme constitutionnelle modifiant le mode de désignation du Président de la République (la procédure d’élection au suffrage universel direct est souhaitée par certains).
  • L’alliance du PCRM avec ne serait-ce qu’un seul partenaire, bien que cette hypothèse soit en principe rejetée par tous les autres partis.

Quoiqu’il en soit, il faut souhaiter que des solutions soient trouvées rapidement : le pays a besoin, pour faire face à la crise internationale dont il subit lourdement les conséquences, d’une conduite cohérente, qui notamment rassure l’Union Européenne, en espérant – mais n’est-ce pas un vœu pieux – une relative neutralité de la Russie.

Quant à l’analyste qui scrute aujourd’hui l’évolution de ce pays, sans qu’il soit nécessairement complaisant, qu’il reconnaisse que ce 29 juillet 2009 a été, sur le plan de l’application des principes d’une démocratie, acceptable ce qui constitue peut-être une vraie victoire sur les démons du passé.